Il y a ceux qui sont assis, et c'est sur ceux-là que tombera le filet, la nasse ; le salut est pour ceux qui sont debout.
Ceux qui sont assis : ceux qui demeurent immobiles, inactifs, inertes, ceux qui sont fixés, établis ; bref, ceux que les conditions de ce monde satisfont, ceux qui ne voient pas ce qu'on pourrait lui reprocher. Sans doute que tout n'y est pas parfait pour tout le monde, mais ça c'est le problème de ceux-là, des autres ; pour eux, par contre, ça va, ils font bonne chère, habitent une maison dotée de tout le confort moderne, le dressing est bien rempli, ils ont de nombreuses relations, ne s'ennuient jamais : que demanderaient-ils de plus ? que cela puisse durer éternellement ? ils y travaillent, ils espèrent bien qu'on va y arriver, que ce soit en régénérant indéfiniment leurs organismes à base de cellules souches, ou en transférant leur "esprit" dans un cerveau artificiel aux commandes d'un androïde (mais si, mais si, il y en a qui y croient !)...
Ceci dit, il y a aussi tous ceux qui, sans avoir la chance (?) de ces privilégiés-là, n'ont cependant pas d'autre horizon que d'espérer un jour en faire partie, ou du moins de s'en rapprocher un peu plus, de progresser le long de cette échelle des valeurs matérialistes. N'est-ce pas, puisqu'il aurait été prouvé qu'il n'existe rien d'autre que de la matière, quel autre objectif pourrait-on avoir dans la vie que : du confort, toujours plus de confort, et tant pis si cela rend aussi notre planète de moins en moins habitable, pour ne pas dire invivable, ce qui est déjà de plus en plus le cas.
Tout ceci ne veut pourtant pas dire dédaigner les plaisirs de cette vie-ci. Mais, si je peux me permettre une anecdote personnelle : la meilleure pomme de terre que j'aie jamais mangée, c'était le jour où je me suis aperçu qu'il ne me restait exactement que ça, une pomme de terre, les magasins fermés, et une faim qui ne pouvait attendre. Elle n'était certainement pas d'une variété particulièrement gustative, mais qu'est-ce que j'ai pu la savourer, comme ça, juste cuite à l'eau, même sans sel ! Nous cherchons, en général, dans la cuisine, à ajouter des épices, varier les types de cuisson, et toutes autres modalités qui nous entraînent dans une poursuite sans fin d'un goût censément toujours plus raffiné, mais qui finit toujours par nous laisser insatisfaits, alors que se centrer sur la seule qualité nutritive de ce que nous mangeons : ça, ça ne nous déçoit jamais, ça ne peut pas nous décevoir (ce qui suppose quand même, évidemment, qu'on puisse bénéficier de ce minimum là...)
Et quand on reste dans cette optique-là, alors les questions les plus essentielles peuvent apparaître. Nous constatons qu'effectivement ce monde-ci est capable de satisfaire nos vrais besoins, qui sont vraiment minimes, et ensuite ? et après ? est-ce bien là le tout de notre destinée, ou y a-t-il autre chose, de possible, de quelque ordre que ce soit ? Et quelle que soit la réponse que nous y donnions — ou pas —, du moins est-ce là, et là seulement, que nous sommes debout, en attente, aux aguets, en recherche, et c'est cela être fils (ou fille...:) d'homme.
Agrandissement : Illustration 1
aussi prenez garde à vous-mêmes
que vos cœurs ne soient pas alourdis
dans la gueule de bois
ni dans l'ivresse
ni dans les soucis de la vie
et que ce jour-là ne tombe sur vous inopinément
comme un filet
car il surviendra sur tous ceux qui sont assis
sur la face de toute la terre
aussi restez vigilants !
priant en tout temps
afin d'avoir la force
d'échapper
à toutes ces choses qui vont arriver
et d'être debout
devant le fils de l'homme
(Luc 21, 34-36)