Appel à témoignages - conditions de travail dans le milieu du cinéma

Je ne compte plus les fois où je me suis sentie démunie, impuissante, vidée de toute énergie face à ce silence qui dure et qui nous cloisonne. Décrire ce que nous vivons ou avons vécu est déjà un petit pas vers la résistance. Que vous occupiez actuellement un poste ou que vous l’ayez quitté, que vous ayez été victime ou témoin, que vous souhaitiez apporter un nouvel éclairage sur le milieu, cet espace vous est dédié.

Retour d'expérience 

Il y a deux ans, j’ai témoigné sous la forme d’un billet de blog sur le site de Mediapart, de mes conditions de travail en tant que salariée dans le milieu du cinéma. En introduction je racontais mes premières incursions dans le secteur: mon passage par une école publique de cinéma suivi d’un stage puis deux puis trois pour enfin atteindre le graal: un CDD dans une petite société indépendante. Je décrivais mon expérience au sein de cette entreprise qui, sous-couvert de défendre un cinéma indépendant, s’arrogeait le droit de violer le code du travail, de sous payer, d’intimider et d’humilier ses salariés.

Depuis sa publication en mars 2017, il a été lu par un grand nombre de salariés, de stagiaires, d’étudiants et même quelques patrons du secteur. On m’a rapporté que ces derniers, indignés, reprochaient à son auteur d’avoir distordu la réalité. Non seulement ils ne se retrouvaient pas dans le portrait du dirigeant (surprise) mais ne pouvaient décemment accepter que ce cas particulier puisse être l’indice d’un dysfonctionnement structurel. En témoignant d’une seule voix on court toujours le risque d'être renvoyé à l'image d’un ou d’une employé.e mal dans sa peau qui a des comptes personnels à régler avec ses supérieurs. C’est là un argument couramment avancé pour discréditer la valeur du témoignage et la rejeter dans le ravin conjoncturel: les récurrents “t’as pas eu de chance” “ce n’est pas pareil partout” “on ne peut pas généraliser”. Reste un fait sur lequel ils ne pourront revenir : le texte a été largement partagé. 

Dans presque tous les domaines d’activité s’observent aujourd’hui une baisse irrépressible du coût du travail, une compression des salariés toujours plus forte, un recours grandissant au chantage salarial. Le milieu culturel et, plus spécifiquement celui du cinéma, n’est pas épargné par ces dynamiques destructrices. Bien au contraire. On pourrait même émettre l’hypothèse que les particularités du milieu auraient pour vertu ou vice (ça dépend d’où l’on parle) de mieux maquiller les faits. Pour la simple et bonne raison qu’il attirerait des personnes « à vocation », le 7ème art serait considéré comme un domaine « à part », un îlot détaché du continent travail.

Les témoignages récents en France d'actrices victimes d'agression sexuelles ont mis au jour les abus permis et bien souvent "légitimés" par les liens hiérarchiques et les rapports de pouvoir. Comme dans tout secteur professionnel, il existe dans le cinéma des patrons et des subordonné.es même si on leur préfère commodément les termes de muse et de pygmalion. 

Si ces témoignages ont permis de libérer une certaine parole et elle est salutaire, il ne faudrait pas oublier toutes les petites mains anonymes qui font marcher la machine du cinéma et qui se trouvent aussi coincées par un système. Outre les cas graves d'agressions sexuelles, les situations de harcèlement moral sont le lot commun de beaucoup de travailleurs du secteur.  Le milieu du cinéma est un petit milieu où règne une culture du secret unique en son genre. Preuve en est sans doute, la difficulté à trouver des documents, des enquêtes ou des ouvrages sur les conditions socio-économiques de ces "petites mains". Il serait temps d’y remédier.

Appel à témoignages 

Je ne compte plus les fois où je me suis sentie démunie, impuissante, vidée de toute énergie face à ce silence qui dure et qui nous cloisonne. Mon premier réflexe a été d’expulser la colère en témoignant. C’est un début. Décrire ce que nous vivons ou avons vécu est déjà un petit pas vers la résistance. C’est pourquoi je me tourne vers vous aujourd’hui et lance cet appel à témoins. Que vous occupiez actuellement un poste ou que vous l’ayez quitté, que vous ayez été victime ou témoin d’actes d’intimidation, de pressions, que vous souhaitiez apporter un nouvel éclairage sur le milieu, cet espace vous est dédié. Votre anonymat sera bien sur respecté.

Vous pouvez envoyer vos textes sous la forme de votre choix : témoignage, récit, notes, observations etc à cette adresse : appeltemoinscinema@protonmail.com.

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