Primaire socialiste: sondages, web et réseaux sociaux

Les médias et instituts de sondage sont devenus prudents et avouent que le résultat de la primaire est difficilement prévisible. Néanmoins, les médias continuent à publier des sondages et à désigner Valls comme favori. Les données numériques sur l’audience des sites et l’impact de la communication sur les réseaux sociaux font une mesure fort différente de l’intérêt pour les candidats.

Les médias et instituts de sondage sont devenus prudents et avouent que le résultat de la primaire est difficilement prévisible. Néanmoins, les médias continuent à publier des sondages et à les commenter en bonne place, quitte à préciser, comme Le Point le 18 janvier : « Les intentions de vote ne constituent pas une prévision du résultat du scrutin. Elles donnent une indication de l'état des rapports de force et des dynamiques au jour de la réalisation du sondage. » Le fait de s’être trompé sur la « surprise » Fillon n’empêche pas les sondeurs de désigner Valls comme le favori et délivrer des pronostics hasardeux sur le candidat socialiste qui aurait le plus de voix dans l’élection présidentielle de mai.

Très peu de média, à l’exception notable de Mediapart (et ces derniers jours les sites du JDD, et de Libération), font référence aux données d’audience des sites et réseaux sociaux, si ce n’est pour mettre en garde contre la signification de ces données.Après le premier tour de la primaire de la droite, Le Parisien estimait ainsi que les données des réseaux sociaux étaient de « mauvais thermomètres de l’opinion ». La Croix développait la même appréciation. Ces analyses se fondaient sur une dépêche de l’AFP qui citait notamment un spécialiste des réseaux sociaux, Nicolas Vanderbiest. Cet expert écrivait le 18 novembre 2016 sur son blog « le Web social n’est pas un bon indicateur pour évaluer la puissance d’un candidat dans les urnes. ». Dans un ajout à l’issue du premier tour, cet expert précisait que « vu les résultats, en aucun (cas) les réseaux sociaux n’expliquent la défaite de Sarkozy, et personne n’aurait pu prévoir la victoire de Fillon sauf s’il avait tout parié sur les partages Facebook. »

Or cet expert et les journalistes s’étaient fiés aux données d’audience des social media, et avaient négligé les données d’engagement, l’indicateur le plus précis concernant l’impact de la communication politique. Rappelons une nouvelle fois que la communication sur les « social media » se mesure de trois façons : l’audience, l’activité et l’engagement. L’audience mesure le nombre total de fans, de followers, d’abonnés acquis à une date donnée. Elle dépend surtout de l’activité passée. Le pouvoir génère beaucoup de « fans » et de « followers ». C’est la limite des données d’audience, qui a un effet stock important. L’activité rend compte du nombre de posts, tweets et vidéos, et mesure l’activité de communication d’un acteur politique au cours des 7 jours écoulés glissants. L’engagement, enfin, évalue le nombre de « j’aime », de « partage », de « retweets » et de commentaires constatés également au cours des 7 derniers jours. Parce qu’il mesure l’impact d’une communication politique, l’engagement est l’indicateur le plus significatif. C’est en se fondant sur l’audience que l’on pensait que les réseaux sociaux n’avaient pas anticipé la victoire de Fillon, or l’engagement permettait bien d’entrevoir la victoire de F. Fillon, et celle d’Alexander Van der Bellen en Autriche (voir pour une démonstration plus détaillée sur The Conversation). Ce n’était donc pas un pari, mais une analyse tout à fait fondée que de se fier aux données d’engagement sur Facebook, Twitter et YouTube. 

Après la primaire de la droite et l’élection autrichienne, la primaire socialiste offre une nouvelle fois l’occasion de confronter les données des sondages et celles sur l’audience des sites et les datas des réseaux sociaux. Le tableau ci-dessous récapitule à la date du 20 janvier les sondages concernant les quatre principaux candidats à la primaire.  Les sondages (les dates se réfèrent au jour de publication) persistent à donner M. Valls en tête du premier tour. Ils commencent à anticiper un bon score pour B. Hamon, percée inscrite dans les données numériques depuis plusieurs semaines. 

Primaire socialiste :  Récapitulatif des sondages

capture-d-ecran-2017-01-20-08-29-46

Les données numériques sur l’audience des sites et l’impact de la communication sur les réseaux sociaux font une mesure fort différente de l’intérêt pour les candidats. Les données sur le classement d’audience des sites des candidats montrent depuis le début janvier (graphique 1.) que le site de Benoît Hamon se classe en tête des sites des quatre principaux candidats pour le nombre de visites. 

capture-d-ecran-2017-01-20-08-32-11

Source des données : ©Alexa 2017 et BarowebAB

Sur les réseaux sociaux, l’intérêt relatif pour B. Hamon par rapport à celui pour les autres candidats est encore plus net. L’impact de la communication de B. Hamon avoisine les 100 000 interactions au cours des sept jours écoulés, alors que les données d’engagement de M. Valls et d’A. Montebourg sont inférieures à 50 000.

capture-d-ecran-2017-01-20-08-36-09
Si nos données ont le même sens que pour la primaire de la droite, Benoît Hamon sortira en tête du premier tour de la primaire socialiste. Manuel Valls et Arnaud Montebourg se disputeront la deuxième place. Concernant la participation, il est difficile d’anticiper celle-ci à partir des données des sites et des réseaux sociaux. On peut toutefois remarquer que le nombre de visites du site de la primaire s’est fortement accru dans les derniers jours, comme en témoigne son rang de classement. 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.