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Billet de blog 28 novembre 2024

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Alors redressez et élevez vos têtes !

Il y aura des signes dans le soleil et la lune et les étoiles, et sur la terre détresse des nations dans l'anxiété du fracas de la mer et des flots ; les hommes rendront l'âme de crainte et dans l'appréhension de ce qui vient sur l'humanité.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Nous ne sommes pas très à l'aise avec ce type de discours dit apocalyptique. Que ce soit chez Matthieu, chez Marc, ou ici chez Luc, cette perspective, ou cette prospective, nous est proposée juste avant le drame final, juste avant le repas d'adieu et le calvaire, comme si était avancé là le sommet de l'enseignement, la révélation des révélations, ce que signifie de fait le mot "apocalypse". Que ce terme soit devenu pour nous plutôt synonyme de catastrophe, vient de ce qu'une révélation, si elle est une vraie révélation, est alors forcément aussi une révolution, et les révolutions se passent rarement (quoique quand même pas systématiquement) en douceur.

Une première question peut alors se poser à nous : est-ce que cette venue du fils de l'homme dans la nuée, précédée de tous ces signes cataclysmiques, a un rapport direct avec la destruction de Jérusalem et la dispersion du peuple juif parmi les nations ? Historiquement, nous savons que Jérusalem a effectivement été détruite en 70, et que la population a dû fuir le pays pour éviter d'être massacrée. Par contre il n'y a pas eu, dans la foulée si on peut dire, "signes dans le ciel" ni "fracas de la mer" (ici chez Luc ; chez Matthieu et Marc : soleil et lune obscurcis et étoiles tombant du ciel). Faut-il alors considérer que la "colère contre ce peuple" — ce qui signifie sans aucun doute une colère de YHWH contre Israël —, n'ait pas de lien direct avec la venue du fils de l'homme dans la nuée, qui évoquerait, elle, la fin des temps ?

Il apparaît effectivement que, si on trouve en tout cas clairement dans ces discours finaux des synoptiques une condamnation d'Israël sans aucune équivoque, l'issue finale pour ceux qui restent — qu'ils s'agissent des disciples, du petit groupe des disciples, encore fidèles à Jésus (une grosse centaine semble-t-il), ou de tout l'ensemble de l'humanité (y compris les Juifs rescapés du génocide romain) — n'est, elle, pas prédite de manière aussi assurée dans le temps, autrement dit qu'il n'y a pas de lien automatique entre les deux. D'un côté, une expérience concrète de Dieu avec tout un peuple, "choisi", se termine sur un constat d'échec. Quelle est alors l'alternative, quelle en est l'autre terme, quel autre type d'alliance Dieu pourra-t-il vouloir passer, et plus particulièrement : avec qui ?

Bien sûr le christianisme répond alors : une alliance avec absolument toute l'humanité. Telle est la prétention dudit christianisme, fini le peuple "élu", fini le petit chouchou, le premier de la classe. Et c'est vrai (plus ou moins, mais bon...), le christianisme se veut universel de ce point de vue là, du point de vue des origines géographiques, culturelles, nationales, "raciales", couleur de peau, femmes ou hommes, etc. Mais il conserve cependant encore une exclusive : le salut doit passer par lui, par le christianisme. Dieu n'a plus de peuple préféré, mais il lui reste quand même une religion préférée, à partir de quoi tout le monde devra évidemment adhérer à celle-ci (plutôt avant sa mort, car plus tard rien n'est alors assuré), et ceci, entre autres inconvénients, entraîne inévitablement une sacralisation des institutions de la nouvelle religion, ce dès ses origines, dès ses tout premiers temps.

Il faut alors, je crois, revenir sur cette figure du fils de l'homme venant dans la nuée. On sait que cette image provient du livre du prophète Daniel, que ce "comme un fils d'homme" arrive après trois bêtes qui symbolisent trois empires, et que le "comme un fils d'homme" ne peut alors symboliser une personne seule, unique, comme l'a interprété le christianisme en l'identifiant évidemment à Jésus, mais nécessairement un ensemble de personnes. Daniel pensait sans doute à un Israël renouvelé, réformé ; dans cette veine l'Église (non au sens d'une confession chrétienne mais de l'ensemble de tous les chrétiens) pourrait correspondre à la prophétie, mais alors cette venue du fils de l'homme, c'est la venue de chacune et chacun de nous, ce n'est plus une question de ce "retour" de Jésus, que les premiers chrétiens attendaient avec tant d'impatience pour, sinon demain au plus tard après-demain...

L'alliance que Dieu veut passer désormais (si tant est que son projet ait jamais été différent) n'est plus une alliance avec aucune forme de groupe que ce soit, c'est une alliance exclusivement avec chacune et chacun, une alliance personnelle, et se reposer sur quelque institution que ce soit pour entrer dans une telle alliance, c'est se leurrer profondément, et en réalité trahir cette vocation qui nous est toutes et tous adressée. Tout est là : suis-je une personne à part entière, capable de m'avancer seul.e vers ce qui me dépasse de toutes part et qui pourtant est en même temps la matière dont mon être tout entier est façonné ? ou bien resterai-je à jamais prisonnier des béquilles que d'autres ont construites et m'ont données en m'assurant qu'elles m'étaient nécessairement indispensables, me persuadant par là dur comme fer que j'étais infirme, incapable de toute vraie spiritualité par moi-même ?

Illustration 1

et quand vous verrez Jérusalem encerclée de campements
    alors sachez que sa dévastation est proche !
alors ceux de la Judée qu'ils fuient dans les montagnes !
et ceux du dedans de la ville qu'ils en partent !
et ceux des campagnes qu'ils n'y entrent pas !
    car ce sont des jours de vengeance
    pour accomplir tout ce qui a été écrit

malheureuses !
    celles qui ont dans leur sein et celles qui allaitent
    en ces jours-là
car il y aura une grande angoisse sur le pays
    et une colère contre ce peuple
et ils tomberont à la gueule de l'épée
et ils seront déportés dans toutes les nations
et Jérusalem sera foulée aux pieds par les nations
    jusqu'à ce qu'aient été remplis les temps des nations
    
et il y aura des signes dans le soleil et la lune et les étoiles
et sur la terre détresse des nations
    dans l'anxiété du fracas de la mer et des flots
les hommes rendront l'âme
    de crainte et dans l'appréhension
de ce qui vient sur l'humanité
    car les puissances des cieux seront ébranlées

et alors on verra le fils de l'homme venant dans la nuée
    avec grande puissance et gloire
et quand ces choses commenceront à se produire
    redressez et élevez vos têtes !
parce que votre délivrance est proche

(Luc 21, 20-28)

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