Audience comparée des mouvements et personnalités politiques sur les réseaux sociaux

Les réseaux sociaux sont une scène privilégiée du débat politique. Le social media monitoring permet une mesure de l'influence des différents acteurs sur ces réseaux. Les données de Semrush permettent ainsi de classer les mouvements et personnalités politiques en fonction de leur importance sur les social media.

À l’approche de l’élection présidentielle, les réseaux sociaux sont une scène privilégiée du débat politique. Le social media monitoring permet une mesure de l'influence des différents acteurs sur ces réseaux. Les données de Semrush permettent ainsi de classer les mouvements et personnalités politiques en fonction de leur importance sur les social media.

Rappelons que la communication sur les réseaux sociaux (nous nous limitons ici à Facebook, Twitter et Youtube) se mesure de trois façons : l’audience, l’activité et l’engagement. L’audience mesure le nombre total de fans, de followers, d’abonnés acquis, ici, au 10 décembre (tableau 1). L’activité rend compte du nombre de posts, tweets et vidéos au cours des 7 jours écoulés glissants (du 4 au 10 décembre dans le tableaux 2). L’engagement, enfin, évalue le nombre de « j’aime », de « partage » ou « retweets », et de commentaires, constaté également au cours des 7 derniers jours (tableau 3).

Chacune des mesures a un sens différent. L’audience mesure, à une date donnée, le stock de personnes intéressées (ou qui ont été intéressées) par l’activité d’une personne ou d’une institution sur les réseaux sociaux.  L’effet stock est important et ne prend pas nécessairement en compte le déclin de l’intérêt. L’activité mesure au cours des sept jours glissants écoulés l’effort de communication. Elle n’est pas toujours liée à l’importance de l’audience. L’engagement en tant que mesure des interactions suscitées par l’activité au cours des sept jours glissants écoulés apparaît comme la mesure la plus intéressante de l'impact d’une organisation ou d’une personnalité au cours d'une période précise. 

Notre liste d’acteurs retenus n’est pas exhaustive, nous nous sommes notamment référés aux organisations et acteurs politiques dont les sites figurent parmi les 25 sites les plus visités (voir notre billet). Cette liste a été complétée par un certain nombre de candidats à l’élection présidentielle (ou à la primaire de la gauche) et par des organisations clefs dans la vie politique française.

En nous limitant donc aux mouvements politiques et aux personnalités ayant à notre avis le plus d’impact (ou devant l'avoir) dans la conjoncture actuelle, voici les données de leur audience, activité et engagement. Les acteurs sont classés par ordre décroissant d’influence. On peut bien sûr avoir oublié un acteur important. Dès son signalement, l’oubli sera réparé.

Tableau 1. Audience globale des acteurs politiques  et répartition en % sur Facebook, Twitter et Youtube à la date du 10 décembre 2016.

capture-d-ecran-2016-12-12-08-28-14

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Source des données : Semrush-BarowebAB

Le tableau 1 expose les données de l’audience. Les pourcentages remarquables (élevés, faibles) ont été surlignés en jaune. Les données mettent en évidence le nombre important de fans de Marine Le Pen, la seule personnalité politique à dépasser le million de suiveurs uniques (on peut supposer qu’une partie importante de ses fans sur Facebook est également abonnée sur Twitter et sur Youtube). Jean-Luc Mélenchon arrive bon deuxième avec bientôt un million de followers sur Twitter. Marion Maréchal Le Pen arrive troisième des personnalités politiques. Son poids sur les réseaux sociaux montre qu’elle n’est pas si isolée que cela au sein du peuple de la droite extrême et que les différends avec Marine Le Pen ne sont pas à négliger. La mesure d’audience a un effet stock, qui handicape les acteurs les plus récents (comme Emmanuel Macron), la suite du classement montre néanmoins la montée de certains acteurs, mais aussi la faible audience de nombre de personnalités engagées dans la course présidentielle.

Chaque acteur n’a pas la même structure d’audience, nous avons indiqué pour chacun des trois réseaux retenus, les parts relatives en % de chacun des trois réseaux sociaux ici pris en compte.   Nous reviendrons ultérieurement sur cette dimension. On peut se contenter d’observer que les acteurs n’utilisent pas de la même façon les différents réseaux. Certains privilégient Facebook, d’autres Twitter et l’utilisation de Youtube est très inégale, seule une minorité (J.-L. Mélenchon, l’UPR et Amnesty) a réussi à faire de la vidéo un outil de communication important. Le recours à une chaîne Youtube n’est pas encore la règle pour tous les acteurs politiques.

Tableau 2. Activité globale des acteurs politiques  et répartition en % sur Facebook, Twitter et Youtube du 4 au 10 décembre 2016.

capture-d-ecran-2016-12-12-08-28-44

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Source des données : Semrush-BarowebAB

L’activité (tableau 2) témoigne du dynamisme de l’extrême droite. Sur les sept acteurs les plus actifs sur les réseaux sociaux, il y en a six qui appartiennent à l’extrême droite. Seul Gérard Filoche s’insère parmi eux à la 5è place.

Bien entendu, l’activité sur les réseaux sociaux est nourrie en grande partie par l’actualité.  On comprend aisément que le recours aux réseaux sociaux de François Fillon a décliné après son succès à la primaire de la droite. Le recours aux réseaux sociaux a été un des facteurs de son succès (voir ce billet). Pour autant, les candidats à la primaire de la gauche ne témoignent pas exactement d’un dynamisme extraordinaire, si l’on exclut G. Filoche.

Tableau 3. Engagement global des acteurs politiques  et répartition en % sur Facebook, Twitter et Youtube du 4 au 10 décembre 2016.

capture-d-ecran-2016-12-12-08-29-17

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Source des données : Semrush-BarowebAB

Il est vrai que l’engagement (tableau 3) qui mesure l’impact de cette activité montre que l’activisme sur les réseaux sociaux ne suffit pas à avoir de l’influence. La Gauchematuer arrive en tête des acteurs politiques pour l’engagement (on peut toutefois s’interroger sur la fiabilité de ses données, étant donné ce que l’on sait sur la faible fiabilité des données d’audience de son site (voir ce billet). On peut souligner le fort impact de l'activité de communication de Jean-Luc Mélenchon sur les réseaux sociaux. Ses données d'engagement le placent nettement devant Marine Le Pen et Marion Maréchal Le Pen dans la semaine écoulée, ce qui s’explique notamment par l'influence de sa chaîne Youtube. On remarque également que la communication politique d’Emmanuel Macron sur les réseaux sociaux suscite des interactions supérieures à celles de Manuel Valls. Parmi les autres candidats à la primaire de la gauche, Benoît Hamon distance Arnaud Montebourg, ce qui confirme l’audience supérieure de son site. Notons pour terminer que les syndicats sont assez timides dans l’usage des réseaux sociaux, la CFDT plus que la CGT. Cela leur donne de grandes marges de progrès.

Toutes ces données méritent des analyses plus fouillées, d’autant plus qu’il existe des données plus détaillées par post, tweet sans parler des vidéos. Cette masse de données livre des indicateurs précieux sur la communication politique et constitue une mesure originale de l’audience des acteurs politiques. Nous ne faisons qu’esquisser le chantier. On aura l’occasion de développer des analyses complémentaires.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.