Fait divers en Macronie

« Amabam amare et amans amare quid amarem quaerebam ». J’aimais aimer et, aimant aimer, je cherchais qui aimer ». Saint-Augustin, les confessions. Gérard Collomb a déclamé cette phrase du philosophe du IVe siècle à l’Assemblée nationale, en latin puis en Français, le 21 février 2018.

« Amabam amare et amans amare quid amarem quaerebam ». J’aimais aimer et, aimant aimer, je cherchais qui aimer ». Saint-Augustin, les confessions. Gérard Collomb a déclamé cette phrase du philosophe du IVe siècle à l’Assemblée nationale, en latin puis en Français, le 21 février 2018.

À quelle occasion, allez-vous me dire, un projet de loi sur la culture, sur les langues anciennes à remettre au goût du jour ? Que nenni, le débat portait sur la loi Asile et immigration et, d’après France soir du 5/03/2018, « pour troubler la monotonie du débat parlementaire » (sic), Edouard Philippe aurait défié son ministre de l’Intérieur de placer une citation de Saint-Augustin, durant son allocution devant l’Assemblée nationale, sur ce projet de loi controversé. « Notre » ministre de l’intérieur n’est-il pas, rappelons-le, agrégé de lettres classiques… Comme quoi, la culture n’est pas toujours ce phare qui éclaire la nuit. Bref, ces deux compères, selon le Journal du dimanche, auraient décidé de parier une bouteille de vin, un Côte-Rôtie, s’il vous plaît, de quelques centaines d’euros... La citation ne semble certes pas avoir grand chose à voir avec la question migratoire ou les centres de rétention. Gérard Collomb l’aurait apparemment placée pour défendre “l’humanisme” de sa réforme décriée par les défenseurs des migrants, entre autres. L’Express relève par ailleurs que plusieurs membres du gouvernement installés face à Gérard Collomb, dont Edouard Philippe au premier rang, ont beaucoup ri lors de ce discours.

Les médias dominants, France Soir, le Journal du dimanche, et l’Express ont relayé ce pari passé entre deux ministres dans le cadre d’une loi importante et contestée, où il est question du sort de milliers de personnes, d’atteinte au droit d’hospitalité, d’accueil, d’atteinte aux droits humains, d’incarcération des enfants, bref, du lourd…ces médias ont relayé, sans complexe, voyant sans aucun doute là l’esprit espiègle et enfantin de nos gouvernants.Outre, le cynisme et l’indifférence crasse dont ils ont fait preuve, eux des représentants de la République, faisaient montre de leur indifférence à l’encontre des  autres, de ces migrants en situation de détresse,  pour plagier une phrase de M. Macron, des migrants, des gens qui ne sont rien

Le public a beaucoup ri, mais qui était le public ? Plusieurs membres du gouvernement ont beaucoup ri, imaginons la scène, certains députés humanistes mouillant la chemise pour faire entendre raison aux députés, leurs collègues, qu’une loi comme celle-là ne grandira pas la France, ne sera pas efficace et que les sirènes de l’extrême droite, et de la droite extrême… ça suffit !!! Et nos gouvernants, se cachant à peine, rient de l’audace de M. Collomb… Mais de qui se moque-ton ? Que la presse relaie cette anecdote nous rappelle la banalisation actuelles des souffrances humaines… Osons un parallèle : a-t-on autant ri lorsque le gouvernement de Vichy promulgua ses décrets honnis ? Il est décidément des rires qui mettent mal à l’aise. Si M. Collomb, fin lettré ou présumé tel, tenait tant à chercher exemple dans le passé romain, que n’a-t-il songé à se référer à cet Édit célèbre promulgué en l’an 212 par Caracalla… La République en eût été vraiment et autrement grandie.

 

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