Podemos : la difficulté de la rupture démocratique

Pour tous ceux qui croient en la démocratie forte, active, Podemos est une bonne nouvelle politique, porteuse d’espoir. Ce mouvement, créé en 2014 et qui a fait, en mai 2015, une percée significative dans les élections municipales des trois principales villes d’Espagne, prouve qu’une alternative crédible à la politique néolibérale, à la gauche traditionnelle et à la gauche radicale est possible.

Dans l’ouvrage intitulé « Podemos, sûr que nous pouvons » publié par Indigène Éditions, quelques acteurs clefs de ce mouvement — Carolina Bescansa, Íñigo Errejón, Pablo Iglesias, Juan Carlos Monedero et Luis Giménez,  ainsi que l’historienne Ana Domíngue— fournissent d’utiles éléments de compréhension de ce succès politique fulgurant.

 D’après ces acteurs, les ingrédients du succès résident tout d’abord dans la situation de blocage politique et l’émergence d’un climat d’indignation. La réussite de Podemos est ensuite imputée au développement d’un projet politique original antilibéral mais ni de gauche ni de droite, à la catalyse médiatique réussie de leurs idées et enfin à une nouvelle forme d’organisation politique. Ces facteurs de réussite prouvent qu’un tel mouvement n’est pas hors de portée pour les partisans d’une démocratie active en France. Les décisions du dernier congrès de Podemos prouvent cependant que la fidélité aux principes de démocratie citoyenne n’est jamais garantie.

  1. 1.    Blocage politique et climat d’indignation

 Le succès de Podemos peut d’abord être attribué à ce que les politistes nomment « une structure d’opportunités » caractérisée tout d’abord par une conjoncture politique de crise profonde des institutions politiques traditionnelles, qualifiée par les auteurs de « situation de blocage politique ».  « Nous sommes dans un moment de collapsus de la communauté politique que nous avons connue et nous avons besoin du projet d’un pays différent qui intègre des majorités non encore intégrées. » « Le régime est en phase d’effondrement, et avec lui toute l’architecture politique, juridique et institutionnelle qui en dépend. La capacité des élites et des grandes institutions à générer de la confiance autour d’elles pour canaliser les conflits de notre société s’est fissurée. »

 Podemos a su faire écho et donner forme à la formidable prise de conscience de la crise du principe représentatif et à la possibilité de substituer à la délégation d’autres formes politiques actives. « Nous avons demandé à la politique pourquoi elle s’habillait de représentation et se nommait démocratie représentative si elle ne nous représentait pas ; pourquoi on s’appelle démocratie alors que les dirigeants ne soumettent jamais à nos critères les propositions qui reviennent à mettre les saisies sur nos pays. » « Nous avons compris que celui qui délègue la politique est condamné à perdre. Nous avons décidé de nous organiser, d’entrer dans le terrier du renard, de remettre en cause le sens commun dans les endroits où aujourd’hui il se construit. »

 En relayant et en agrégeant les critiques adressées aux élites politico-économiques espagnols, Podemos a traduit politiquement un « climat d’indignation », dont le mouvement des indignés a été la première expression. « Le 15-M » comme on le désigne en Espagne a joué un rôle fondamental dans l’émergence de Podemos : « nous sommes passés au-dessus d’un fait fondamental et qui a tout changé en Espagne, l’irruption du mouvement 15-M, ce soulèvement des Indignés le 15 mai 2011, à Puerta del Sol à Madrid, qui a tant modifié la scène politique. » Le 15-M puis Podemos sont tout à la fois produit et facteur de ce climat populaire d’indignation formant un terreau favorable au changement politique : « le 15-M a partiellement renversé ça : la nouveauté, c’était ce climat collectif qui mettait les autres, les élites, sur la défensive. »

            2. Un positionnement ni droite ni gauche et profondément antilibéral.

 « Comment est- il possible que tant de gens soient d’accord avec le 15- M et qu’ensuite ce soit un parti de droite, le PP (Parti populaire), qui continue de l’emporter ? » s’interrogent les auteurs. C’est pour résoudre ce paradoxe que le positionnement dans le champ politique a été réfléchi avec soin « parce que, selon où l’on place la frontière symbolique, le type d’affrontements varie dans le champ politique ».

