De quoi la suppression du statut des cheminots est elle le nom ?

Suppression du statut des cheminots

De quoi la suppression du statut des cheminots est-t-elle le nom ?

Pourquoi le gouvernement veut-t-il supprimer le statut, « réforme inévitable, nécessaire, jargon gouvernemental répété en boucle, mais sans jamais argumenter… » Comprendre les raisons de l’inflexibilité du gouvernement à mettre fin au statut des cheminots  paraît essentiel pour bien comprendre les enjeux de cette bataille du rail.

De quoi parlons-nous ? : Les avantages des cheminots seraient-t-ils responsables de la dette SNCF ?

Le statut coûterait 400 millions par an, la dette de la SNCF s’élève à 46 milliards et chaque année, l’entreprise publique verse 1,5 milliards d’intérêts financiers liés à la dette. Ces dix dernières années, cette charge de la dette – 10,3 milliards d’euros seulement pour les intérêts – pèse plus lourd que l’entretien et le développement du réseau – 7,2 milliards d’euros….De là à conclure que la SNCF travaille pour les marchés financiers  au détriment des cheminots et contribuables, il n’y a qu’un pas ...

Inventaire des avantages des cheminots : Possibilité de partir en retraite dés 53 ans pour les roulants, et 57 ans pour les autres, oui, mais, les réformes successives des retraites les obligent comme n’importe quel salarié, à avoir 41,5 annuités, ainsi, pour tous ceux nés après 1973, ces dispositions deviennent caduques. Ils totalisent une journée de plus de RTT, soit au total 132 jours de repos /an contre 131 jours de repos /an pour le privé. Rappelons que les roulants sont d’astreinte un certain nombre de week-ends par an avec des heures décalées, certains agents en atelier de maintenance ou à la voierie effectuant les 3*8 travaillent une semaine sur trois en heures de nuit, quant à la prime de charbon, elle a été supprimée dans les années 70 n’en déplaise à Mme Le Pen.. La moyenne brute mensuelle est de 3 090 euros en 2014 pour un temps complet, soit très légèrement supérieur au salaire mensuel moyen en France, secteurs privé et public confondus, qui s’élevait à 2 912 euros bruts en 2013, selon l'Insee.

Ils bénéficient d’un emploi à vie après une période d’essai de plus d’un an, la grille statutaire de la SNCF démarre pour les agents les moins qualifiés en dessous du SMIC. Trop chers les cheminots ?

Qu’ils soient titulaires, contractuels ou retraités, tous les agents bénéficient des "facilités de circulation", c’est-à-dire de billets gratuit ou à prix très réduits (ils ne paient que la réservation) pour eux-mêmes et leur famille proche.
Les enfants d’agents SNCF circulent pour 10% du prix du billet, tandis que les parents et beaux-parents disposent de quatre billets gratuits par an.

 Qu’ont-t-ils d’extravagants, d’insupportables ces avantages sociaux ? De permettre aux cheminots d’avoir un pouvoir d’achat correct et des conditions de travail dignes, ces avantages devraient être un standard pour tous les salariés dans un pays, la France, qui se situe, en 2017, à la 6eme place des pays les plus riches de la planète.

 Elisabeth Borne, le16 Mars 2018 : Si le statut des cheminots actuels sera maintenu, les salariés qui entreront à la SNCF à l'avenir auront la même convention collective que les salariés des futures entreprises privées concurrentes. "C'est un principe d'équité", a fait valoir Elisabeth Borne. Et si nous inversions la proposition ? L’Etat pourrait imposer aux nouveaux entrants sur le rail une norme sociale exigeante pour leur personnel, un véritable droit d’entrée pour assurer de bonnes conditions de travail à l’ensemble des personnels et une garantie pour nous usagers d’une plus grande sécurité.

M.Pepy, a fait l’essentiel de sa carrière à la SNCF, rentré en 1988, directeur délégué en 1998, PDG de la SNCF depuis 2008, continue de percevoir 450.000 Euros par an alors qu’il a participé à la stratégie du tout TGV contribuant à l’augmentation de la dette : de 25 milliards en 2007 à 46 milliards aujourd’hui, les salariés trinquent de la mauvaise gestion quand les dirigeants continuent de mener grand train. C’est le cas de le dire. L’équité est une notion à géométrie variable pour Mme Borne.

Alors pourquoi supprimer le statut des cheminots ?

-Pour affaiblir durablement les bastions syndicaux les plus revendicatifs (Reagan les aiguilleurs du ciel, Thatcher, les mineurs, et Macron, les cheminots) et étouffer ainsi la contestation sociale à l’encontre des réformes toujours plus régressives pour le monde du travail.

-Pour faire disparaître des repères collectifs : En supprimant les avantages sociaux d’un groupe social sans jamais toucher aux gros privilèges, aux privilèges exorbitants , ceux des nantis (rentiers), en supprimant ces acquis sociaux, cette suppression  ne permettra plus aux autres catégories socioprofessionnelles de s’appuyer sur une norme supérieure pour étayer leurs revendications,  l’horizon indépassable du CDI de chantier à 1500 Euros bruts va devenir la norme sociale, et pour ceux qui, sur les ondes pointent les avantages sociaux des cheminots 400 millions par an, ceux qui pensent que cette économie là peut servir à d’autres salariés plus vulnérables, se trompent lourdement, l’Etat dorénavant fait des économies sans jamais les redistribuer !

Le Statut des cheminots appartient à la période précédente, celle de l’Etat protecteur, si cette digue cède, alors l’Etat prédateur en sortira triomphant, celui qui part en guerre contre le monde du travail en réduisant ses droits et ses acquis sociaux au seul profit des accords d’entreprises, celui qui démantèle les services publics, s’apprêtant à supprimer le statut des fonctionnaires..Et que dit cet Etat prédateur ? Le modèle dominant sera le marché comme horizon indépassable (santé, éducation, informations, transports, énergie) auquel toute activité humaine devra se soumettre avec comme principe intangible rentabilité pour l’actionnaire et toujours plus de flexibilité pour les travailleurs...L’ETAT a transformé son logiciel de protection en logiciel de prédation aux seuls profits des E Privés, c’est cela la modernisation prônée par M.Macron.

Catherine Hélary, citoyenne attachée à nos services publics

 

 

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