Dans les explications qui nous sont données sur cette parabole, on nous dit ce que représente la semence (la "parole") ainsi que chacun des types de terrain (bord du chemin, pierrailles, ronces, bonne terre), mais qui est le semeur ? On pourrait dire en première approximation que ce serait Jésus, qui parlerait ainsi de lui-même : je suis sorti pour semer, et voici ce qu'il advient de ma prédication, les uns..., les autres..., etc. Mais cette réponse ne serait cependant pas tout-à-fait exacte.
Dans le contexte du judaïsme — et Jésus était juif —, la "parole" c'est la parole de Dieu, c'est celle par laquelle il a tout créé (Dieu "dit..." et cela fut). Et même l'évangile de Jean, qui affirme que Jésus serait la parole de Dieu faite chair, maintient la distinction : si les paroles de Jésus sont effectivement celles de son Père, cela signifie qu'elles lui viennent donc bien de Dieu, qu'elles ne sont pas les siennes en propre ; on dira peut-être que c'est une nuance, mais elle est de taille ; Jésus ne peut être considéré comme divin que dans la mesure où, en tant qu'homme, il sait reconnaître que tout lui vient de Dieu, et non de lui-même...
Mais rien ne nous oblige non plus à entendre cette parabole, cette histoire, dans son contexte culturel d'origine. Notre science, depuis le vingtième siècle, nous dit que la véritable nature de l'univers n'est ni matérielle ni même énergétique mais informationnelle. Ce qu'il y a au-delà des particules-ondes élémentaires, c'est juste de l'information, de l'information pure, autrement dit de la parole, car qu'est-ce que la parole, les mots, sinon justement de l'information (plus ou moins pertinente, plus ou moins dévoyée, sans doute, mais quand même, de l'information...). Nous pouvons donc assimiler notre semeur autant à l'idée d'un Dieu qu'à celle de l'univers, que ce soient l'un ou l'autre qui nous aient donné l'existence.
Or, cette existence, elle ne nous est pas venue comme ça d'un coup, nous les êtres humains ! Il y a eu toute une histoire plutôt longue avant nous, qui a commencé justement par ces ondes-particules élémentaires, en passant par la constitution d'étoiles et de planètes, puis l'apparition de la cellule, puis les plantes et les animaux, et enfin nous ; c'est ce qu'on appelle l'évolution, quels qu'en soient les mécanismes exacts que nous ne connaissons pas encore. Ce qui est certain, c'est qu'il n'y a, a priori, aucune raison pour que cette aventure s'arrête à nous. Nous ne sommes pas là comme étant le produit ultime de cette fantastique histoire. Il n'y a qu'à voir toutes les horreurs dont nous sommes capables pour nous dire, me semble-t-il, sans aucune hésitation, que nous sommes loin d'être parfaits à tous points de vue...!
Voilà donc ce que sème exactement le semeur. Sommes-nous le bord du chemin : absolument étrangers à cet appel, incapables d'absolument rien en entendre ? Sommes-nous comme les pierrailles, balayés au gré des circonstances et des modes, ne nous attachant qu'à la dernière opinion entendue, incapables de discerner ce qui devrait nous sembler le plus important ? Sommes-nous comme ceux qui poussent dans les ronces, sachant bien où se trouverait notre avenir, notre vocation, mais laissant tomber les bras par paresse, par facilité, parce que cela nous demanderait effectivement un effort à fournir, même minime, et voilà, nous ne voulons même pas faire le premier pas, ou si nous avons commencé, à un moment ou un autre nous finissons par abandonner, laisser tomber ?
Où nous situons-nous ?
Agrandissement : Illustration 1
et de nouveau il a commencé à enseigner au bord de la mer
et une foule très nombreuse se rassemble près de lui
aussi étant monté dans une barque il s'assoit dans la mer
et toute la foule était sur la terre tournée vers la mer
et il les enseignait en paraboles de beaucoup de choses
et il leur disait dans son enseignement
« écoutez ! voici que le semeur est sorti pour semer
et il est arrivé qu'en semant
il en est tombé au bord du chemin
et les oiseaux sont venus et l'ont dévoré
et d'autre est tombé sur la pierraille
où il n'y avait pas beaucoup de terre
et il a levé aussitôt
parce qu'il n'y avait pas de profondeur de terre
et quand le soleil s'est levé il a été chauffé
et parce qu'il n'avait pas de racine il a été desséché
et d'autre est tombé dans les ronces
et les épines ont crû et l'ont étouffé et il n'a pas donné de fruit
et d'autres sont tombés dans la bonne terre et ont donné du fruit
grandissant et croissant et portant
l'un trente et un autre soixante et un autre cent »
et il disait
« qui a des oreilles pour entendre entende ! »
et quand il fut dans un lieu à part
ceux d'autour de lui avec les douze le questionnaient sur les paraboles
et il leur disait
« à vous le mystère du royaume de Dieu a été donné
mais à ceux du dehors c'est en paraboles que tout se présente
ainsi "regardant ils regardent et ne voient pas
entendant ils entendent et ne comprennent pas
tant qu'ils ne se seront convertis et qu'il leur aura été pardonné" »
et il leur dit
« vous n'avez pas vu cette parabole ?
alors comment connaîtrez-vous toutes les paraboles ?
le semeur c'est la parole qu'il sème
et ceux qui sont au bord du chemin où est semée la parole
alors quand ils ont entendu aussitôt vient le satan
et il enlève la parole qui a été semée en eux
et ceux qui sont comme ce qui a été semé sur les pierrailles
quand ils ont entendu la parole l'ont reçue aussitôt avec joie
mais ils n'ont pas de racine en eux-mêmes mais ils sont versatiles
alors étant survenue angoisse ou persécution à cause de la parole
ils ont aussitôt trébuché
et les autres qui ont été semées dans les épines
sont ceux qui ont entendu la parole
mais les soucis du monde et l'appât de la richesse et les désirs du reste
pénétrant en eux étouffent la parole et elle devient sans fruit
et ceux qui ont été semés sur la bonne terre
ceux-là entendent la parole et ils l'accueillent et ils portent du fruit
l'un trente et un autre soixante et un autre cent »
(Marc 4, 1-20)