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Billet de blog 31 août 2017

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Je et toi

Qu'est-ce que l'amour ?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

S'il y a un sujet par excellence, je crois, qui nous permette de rentrer avec pertinence dans cette question, c'est celui du suicide. En effet, si je me propose d'aborder ce sujet, je me trouve immédiatement confronté au problème de savoir à qui je m'adresse : à une personne qui se sent, à des degrés divers, attirée par cette issue ; ou à une personne dont c'est un proche, qui en est tenté ou qui l'a fait. Tout se passe comme s'il m'était quasiment impossible de dire la même chose, les mêmes phrases, les mêmes mots, aux unes et aux autres, sans faillir à la bienveillance que je souhaite leur garder également.

Je ne me sens effectivement pas le droit de juger la personne qui envisage de mettre fin à ses jours, ou qui l'a fait. Je ne suis pas à sa place, je ne peux pas l'être. Je peux éventuellement me représenter, ou m'imaginer me représenter, ce qu'elle vit, les souffrances qu'elle endure, le désespoir qui l'étreint, la déréliction qui s'est emparée de tout ce qu'elle est ; cela ne reste qu'une représentation, et je n'ai aucun moyen de savoir ce que cela lui fait, réellement, à elle et elle seule. La décence, la moindre des décences, m'impose ici d'accepter et de respecter son choix, quel qu'il a été, ou, à l'avance, quel qu'il sera.

Cela ne veut pas dire qu'il n'y a rien que je puisse faire ou essayer de faire, mais que ce respect absolu en est la condition incontournable, et c'est ce qui en fait toute la difficulté. C'est ici que se teste dramatiquement l'amour : au-delà de l'attachement. Et il faut le dire : l'amour, cet amour-là, n'est pas humain, est au-dessus de nos forces, qui que nous soyons. Car ce n'est pas une question de volonté, même s'il faut quand même avoir au moins le désir d'essayer, pour qu'il nous soit donné. Nous ne savons pas, et ne saurons vraisemblablement jamais, aimer, mais l'amour peut pourtant parfois s'emparer de nous pour ses propres fins.

Si je reviens maintenant à la personne qui ne voit pas comment faire encore un pas de plus dans ce monde, ou qui a déjà fait le pas définitif pour le quitter, il me semble certain que c'est, elle aussi, le même drame qu'elle vit, le drame d'un amour à offrir, qu'elle n'arrive pas à trouver en elle, auquel elle n'arrive pas à s'ouvrir, pour le laisser la traverser et donner vie au monde grâce à elle. Oui, le suicide est un échec, mais avant tout un échec de l'amour lui-même, et donc échec dont il est délicat d'imputer toute la responsabilité aux seuls concernés directement. Quand une personne se suicide, c'est en réalité l'humanité entière qui est en cause.

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