"la chair n'est d'aucune utilité" : ne nous y trompons pas, la "chair" désigne ici l'âme vivante que nous sommes au même titre que les animaux ; autrement dit, la "chair" désigne ce que nous appelons généralement et le corps et l'âme. De fait, si nous observons les animaux, nous voyons bien que leur seule raison d'être est de rester en vie et de perpétuer cette vie ; leur vie a son propre objectif en elle-même. En est-il de même pour nous, êtres humains ?
Telle n'est pas la conception biblique : notre vie d'être humain n'a pas pour seul objectif que d'être en vie et de faire des enfants qui n'auront à leur tour pour seul objectif que d'être en vie et de faire des enfants qui etc. Dans la conception biblique de l'être humain, il n'est pas que "corps et âme", mais il est aussi "esprit", même s'il est vrai que le composant "esprit" a la particularité d'être à la fois nôtre et à la fois autre que nous, à la fois notre essence plus intime que le plus intime de notre être, et à la fois insaisissable (l'esprit souffle et tu entends sa voix mais tu ne sais ni d'où il vient ni où il va).
Mais c'est précisément cette spécificité, d'être à la fois notre essence et à la fois insaisissable par notre chair — corps et âme —, qui nous donne "vie" humaine, c'est-à-dire qui nous permet de sortir de nous-même pour une finalité qui nous dépasse, pour un bien dont nous ne serions pas capables par notre seule nature animale.
Ceci signifie cependant que notre chair — corps et âme — n'est, en toute logique, pas absolument et complètement inutile, loin de là : elle n'est inutile que si elle reste coupée de l'esprit, si elle n'entend pas sa voix. C'est l'esprit qui donne la vraie vie, mais il ne peut la donner qu'à ce support qu'est notre "chair" — corps et âme —, dont il est donc important de prendre soin.
Quant à ce que nous devenons à notre mort : le corps (si on considère ce "composant" indépendamment de l'âme) évidemment disparait, poussière retournant à la poussière. Y a-t-il une survie de l'âme ? la question est de savoir : pour quoi faire ? c'est l'esprit qui est la source de tout, et lui ne meurt certainement pas. Y a-t-il alors une raison pour que l'âme survive ? comme faisant partie de l'esprit peut-être ? intégrée en lui tout en conservant des spécificités qui lui soient propres ?
Est-il raisonnable, est-il utile, d'avoir une telle espérance ?
Agrandissement : Illustration 1
Beaucoup de ceux qui l'ont entendu
parmi ses disciples disent donc :
« Cette parole est dure ! Qui peut l'entendre ? »
Mais Jésus, sachant en lui-même
que ses disciples se récrient à ce sujet, leur dit :
« Cela vous choque ?
(Mais quand vous verrez le fils de l'homme
monter là où il était auparavant !...)
C'est l'esprit qui vivifie,
la chair n'est d'aucune utilité.
Les mots que je vous ai dits
sont esprit et sont vie.
Mais il en est parmi vous certains
qui ne croient pas. »
Car Jésus savait dès le commencement
quels étaient ceux qui ne croyaient pas
et qui était celui qui le livrerait.
Et il disait :
« Aussi je vous ai dit :
nul ne peut venir à moi
si cela ne lui est donné par le Père. »
Depuis cela,
beaucoup de ses disciples s'en vont en arrière :
ils ne marchaient plus avec lui.
Jésus donc dit aux douze :
« Vous aussi, vous voulez vous en aller ? »
Simon-Pierre lui répond :
« Seigneur, à qui irions-nous ?
Tu as des mots de vie éternelle.
Et nous, nous croyons,
et nous connaissons
que tu es le saint de Dieu. »
Jésus leur répond :
« Ce n'est pas moi qui vous ai élus, vous, les douze,
et l'un de vous est un diable ! »
Il le dit de Judas, fils de Simon Iscariote,
car c'est lui qui devait le livrer,
l'un des douze...
(Jean 6, 60-71)