Deux images, deux comparaisons, deux mini-paraboles, qui se retrouvent en plusieurs occurrences dans les évangiles, dans des contextes divers. Ici, Marc les a réunies l'une à la suite de l'autre, sur un lien qu'on pourrait trouver relativement formel, mais il est vrai par ailleurs qu'elles se rapportent pourtant au même sujet : il s'agit dans l'un et l'autre cas d'information et de témoignage, une information dont Jésus témoigne, une information dont les premiers chrétiens témoigneront à leur tour après avoir reçu le témoignage de Jésus, une information qui se transmet ainsi de relai en relai, de maillon en maillon, cette même information dont il était déjà question hier dans la grande parabole du semeur et des semences.
En effet, l'information, toute information, nous la recevons principalement par la vue et/ou par l'ouïe ; les mots, qui sont le véhicule par excellence des informations que nous voulons transmettre, sont soit prononcés, soit écrits. On pourra trouver que l'écrit est moins vivant, mais d'un autre côté il peut être plus précis, en sorte que les deux ont chacun sa place, relativement complémentaires l'un de l'autre. Ceci dit, le témoignage peut dépasser aussi ce qui n'est transmissible que par les mots, par le témoignage de vie : on peut par exemple exhorter les enfants par toutes sortes de préceptes moraux, mais c'est l'exemple que nous leur donnons par nos propres comportements qui sera pour eux le plus (le seul ?) "parlant", probant.
Mais de quoi Jésus aura-t-il témoigné exactement au cours de sa vie et plus particulièrement de son ministère public ? Pour ma part, je suis convaincu que c'est d'avoir vécu une relation personnelle, intime, avec celui qu'il appelait le Père. Rien que ce mot, déjà, en dit beaucoup. Le judaïsme connaissait déjà le fait que Dieu puisse être, non seulement père d'Israël globalement en tant que peuple (un peu comme le "petit père du peuple", dans un autre contexte...), mais même qu'il ait pu être père plus particulièrement de certains parmi ce peuple, des rois, les prophètes... Mais ceux-là n'ont jamais invité à penser qu'il puisse en être de même pour tout un chacun ! Jésus, si : "son" père, il dit qu'il est aussi le père de chacune et chacun, et pas seulement globalement mais bien aussi personnellement que pour lui, comme pour lui.
Le meilleur témoignage que nous ayons de cette conviction de Jésus est ce passage de l'évangile de Jean : "qui croit en moi, les œuvres que je fais il les fera lui aussi, et même il en fera de plus grandes". Je ne suis pas personnellement prêt à envisager de pouvoir aller jusque là ! d'autant que ce genre d'œuvres, ce n'est justement pas vraiment nous qui les accomplissons... Mais justement aussi, cette phrase témoigne clairement de cette relation que, lui, a toujours eue avec ce père, et à laquelle il invitait, que ses paroles n'étaient pas ses paroles mais celles de ce père, et de même pour ses actions, raisons pour lesquelles jamais il ne se serait lui-même égalé audit père, et pour lesquelles il ne se serait même pas non plus permis de se juger lui-même le plus grand de tous les hommes de tous les temps...!
Et je suis convaincu ainsi que, dans les premiers temps, les premiers chrétiens ont effectivement vécu cette même relation personnelle avec le père, chacune et chacun. Les tout premiers chrétiens, en somme, étaient tous des "mystiques" ; cependant, évidemment, chacune et chacun à des degrés divers, car avec Dieu c'est comme avec n'importe qui : avoir entendu parler d'une personne est une chose, la rencontrer pour la première fois en est une autre, mais on n'en aura jamais fait le tour...! Et c'est ensuite avec le temps, au fur et à mesure que le christianisme devenait une religion — pour ne pas dire une idéologie — et non plus une expérience existentielle de Dieu, que Jésus a progressivement été divinisé, autrement dit mis à la même supposée distance (infinie) des hommes que Dieu lui-même.
Agrandissement : Illustration 1
et il leur disait
« est-ce que la lampe arrive
pour être placée sous le boisseau ou sous le lit ?
n'est-ce pas pour être placée sur le lampadaire ?
car rien de caché qui ne devra être manifesté
rien n'arrive non plus de secret qui ne viendra à la lumière
si quelqu'un a des oreilles pour entendre
qu'il entende ! »
et il leur disait
« veillez à comment vous entendez !
de la mesure dont vous mesurez
il sera mesuré pour vous
et il vous en sera ajouté
car qui a il lui sera donné
et qui n'a pas même ce qu'il a lui sera pris »
(Marc 4, 21-25)