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Billet de blog 28 octobre 2014

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C'est magique

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Billet original : C'est magique

Il disait donc : « À quoi est semblable le royaume de Dieu ? À quoi l'assimiler ? Il est semblable à une graine de moutarde qu'un homme prend et jette dans son jardin. Elle croît et devient un arbre : les oiseaux du ciel font leur nid dans ses branches. » 

De nouveau il dit : « À quoi assimiler le royaume de Dieu ? Il est semblable à du levain qu'une femme prend et cache dans trois panerées de farine, jusqu'à ce que tout ait levé.»

Luc 13, 18-21

Deux paraboles rurales, des images qui devaient bien parler au public galiléen du Jésus de la première période. Une image avec un homme comme intervenant, une image avec une femme, dans des activités traditionnelles : semer, faire le pain. Dans les deux cas, un fort contraste entre les moyens initiaux mis en œuvre, et le résultat : une petite graine qui devient, non pas un arbre au sens strict, mais un grand arbuste, un peu de levain intégré à trois 'panerées' (plus de cinquante kilos) de farine ! Et puis surtout cet acteur invisible, celui qu'on ne nomme pas, qui fait que le graine puisse devenir un 'arbre', que l'activité du levain puisse se transmettre par contamination à toute la pâte. Car ni l'homme, ni la femme, n'ont ici d'autre intervention que de poser l'acte initial. Bien sûr, dans la réalité, l'homme aura à prodiguer quelques soins à sa plante avant qu'elle n'atteigne sa taille 'adulte', l'arroser, la sarcler. Et la femme aura à mélanger et pétrir sa pâte. Mais ces paraboles veulent souligner aussi et surtout le fait qu'il y a un élément qui ne dépend pas de nous.

Nous serions bien en peine de fabriquer une seule graine, ou même une des ces bactéries qui sont le principe actif d'un levain ! Nous apprenons à trafiquer le vivant, nous bidouillons des gênes, croisons des espèces, procédons à tout un tas d'opérations qui nous permettent d'asservir le vivant à nos objectifs, mais nous ne savons toujours pas en fabriquer à partir d'éléments inorganiques. Ce n'est pourtant pas faute de nous y être essayés, mais il semble bien qu'il y a quelque chose qui nous échappera toujours ici. Quoi qu'il en soit, c'est ainsi que se présentent ces images qui veulent nous parler du Royaume : nous avons notre rôle à jouer dans sa venue, mais il est avant tout un don. Nous pouvons faciliter sa croissance, ou l'étouffer, l'accueillir, ou le rejeter... mais pas le fonder. Le Royaume est là, au milieu de nous, en nous, avec toute sa volonté de croissance, et nous, n'avons en réalité que peu de choses à faire pour lui permettre de s'établir. Peu de choses ? si c'était si simple, on ne comprendrait cependant pas pourquoi notre monde continue d'aller comme il va, pourquoi il y a toujours la misère, les guerres, tous les malheurs. C'est que peut-être la simplicité est une des choses les plus difficiles auxquelles atteindre. Nous sommes des êtres complexes, voire compliqués, et tant que nous nous perdons dans notre multiplicité, nous sommes incapables de percevoir l'Un qui nous relie les uns aux autres.

C'est pourquoi on trouve dans les évangiles deux sortes de paroles au sujet du Royaume. Il y a de telles paraboles que celles d'aujourd'hui, qui nous parlent d'un processus presque naturel (et il l'est, et même sur-naturel), et d'autres enseignements qui parlent d'un combat acharné, de difficultés insurmontables, parce que cette nature, qui est pourtant la nôtre, est profondément cachée en nous, refoulée par ce que nous croyons être notre personnalité. Nous avons d'abord tout un travail, qui peut être long, qui peut être rapide, qui sera rarement facile, à faire sur nous, avant de trouver le Royaume, avant de semer la graine, avant que le levain ne soit enfoui dans la pâte. C'est un travail de détachement, de simplification, d'abandon, qui nous permettra de nous libérer de chaînes que nous ne soupçonnions même pas. C'est proprement un travail de mort à nous-mêmes, mais plus précisément de mort à un nous que nous croyons être nous alors qu'il ne l'est pas, en réalité. Ce nous est un faux nous, mais il nous semble tout-à-fait réel, et nous ne connaissons pas encore le vrai nous, en sorte qu'on peut bien parler de mort. Mais une mort qui débouchera sur la découverte de cet être, en nous, à notre source, qui est notre vraie nature, comme dans une seconde naissance. À ce moment-là, la graine sera semée !

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