 Présenté comme un mouvement d’extrême gauche par les média, les leaders soulignent que « Nous ne sommes ni de droite ni de gauche, nous sommes ceux du bas contre ceux d’en haut ». Cela peut paraître manquer un peu de sincérité, de la part de militants qui ne cachent pas leurs engagements passés dans la gauche radicale et qui se réfèrent clairement à l’exemple sud américain : « Les mouvements sociaux, l’étude académique et l’expérience de travail politique en Amérique latine ont été les bases sur lesquelles s’est montée l’équipe de campagne de Podemos ». Ce qu’ils retiennent « des expériences de transformation politique dont les acteurs étaient des gens appartenant à des couches sociales subalternes », c’est la leçon de « oui, c’est possible ». L’un des auteurs écrit : « J'ai là-bas, j’ai découvert la tradition politique et discursive du « national-populaire », articulation selon laquelle la majorité appauvrie se postule comme le noyau de la nation et de l’intérêt général. »

 Ce qui est en jeu pour les dirigeants de Podemos, c’est la question de l’hégémonie : « comment, à certains moments, des groupes particuliers sont capables d’incarner l’universel, de parler au nom d’une totalité, bien que ce soit toujours une totalité privée d’une partie, parce qu’il faut ce “eux “ pour qu’un “nous“ existe, se regroupe et puisse dire “nous sommes“. »

 Ils écrivent ainsi : « Ce que tu as voté hier, ça nous est égal ; ça nous est égal de savoir avec quelle idéologie tu ordonnes le monde ; ça nous est égal comment tu lis, et avec quels mots, quelle image te renvoie le miroir ; ça nous est égal de savoir comment tu lis le passé et aussi si, maintenant, tu ne veux pas affronter les raisons pour lesquelles tu as rejoint la majorité silencieuse. Aujourd’hui, tout cela nous importe moins que de savoir si, au-delà de ton histoire tu es d’accord avec le fait que personne ne doit être expulsé de sa maison parce qu’il ne peut pas payer le loyer ou l’hypothèque ; personne ne doit se coucher tôt pour fuir le froid seulement parce qu’il ne peut pas payer le chauffage de son logement ; si tu es d’accord avec le fait qu’une société où les enfants sont pauvres et ont faim est une société brisée qu’il faut réinventer ; si tu es d’accord sur le fait que nous devons obtenir que les biens communs soient répartis de manière commune. » Podemos ambitionne d’être l’expression du mécontentement social. « Seuls les libéraux authentiques et l’extrême gauche pensent que le social et le politique vont séparément ».

Podemos a compris que le positionnement droite-gauche est en partie obsolète, notamment à cause de sa traduction partisane traditionnelle. « En débordant l’axe gauche-droite, (Podemos) engage une majorité citoyenne avec ce qu’elle a le plus en commun : sa différence avec certaines élites dont elle sent bien qu’elles ont séquestré la démocratie ». 

  1. 3.    La catalyse médiatique

Les militants de Podemos accordent une importance particulière aux médias qui représentent un lieu d’investissement privilégié de la lutte idéologique comme l’explique Pablo Iglesias dans une contribution intitulée : « Si les médias ne viennent pas à toi, deviens toi-même le média. » « Les gens croient que pour militer il faut entrer dans les partis ou dans les collectifs politiques, mais ce n’est pas vrai, les gens militent à travers les médias. »

L’exemple de la Tuerka est à cet égard emblématique. «La Tuerka» est une émission d’information, une espèce de JT satirique, produit par Podemos, et diffusée via le site du quotidien de gauche Público.  La  Tuerka est « Une sorte de catalyseur de la vaste mouvance des Indignés, qui permet de véhiculer la révolte, le désarroi, les analyses alternatives, souligne le politologue Enrique Gil Calvo. C’est un formidable tremplin de diffusion des idées d’un parti en pleine hausse.» (in Libé 4 novembre 2014). Avec « Fort Apache » une émission de débats, animée par Pablo Iglesias, « La Tuerka » s’est imposée comme un lieu privilégié de débats, devenant un passage obligé, non seulement pour les mouvements sociaux mais aussi pour les représentants des grands partis.

 Un des auteurs souligne qu’en développant ces outils, ils ont « fait tout ce que la gauche disait qu’il ne fallait pas faire. La gauche dit que la télévision abrutit ; que dans un débat informel on ne peut pas discuter ; qu’on ne peut pas bien présenter les arguments ; qu’il faut faire des exposés d’au moins une demi-heure ; que ce format de discussion à la télévision est un cirque... Nous pensons tout le contraire ».

