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Billet de blog 29 novembre 2024

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Bereshit bara’ Elohim

Au commencement Dieu créa les cieux et la terre, et la terre était sans forme et vide, et la ténèbre à la face de l'abîme, et l'Esprit de Dieu planait à la face des eaux, et Dieu a dit...

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Le ciel et la terre passeront : nous sommes habitués à considérer le ciel comme étant le domaine, sinon le pays, de Dieu, et, à ce titre, on ne voit pas qu'il puisse "passer", disparaître, cesser d'exister, cesser d'être ! ce serait une contradiction en soi... Ne serait-ce, par exemple, que l'habitude presque systématique de l'évangile de Matthieu de remplacer "Dieu" par le mot "cieux", comme dans le "royaume des cieux", à la place du "royaume de Dieu" chez Marc ou Luc. Ou, moins spécifique, l'expression employée par tous du "père du ciel" ou "père dans les cieux". Tous ceci semble bien établir que Dieu réside au ciel, quand nous c'est sur la terre...

Et pourtant, dès le premier livre de la Bible — le livre de la Genèse —, dès son tout premier verset, il est dit qu'au commencement "Dieu créa les cieux et la terre". C'est donc sans ambiguïté que le ciel (ou les cieux) fait partie du domaine du créé, au même titre que la terre, il n'y a pas à être surpris qu'ils disparaissent l'un comme l'autre un jour. Mais ceci n'empêche cependant pas que, tant que dure ce monde-ci, le ciel puisse être considéré comme quelque chose du genre de la demeure de Dieu, du fait qu'il nous est moins accessible, concrètement, dans notre vie ordinaire de chaque jour, que la terre sur laquelle nous marchons, vivons, mangeons, etc.

Le ciel et la terre passeront, ne veut alors pas dire qu'il n'y aura plus rien, que ce sera la fin de tout, le vide, le néant, les conditions initiales décrites par le même début de la Bible : "la terre était sans forme et vide", ce qui est une définition assez précise du néant, ou encore : "la ténèbre à la face de l'abîme", autrement dit ni énergie ni matière, et enfin : "l'esprit de Dieu planait à la face des eaux", où les eaux sont encore un symbole biblique habituel du néant, de la mort...

En fait, ces différentes notations peuvent faire assez bien penser à ce qu'il y avait avant le big-bang, et qui existe toujours depuis, comme en arrière-plan de l'univers manifesté, et qu'on appelle le vide quantique, mais quoi qu'il en soit, on peut retenir qu'à un "temps" où il n'y avait rien de créé, a succédé un autre "temps" où le créé coexiste avec l'incréé, et c'est ce que symbolise aussi l'expression "le ciel et la terre" ; la condition d'existence dans le monde est alors nécessairement, intrinsèquement, une tension entre les deux domaines, le matériel et le spirituel ; il n'est pas possible qu'il en soit autrement : vivre, c'est forcément mourir un jour, le bonheur ne peut pas avoir de sens sans le malheur, le bien sans le mal, le jour sans la nuit, etc. Nous sommes dans un monde où on n'a rien sans rien, mais par contre ce n'est certainement pas à cause d'une faute que nous aurions commise, la notion de péché originel telle que l'a développée le christianisme (et contrairement au judaïsme) n'est qu'une insanité sans nom.

Entre ciel et terre, plus ou moins écartelés entre les deux, notre vocation est de les unifier. Ils ne disparaîtront pas à proprement parler, ils disparaîtront en tant que dichotomie, en tant que contraires l'un de l'autre séparés par un précipice infranchissable, comme dit dans la parabole du riche et du pauvre Lazare. En fait, ils disparaissent déjà, plus ou moins, pour chacune et chacun, c'est une question d'état d'esprit, de point de vue du regard, et c'est cette union des deux que nous arrivons, si peu que ce soit, à réaliser en nous qui s'appelle aussi le royaume, ou mieux, le règne, de Dieu.

Telle est la Parole que Jésus a su incarner au plus haut point, cette Parole qui est présence manifestée de Dieu en tout ce qui est (Dieu "dit"). La dichotomie n'est en réalité qu'en nous...

Illustration 1

    et il leur a dit une parabole

« regardez le figuier et tous les arbres
    quand déjà ils bourgeonnent
en les voyant
    de vous-mêmes vous savez
    qu'il est déjà proche l'été
ainsi aussi
    vous quand vous verrez cela se produire
    sachez qu'il est proche le royaume de Dieu

    amen ! je vous dis
que cette génération ne sera pas passée
    que tout cela se sera produit
le ciel et la terre passeront
    mais mes paroles non
    ne passeront pas »

(Luc 21, 29-33)

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