Ces deux dernières "malédictions" de la série de sept que nous avons commencé de voir depuis deux jours, sont d'ordre différent des précédentes. Jusqu'ici, en effet, ce qui était reproché aux "scribes et pharisiens mécréants" consistait en des actes concrets, ainsi bien sûr qu'en l'esprit dans lequel ils sont accomplis. Lavages de coupes, paiement de la dîme, serments valides ou non selon des critères absurdes : en tout ceci, les destinataires de ces reproches savaient au moins ce dont ils étaient invités à se corriger, s'ils le souhaitaient ; ils savaient dans quelle direction se réorienter éventuellement. Mais aujourd'hui...
Voici d'abord ce qu'on peut alors considérer comme une insulte gratuite : ils seraient semblables à des tombeaux, dont rien de l'extérieur ne permet de deviner que l'intérieur, comme il est normal pour tout tombeau récent, contient la pourriture, la décomposition. On peut chipoter : puisque ces tombeaux ont été chaulés, peut-être le cadavre qu'ils contiennent est-il ancien, normalement il ne devrait alors en rester que des os bien nettoyés, et non de la "souillure" ou pourriture. Mais d'un autre côté, même de tels ossements bien "propres" sont considérés comme impurs... Quoi qu'il en soit, il n'en reste pas moins qu'il y a là une affirmation sans aucune explication. Nous le savons bien par ailleurs, il y a suffisamment de reproches qui leur ont été faits sur la différence entre l'image qu'ils veulent donner d'eux et la réalité de ce qu'ils ont dans leur cœur, mais ici ce n'est pas explicité, le reproche ressemble à une affirmation gratuite, une insulte donc, possiblement sans fondement.
Et puis ensuite cette histoire de fils de leurs pères, au sujet de laquelle il faut bien comprendre que l'expression "fils de" a en hébreu des sens très élargis, au-delà de la seule génération biologique. Ainsi, dire qu'ils sont "fils" d'assassins, signifie quasiment qu'ils sont eux aussi des assassins en puissance, qu'ils ont presque inévitablement hérité de leurs pères cette disposition d'esprit par atavisme. La conclusion "complétez", allez jusqu'au bout, de ce qu'ont commencé vos pères, est donc une provocation, une mise au défi ; puisque leurs pères ont assassiné les prophètes que leur avait envoyé YHWH au fil des âges, eh bien qu'ils osent donc "terminer le travail", qu'ils assassinent le dernier des prophètes, le Messie.
Est-ce bien Jésus qui a pu dire quelque chose de cet ordre ? Jean le Baptiste, déjà, s'était élevé contre ces notions d'héritage entre générations d'autre chose que des caractères physiologiques : vous vous enorgueillissez d'être des fils d'Abraham, mais Dieu peut faire surgir de tels fils de ces rochers... L'être humain, ce qui est essentiel en lui, ce qui fait qu'il est un être humain et non un animal ou même une plante, c'est sa conscience, et celle-ci lui est propre, absolument personnelle. Certes elle va s'éduquer initialement dans la culture où on naît et grandit, mais sa caractéristique n'en reste pas moins justement sa capacité à aller au-delà de cet "héritage", c'est même là sa seule raison d'être !
Alors oui, peut-être en provoquant ainsi ses interlocuteurs, Jésus essayait-il de susciter en eux une telle réaction de refus de tomber dans les mêmes ornières que leurs prédécesseurs, en somme de les faire naître à leur conscience.
Agrandissement : Illustration 1
honte à vous ! scribes et pharisiens mécréants
vous ressemblez à des tombeaux qui ont été chaulés
lesquels au-dehors paraissent effectivement superbes
mais au-dedans sont remplis d'ossements de morts et de toute souillure
et ainsi de vous
au-dehors pour les hommes vous paraissez effectivement justes
mais au-dedans vous êtes pleins d'impiété et d'illégalité
honte à vous ! scribes et pharisiens mécréants
vous érigez les tombeaux des prophètes et décorez les stèles des justes
et vous dites :
"Si nous avions vécu aux jours de nos pères
nous n'aurions pas été complices avec eux du sang des prophètes"
vous témoignez donc contre vous-mêmes
que vous êtes fils de ceux qui ont assassiné les prophètes
alors vous
complétez la mesure de vos pères !
(Matthieu 23, 27-32)