 Cette attention aux médias résulte de l’importance accordée à la lutte idéologique, à l’importance de la bataille des mots, à la conscience aiguë que « les concepts différents peuvent construire des identifications distinctes et servir de points d’articulation qui animent des frontières différentes ». « Le discours n’est pas ce que l’on dit du réel, mais une pratique qui construit du sens et du réel. Le discours crée du sens ». D’où l’importance aussi de l’intelligentsia, de la production intellectuelle engagée alimentant les argumentations qui contestent les dogmes néolibéraux.

 Cette lutte idéologique exprime notamment la volonté d’abolir le clivage droite-gauche pour mettre en exergue une division susceptible de rassembler davantage, « la dichotomie démocratie-oligarchie ou encore citoyenneté-caste », de donner un sens concret à des notions aux significations flottantes ou partiellement vides telles que démocratie, justice, pays, patrie, souveraineté populaire, décence. « Régime, peuple, processus constituant ou caste ont surgi, jugées alors comme des « translations mécaniques issues d’autres latitudes ».  Certaines métaphores comme la caste désignant les élites politico-économiques au pouvoir en s’imposant dans le langage politique ont brisé en partie le discours dominant.

Leur présence dans  les réseaux sociaux, surtout sur Facebook, a contribué à « donner de l’écho à « La Tuerka » au sein de secteurs activistes et ensuite dans des secteurs qui ne l’étaient pas, mais qui cherchaient sur Internet des formes alternatives d’information sur des sujets brûlants. »

 La façon dont Podemos répond à ceux qui accusent le mouvement de « populisme » est un enjeu important de cette lutte idéologique. « Il s’est produit ici un réaménagement dont nous avions déjà commencé à parler sous les railleries et le mépris de beaucoup qui jugeaient populiste cette contestation mettant en avant la frontière qui sépare les élites du peuple ou de la frontière qui sépare les élites du peuple ou de la citoyenneté, et non plus la frontière qui sépare la gauche de la droite. Il est intéressant de voir comment les notions de peuple et de citoyenneté s’entrecroisent. »

 Pour autant Podemos ne prétend pas représenter le peuple : « Dans tous les grands moments, il apparaît quelqu’un qui dit : “Nous sommes le peuple“. Quand quelqu’un dit qu’il est le peuple, énonce-t-il une vérité statistique ? Non, c’est une connerie, comme ça l’est de croire que la vérité est dans les gens en situation de précarité, la multitude ou la classe ouvrière. On n’est pas en train de dire : “Je suis un sujet descriptible par les statistiques d’emploi ou de revenu“ ; on est en train de dire : “Je suis une partie disposée à représenter le tout parce que la légitimité est de mon côté“. En disant : “Nous sommes“, nous sommes en train de postuler une nouvelle identité qui n’est pas représentée dans l’ordre en vigueur ».

 Ce que veulent les gens se construit aussi en proposant, en offrant de nouveaux leaderships, de nouveaux symboles, différentes interprétations de la réalité. « C’est un mensonge de dire que la politique consiste seulement à écouter ce qui émane du social ; la politique, c’est construire des signifiés. Et construire implique de proposer, même si les choses ne te réussissent pas toujours ».

 4.  Une nouvelle façon de faire de la politique

 L’originalité principale mais aussi la difficulté du mouvement Podemos réside dans sa volonté et dans sa capacité à faire de la politique autrement : « Nous avons décidé de faire de la politique, mais pas comme eux. Nous avons changé les règles. Parce que leurs contes à eux finissent toujours mal. Il y a trop de princes et de princesses et pas assez de vaillants petits tailleurs. Désormais, les gens prennent leurs décisions et écrivent leur propre histoire. » « La démocratie ne consiste pas à élire des élites politiques. Voter, c’est bien, mais la démocratie c’est se répartir le pouvoir ».

