Au commencement Dieu créa le ciel et la terre... c'est ainsi que commence le premier livre de la Bible, et pour ce faire, Dieu simplement "dit" : Lumière ! ...et la lumière est, il y a de la lumière. Dieu a d'abord pensé l'idée de lumière, puis il a émis sa pensée, et voilà, cela est. En ce tout début de la Bible se trouve déjà exposé le principe trinitaire : Dieu, le Verbe de Dieu (sa pensée), et le Souffle de Dieu (par lequel la pensée est extériorisée et matérialisée). Ce sont évidemment des analogies, mais qui doivent nous permettre de mieux comprendre cette histoire de Trinité, ce qu'elle veut dire, et, surtout (?), ce qu'elle ne veut pas dire.
Mes pensées, mes réflexions, ne sont pas le tout de ce que je suis, mais il ne me viendrait pas non plus à l'idée qu'elles puissent être une autre personne que moi, une autre identité : elles font partie de moi, elles peuvent me surprendre parfois, surtout à partir du moment où je les exprime (combien de fois regrettons-nous une parole qui nous a "échappé" ?), mais je n'irai pas jusqu'à dire que ce n'est pas moi qui les ai pensées ou émises ! Et il y a bien cette différence aussi entre des réflexions qui restent "dans la tête" et les mêmes une fois qu'elles ont été soit prononcées, soit écrites. Voilà donc trois concepts — moi, mes pensées, mes mots exprimés — qui sont comme trois facettes de qui je suis, mais certainement pas trois personnes distinctes comme la plupart des chrétiens se représentent la "Trinité"...
C'est en tout cas ce dont parle ce début de l'évangile de Jean, il veut resituer le rôle précis de ce Verbe de Dieu, c'est par lui que tout a été fait, que tout est venu à l'existence. En ce sens, on peut dire que tout l'univers est une matérialisation, une incarnation, de Dieu, et ceci est vrai jusqu'à un certain point. Il est vrai que tout le monde physique, y compris le monde vivant, y compris le monde animal, est habité par l'Esprit, mais le projet de Dieu ne s'arrête pas là, il ne veut pas seulement un monde reflet fidèle de ses pensées, de son Verbe, il veut que, au sein de ce monde, les dernières créatures auxquelles il a pensé (mais en réalité celles auxquelles il pensait dès le début), ne soient pas seulement un reflet, mais qu'elles soient comme des autres lui-même, habitées elles aussi de son propre Verbe.
Et, nous dit donc ce texte, c'est ce qui s'est produit avec cet homme nommé Jésus. Cet homme n'est pas seulement un prophète, sensible à, empli de, l'Esprit (le Souffle) de Dieu, il est plus que cela, c'est le Verbe lui-même de Dieu qui l'habite, car tel était, et est encore et pour toujours, le projet de Dieu, se faire homme, autrement dit aussi : que l'homme lui devienne semblable, que ses créatures deviennent des dieux...
Ces propos sont typiquement ce qu'on appelle généralement de la gnose, mais c'est normal, c'est ce qu'est la tradition johannique, une tradition gnostique, et la gnose est dangereuse en ce qu'elle a tendance à exacerber l'individualisme au détriment du communautaire ; c'est effectivement ce qui est arrivé à la communauté johannique, qui a fini minée par les dissensions, et, dans les débuts du deuxième siècle, seul un petit reste s'est alors rattaché à la tradition paulinienne qui elle, de son côté, était devenue consensuelle parmi les autres communautés chrétiennes des origines. Mais la consensualité a aussi ses inconvénients, particulièrement celui de niveler au point de finir par perdre tout sel, d'une part, et d'autre part d'ériger l'absurdité en lieu et place du sacré...
Agrandissement : Illustration 1
au commencement était le Verbe
et le Verbe était de Dieu
et Dieu était le Verbe
au commencement il était de Dieu
tout a été créé par lui
et sans lui rien n'a été créé
de ce qui a été créé
en lui était la vie
et la vie était la lumière des hommes
et la lumière brille dans la ténèbre
et la ténèbre ne l'a pas saisie
(il y eut un homme
qui avait été envoyé par Dieu
son nom était Jean
il vint en témoignage
afin de témoigner de la lumière
afin que tous croient par lui
il n'était pas lui-même la lumière
mais afin de témoigner de la lumière)
le Verbe était la lumière véritable
qui illumine tout homme,
qui vient dans le monde
il était dans le monde
et le monde fut créé par lui
et le monde ne l'a pas connu
il est venu chez les siens
et les siens ne l'ont pas accueilli
mais tous ceux qui l'ont accueilli
il leur a donné le pouvoir
de devenir enfants de Dieu
eux qui croient en son nom
eux qui sont nés
non du sang
ni d'une volonté de chair
ni d'une volonté d'homme
mais de Dieu
et le Verbe fut chair
et il a habité parmi nous
et nous avons contemplé sa gloire
gloire comme d'un fils unique du Père
plein de grâce et de vérité.
(Jean témoigne de lui et il a crié en disant
« c'est de lui que je disais
celui venant après moi
a pris précédence sur moi
parce qu'il était avant moi »)
parce que de sa plénitude nous avons tous reçu
et grâce sur grâce
parce que si la torah a été donnée par Moïse
la grâce et la vérité elles sont advenues par Jésus oint
Dieu personne ne l'a jamais vu
mais un dieu fils unique
qui est dans le sein du Père
lui l'a révélé
(Jean 1, 1-18)