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Billet de blog 29 mars 2025

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Prier c'est quoi ?

Deux personnages bien typés, l'un bien propre sur lui à tout point de vue, du moins selon les critères officiels en vogue parmi le gratin de l'époque, et l'autre au contraire traître à son peuple et à YHWH, puisqu'il collabore avec l'occupant haï...

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Nous avons vu hier que la prière récitée chaque jour par tout Juif pieux commence par "Écoute !". Eh bien, c'est cela, prier. Prier, ce n'est certainement pas demander à Dieu de faire quoi que ce soit à  notre place, mais c'est au contraire se mettre à son écoute pour savoir ce que, moi, j'ai à faire. Le monde va mal, je vais mal, et peut-être aimerais-je que superman ou quelque extraterrestre d'une civilisation ultra-avancée puisse tout résoudre sans que je n'aie besoin de lever le moindre petit doigt, mais ceci n'existe pas, et pas plus Dieu ne le peut, et évidemment moi non plus, je ne le peux pas, pas résoudre tout, mais je peux y concourir, au moins, et non ajouter encore plus de malheur aux malheurs du monde. Et c'est cela, prier : me mettre à l'écoute : qu'est-ce que je peux faire qui soit à ma portée ?

Comme illustration, nous voici aujourd'hui avec deux exemples de "prières", et je mets des guillemets parce que justement on peut s'interroger si l'une des deux en est une ! Où se trouverait, en effet, l'écoute de YHWH par le pharisien, dans ce qui nous en est rapporté ? Tout au plus peut-on imaginer que son adresse initiale "ô Dieu !", serait une façon de sa part de se mettre en sa présence, mais ce n'est pas sûr, car chez lui cela ressemble beaucoup plus à une convocation, c'est lui qui convoque Dieu, qui le met en demeure de se présenter et de se mettre à l'écoute de ce que lui, le pharisien, a à lui dire, à lui le Dieu tel qu'il se le représente. Et effectivement, toute la suite de sa "prière" consiste en un étalage de tout le bien qu'il pense lui-même de lui-même : je ceci..., je cela..., etc., etc.

Le collecteur d'impôts, en comparaison, ne se vante de rien, et en se qualifiant de pécheur et en implorant Dieu à ce sujet d'avoir pitié de lui, se montre implicitement ouvert à toute suggestion de sa part, il lui demande son aide : qu'il lui souffle une idée de comment faire autrement, qu'il l'inspire, qu'il lui donne une intuition, et il la suivra. Et là non plus, il ne s'agit pas que Dieu fasse quoi que ce soit à sa place, mais lui au moins sait qu'il n'est pas parfait, et par conséquent il a au moins la possibilité d'entendre quelque chose qui lui serait adressé, contrairement au pharisien, tellement sûr et satisfait de lui-même, que rien ne pourrait l'ébranler dans ses illusions : lui est un modèle de perfection, la question ne se pose donc même pas de savoir s'il pourrait avoir quelque chose à entendre de la part de "son" Dieu.

C'est alors en ceci qu'on peut dire que l'un est justifié par sa prière et l'autre non : le collecteur d'impôt a la bonne image de lui-même, la bonne représentation, la représentation juste, alors que pour le pharisien c'est l'inverse, il est complètement à côté de ses pompes, et en ce cas, Dieu lui-même ne peut absolument rien faire pour lui. Il n'y a de pire sourd...

On notera peut-être accessoirement (?) que, selon le psaume 15 (14) dans la version grecque de la Septante, l'homme "juste" est censé "mépriser" (comme il est dit ici du pharisien qu'il "méprise" notamment le collecteur d'impôts) ceux qui se conduisent mal (ce qui est le cas de ce collabo des romains...). Selon ce psaume, le pharisien aurait donc raison de mépriser l'autre ; cette parabole ressemble alors à une pique de Jésus contre ce psaume, et derrière ce psaume, contre une certaine conception de Dieu dont il avait pourtant hérité. On retrouve ainsi l'idée selon laquelle l'enseignement de Jésus est en fait plus exigeant que celui qu'il avait reçu, parce que le fait que, contrairement à YHWH, le Père n'est que miséricorde, que amour, nous invite, pour ne pas dire nous oblige, nous aussi, à en faire autant.

Illustration 1

    et pour certains
qui croient en eux-mêmes qu'ils sont des justes
et qui méprisent le reste des hommes
    il a dit encore cette parabole
« deux hommes montèrent au temple pour prier
    l'un pharisien et l'autre collecteur d'impôts

    se tenant debout
le pharisien priait ainsi en lui-même
    "ô Dieu ! je te rends grâces
de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes
    rapaces injustes adultères
    ou encore comme ce collecteur d'impôts
je jeûne deux fois par semaine
je paie la dîme sur tout ce que je gagne"

    et se tenant à distance
le collecteur d'impôts
ne voulait même pas lever les yeux au ciel
mais il se frappait la poitrine en disant
    "ô Dieu ! prends pitié de moi !
le pécheur"

    je vous dis
celui-ci redescendit justifié dans sa maison
    en comparaison de celui-là
car quiconque s'exalte lui-même sera humilié
    mais qui s'humilie lui-même sera exalté »

(Luc 18, 9-14)

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