 Le succès électoral de Podemos repose sur l’idée que « Personne n’est contre la démocratie, personne n’est contre le fait que le gouvernement doive représenter le peuple, personne n’est contre le fait que la santé ou l’éducation soient des droits. Quand tu amènes tous ces éléments dans le débat politique, d’immenses possibilités s’ouvrent : le rassemblement politique, l’identification politique, car soudain toutes ces choses deviennent l’affaire de tous. » Ce que les auteurs appellent « politiser les sphères que les élites avaient réussi à dépolitiser ». C’est en cela que Podemos fait peur, c’est que cette organisation « définit un nouveau territoire politique ».

 La participation aux formes démocratiques représentatives représente toutefois un sacré défi. Comment tenir le double fil de la nécessité « d’entrer dans le terrier du renard » et garder intact la volonté « de remettre en cause le sens commun », la faculté de désobéissance, de privilégier la représentation des invisibles.

 Podemos valorise la désobéissance « le droit de résistance et de désobéissance est consubstantiel à la démocratie ; ils ont été reconnus de manière explicite dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de la Révolution française, et de manière implicite dans la Déclaration d’indépendance des États- Unis », mais ne néglige pas pour autant les contraintes d’organisation. Une des raisons de leurs succès politique réside dans leur capacité quasi professionnelle à mobiliser le répertoire classique (élections, medias, meeting, intelligentsia) comme le répertoire moderne (réseaux sociaux) de l’action politique.

 Les auteurs soulignent que « Rien n’est jamais offert, les choses s’obtiennent seulement par la désobéissance et l’organisation ». Podemos a su se développer « avec des moyens incroyablement précaires qui rendaient nécessaire la débauche de générosité : renoncer à des heures de sommeil, de couple, de loisir, de travail, abandonner d’autres projets professionnels et vitaux... Et ce fut avec ces branchages que s’est constituée une équipe de campagne extraordinairement efficace et intelligente. Avec deux ou trois clés. Il s’agissait d’une équipe où l’affection dominait, et cela nous a aidés à surmonter des situations difficiles. Par ailleurs, comme ces personnes avaient partagé des expériences, elles avaient en commun des mots et des diagnostics. Dans le petit groupe de gens, les affinités étaient très vives, intuitives. S’y sont incorporés aussi des compagnons du monde de la culture et de la pensée ».

 Podemos ne néglige aucune forme traditionnelle comme le meeting ou les élections. « Le vrai meeting suscite des émotions, si tu as quelqu’un capable d’émouvoir et un discours capable de soulever des émotions endormies ou maltraitées. Pour une initiative politique nouvelle, l’effet boule de neige est fondamental : les gens se racontent l’initiative les uns aux autres, les passions se mettent à travailler. » Le slogan « Quelle est la dernière fois que tu as voté en y croyant ? » a contribué à ramener nombre de personnes aux urnes.

Une nouvelle forme d’organisation

Podemos a su se doter « de formes organisationnelles largement ouvertes et très efficaces, avec une prise de décisions démocratique, mais sans oublier la capacité d’additionner, autrement dit d’éviter le travers typique d’autres formations pour lesquelles la politique reste séquestrée par leur fonctionnement interne, ce qui les amène à regarder plus à l’intérieur de leur organisation qu’à l’extérieur ».

Ce que Podemos soutient, c’est que le pouvoir fondamental doit être soumis à la capacité de contrôle des citoyens ; en ultime instance, d’un peuple. Et notamment le secteur de l’énergie, le traitement de la dette, la corruption des acteurs privés qui ont obtenu que les institutions publiques agissent en leur faveur.

 « Et cela ne se fait pas en reproduisant les structures qui se regardent le nombril, qui finissent par appartenir à ceux qui peuvent y consacrer beaucoup de temps, et peu à ceux qui s’identifient au mouvement, mais qui se retrouvent en dehors par la force du fonctionnement interne. Cela exige des formes flexibles et ouvertes qui seules permettront aux forces favorables à la transformation d’accomplir la tâche historique ».

