Comme les données d’audience sur le web et les réseaux sociaux l’annonçaient, François Fillon est en tête du premier tour de la primaire de la droite et du centre. Avec 44 %, il devance Alain Juppé de près de 16 points. Nicolas Sarkozy est sévèrement sanctionné. Les autres candidats se partagent les miettes des électeurs. Ce résultat illustre l’intérêt de ces données pour l’analyse politique. C’est l’objet principal de ce billet.

La surprise François Fillon se lit d’abord dans l’évolution de l’audience de son site. L’intérêt pour son site a régulièrement cru pour dépasser le 18 novembre l’intérêt pour le site d’Alain Juppé. Cela s’est confirmé le 19 novembre sur le web et dans les urnes le 20. L’audience des sites politiques des candidats à la présidentielle annonce assez fidèlement le classement de la primaire. On voit le site de Sarkozy passer derrière celui des deux finalistes. Et à l’autre extrémité, on voit le décrochage des sites de NKM et Bruno Le Maire et l’audience très faible du site de J.-F. Copé, si faible qu’elle ne rentre pas dans le graphique.

Graphique 1. Le rang d’audience des sites internet des candidats à la primaire

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Source des données : © Alexa 2016. Les données indiquent le Traffic Rank des sites en France.

Les données relatives aux social medias (Facebook, Twitter et Youtube) permettent de comprendre le succès de François Fillon, qui a mené une campagne très dynamique sur les réseaux sociaux..

La communication sur les réseaux sociaux se mesure de trois façons : l’audience, l’activité et l’engagement. L’audience mesure le nombre total d’amis, de followers. Les données d’activité mesurent le nombre de posts et de vidéos au cours des 7 jours écoulés (glissants, du 14 au 20 novembre dans les graphiques ci-dessous). Il en va de même pour les données d’engagement qui rendent compte du nombre de « j’aime », de « partage » ou « retweets », et de commentaires, générés par cette activité des 7 derniers jours.

Les trois graphiques ci-dessous mettent en évidence la faible activité et de façon encore plus marquée le faible impact de la communication politique d’Alain Juppé auprès des internautes. François Fillon a au contraire bien compris l’enjeu de la présence active sur les réseaux sociaux.

Les données d’audience globale sont fortement impactées par le stock d’amis Facebook accumulé par Sarkozy au cours des années passées. C’est la limite des données globales d’amis sur Facebook, qui a un effet stock important avantageant Sarkozy.

Graphique 2. L’audience de Fillon, Juppé et Sarkozy sur Facebook, Twitter et Youtube

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 Source des données : © Semrush 2016

Les données d’activité cumulées sur Facebook, Twitter et Youtube, au cours des sept derniers jours rendent mieux compte de l’activité récente des trois candidats. L’examen de ces données met en évidence qu’Alain Juppé a visiblement négligé l’impact de ces médias. Ni Sarkozy, ni Fillon n'ont commis cette erreur.




Graphique 3. L’activité de Fillon, Juppé et Sarkozy sur Facebook, Twitter et Youtube.

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  Source des données : © Semrush 2016 

Les données d’engagement indiquent l’impact de la communication d’un candidat (ou d’une organisation) sur les internautes. C’est probablement l’indicateur le plus intéressant. Les données du graphique 4 montrent l’impact de la communication de Fillon, et le faible impact d’Alain Juppé. Ces données montrent aussi que l'impact de Sarkozy s'émoussait.



Graphique 4. L’engagement de Fillon, Juppé et Sarkozy sur Facebook, Twitter et Youtube

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Source des données : © Semrush 2016

Pour le deuxième tour, il est peu probable que Juppé puisse inverser la tendance dans la semaine à venir. Pour tous les candidats à la présidentielle, et pour les organisations politiques, il y a une leçon à tirer de la campagne de François Fillon en matière de communication sur les réseaux sociaux. L’échec de Sarkozy montre cependant qu’une communication politique prenant en compte le web ne suffit pas à effacer la volonté de sanction politique des électeurs.

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Tous les commentaires

C'est assez troublant vos analyses. Vous vendez votre article en analysant le web et les réseaux sociaux, mais vous ne parlez grosso modo que de Facebook.

Un chercheur a rassemblé énormément de données avant le premier tour de votes, sur l'ensemble des candidats. Et ce qu'il en ressort c'est que visiblement, les réseaux sociaux permettent de cerner une certaine partie de l'électorat, et de d'analyser la façon dont les candidats se servent des RS. Mais visiblement, pour "prédire" quoi que ce soit, on y est pas encore. Si vous voulez lire l'article, c'est par ici : http://www.reputatiolab.com/2016/11/web-social-dit-de-primaire-de-droite/

En attendant, les données que vous présentez qui étayent votre propos ont l'air plus de tenir d'un biais de confirmation (vu que les résultats sont connus) plutôt que d'une réelle prédiction... Prenez les données qui servent votre propos et hop, regardez les réseaux sociaux l'avaient prédit.

D'ailleurs, vous parlez d'une dynamique qui sera impossible à casser, ce qui fait que Fillon est donné vainqueur au 2nd tour. Et je suis certain que si cela arrive, les statistiques de Facebook vous donneront raison. Mais au fond, est-ce que Fillon va gagner parce qu'il aura gagné x followers sur sa page d'ici à dimanche prochain, ou est-ce parce qu'il est passé au second tour qu'il aura gagné ces x followers ?

Tout cela me semble peu sérieux.