Cette autre façon de faire de la politique s’est notamment cristallisée dans les centaines de Cercles qui forment la base de Podemos. Comme l’explique Tom Walker dans un billet de Globalvoice [1] « Les cercles sont une sorte d'assemblée de base informelle, démocratique et pluraliste, qui fonctionnera comme l'incarnation locale du nouveau parti politique Podemos. Les cercles sont des groupes sans dirigeants ni cotisations, qui fonctionnent en assemblées publiques ouvertes où les présents débattent de tout ce qui leur paraît s'appliquer à leur situation. “Les assemblées permettent aux personnes qui ne participent pas au mouvement de s'exprimer et de voir qu'il y en a d'autres qui pensent comme eux,” explique Oscar Gonzalez, un porte-parole du cercle de Podemos dans la cité portuaire galicienne de Vigo. Les cercles ont une focale locale marquée, à l'échelle d'une ville entière ou d'un arrondissement, ou se constituent autour d'un domaine particulier (par exemple, il existe actuellement des cercles sur la psychanalyse, la musique et le métier d'infirmier) ». Les Cercles Podemos se placent au-delà de la logique partisane, ne prétendent pas remplacer les associations et groupements mais se veulent des lieux de bienvenue ouverts à tous sans distinction. Ces assemblées se définissent comme des espaces de participation, de délibération et d’action, aidant à surmonter la fragmentation et la résignation, contester le rapt de la démocratie, pour convertir le mécontentement en changement politique.

Fonctionnement vertical ou horizontal?

Cependant, dans leur ouvrage les auteurs valorisent également le leadership médiatique, « un ingrédient qui déplaît tant à l’extrême gauche mais qui ouvre un espace entre les secteurs du mécontentement populaire inorganique. » C’est probablement l’aspect le plus problématique. D’une part, le leadership fournit des identifications, d’autre part, il crée la tentation de la dérive propre à toute institution représentative. L’affirmation selon laquelle « le succès de Podemos a été, en grande partie, le succès de la campagne électorale » signale cette ambiguïté, puisqu’elle se situe dans la sphère de la représentation, de la délégation dont les citoyens ne contestent pas tant le mauvais fonctionnement que le principe même.

 

Cette question a été au cœur des débats de son congrès de 2014. Comme on peut le lire sur le site du Front de gauche de Mâcon (http://pourmaconlhumaindabord.fr/espagne-assemblee-citoyenne-podemos/), deux motions s’y affrontaient : la motion « Claro que Podemos » (Bien sûr que nous pouvons) portée par Iglesias et ses proches  et la motion « Sumando Podemos » (En rassemblant, nous pouvons) portée notamment par plusieurs eurodéputés. Les seconds fidèles à l’inspiration initiale de Podemos,  défendaient un projet privilégiant le rôle des « cercles » de Podemos, alors que d’Iglesias préconisait une organisation plus verticale, avec un secrétaire général et un bureau exécutif indépendant.

L’équipe de Sumando Podemos, proposait trois porte-paroles (plutôt qu’un seul secrétaire général), défendait l’introduction du tirage au sort, pour constituer une partie du « conseil citoyen » (99 personnes, censées remplacer le traditionnel bureau exécutif). Iglesias a de façon caricaturale critiqué le tirage au sort et osé également contester l’idée de décision par consensus en affirmant que « Ce n’est pas par consensus que l’on s’empare du ciel. On le prend d’assaut », retrouvant des accents de la plus pure tradition leniniste de l’extrême gauche.

In fine, le congrès a choisi la conception « verticale » du parti, entérinant la création d’un poste de secrétaire général, doublé d’un conseil de coordination de douze personnes nommées par lui, et minimisant l’importance des cercles. Cela a été considéré comme une trahison aux idéaux originels par nombre de militants.

Voir également le compte rendu de ce congrès sur le site « A l’encontre, La brèche » par David Llorente, un de candidats de Podemos aux élections européennes.

 http://alencontre.org/europe/espagne/etat-espagnol-podemos-processus-de-fondation-un-parti-monolithique-vertical-et-hierarchique.html

 L’expérience Podemos est riche de leçons, pleine d’espoirs, mais certaines orientations récentes prouvent que les professions de foi les plus participatives sont toujours menacées par le retour du refoulé représentatif, par la tentation toujours présente de certains dirigeants de s’ériger en avant-garde, au prétexte de se croire plus éclairés que les citoyens, dérive qui se solde toujours par l’oubli des invisibles… L’avenir d’un mouvement citoyen dépend de sa capacité à continuer à être habillés de blanc, à représenter tous ceux et celles qui se taisent, les invisibles. Faute de se souvenir que la démocratie c’est  répartir le pouvoir, tout mouvement prétendant donner le pouvoir au peuple est condamné à l’échec.


[1] http://fr.globalvoicesonline.org/2014/09/08/174498/, 8 septembre 2014

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