Le refoulé grec (au risque du cauchemar ?) de la coalition de gauche européenne ...

La France Insoumise a rompu avec Tsipras et Syriza, qui mènent avec zèle la politique d'austérité requise par l'UE, mais va mener une campagne commune aux prochaines Européennes avec Pablo Iglesias et Podemos qui n'ont jamais pris ouvertement leurs distances avec leurs camarades grecs austéritaires. Au nom de quelle cohérence politique ?

Zoe Konstantopoulou vient de publier un texte politique important sur la Grèce dont le titre est sans équivoque quant à son engagement radical : Si vous aimez la Grèce, aidez-nous à nous débarrasser d’Alexis Tsipras et de son parti zombie

Il faut rappeler, pour bien en saisir la portée que, quand Syriza est parvenu au gouvernement, Zoe Konstantopoulou est devenue présidente du Parlement : à ce poste important elle a commandité un audit de la dette publique grecque mené par une Commission pour la vérité sur ladite dette publique. Cette décision fut très tôt emblématique de la divergence, qui alla en s'accentuant et finit par une rupture complète, avec Alexis Tsipras et la majorité de Syriza à cause de leur engagement total dans la politique d'austérité préconisée par l'Union Européenne et dont le texte dont nous parlons évoque les ravages sociaux qu'elle a provoqués. 

Les lignes qui suivent, prenant appui sur ce document, voudraient interpeller la France Insoumise sur sa "position grecque" qui, sous les apparences d'une convergence objective avec Zoe Konstantopoulou, recèle un brouillage politique particulièrement inquiétant sur la cohérence de ce qui se veut un appel à lutter contre ce dont Tsipras et Syriza sont le nom. Mais sans jamais prononcer ces deux noms !

Capture%2Bd%25E2%2580%2599e%25CC%2581cran%2B2018-08-01%2Ba%25CC%2580%2B00.20.03.png

Cette photo date de septembre 2015, Pablo Iglesias était allé payer de sa personne pour soutenir Alexis Tsipras et son parti Syriza, le parti frère de Podemos. C'était pour le meeting de clôture d'une campagne des législatives par lesquelles Tsipras a cherché et réussi à se débarrasser des opposants de gauche de son parti. Depuis ce temps où le leader espagnol décrivait son camarade grec comme "un lion qui a défendu son peuple, un lion qui est monté au front pour défendre la Grèce" (lire ici), beaucoup d'eau a coulé sous les ponts et, comme en témoigne Zoe Konstantopoulou , cela a donné le long fleuve, si glauque, d'une soumission totale de Tsipras aux exigences des maîtres de l'Union Européenne (sous l'égide de la funeste Troïka), comme jamais aucun parti de droite grec ne l'a fait ! Le lion s'est retourné contre les siens et les a enfoncés dans une misère noire. Autant dire qu'à l'aune des espoirs soulevés à l'échelle européenne par Syriza, le discrédit du projet antilibéral est lourd.

De fait Podemos ne parle plus de la Grèce et, du point de vue strictement électoraliste qui est le sien, cela se comprend. Il n'empêche, sur le plan de l'honnêteté et de la clarté politiques, ce silence interroge, devrait interroger : qui ne dit mot, consent... toujours ?  Un parti qui fait une telle impasse sur ses enthousiasmes lyriques récents à propos de la Grèce ne devrait pas pouvoir s'en défausser aussi aisément. Aussi l'interrogation se déplace-t-elle vers ceux qui, comme la France Insoumise, ont rompu avec Tsipras, mais s'allient avec le parti frère espagnol pour mener précisément une campagne politique aux prochaines européennes. Européennes, voilà qui devrait permettre de mettre les choses au clair sur l'alliance que Syriza a nouée, elle, avec les dirigeants de l'UE pour appliquer de la façon la plus brutale la politique d'austérité qu'ils préconisent et que cette coalition de gauche, Bloco de Esquerda portugais compris (qui semble abonné aussi au silence sur la Grèce), clament combattre. Le parler vrai, sans refoulés ni ombres portées grecs inavoués, voilà qui devrait pourtant être l'exigence première d'une gauche "radicale" !

Alors, Jean-Luc Mélenchon parlera-t-il d'or, à ces Européennes, sur la Grèce aux côtés du camarade espagnol pour qui, en la matière, c'est le silence qui est d'or ? Au risque de plomber une unité de campagne finalement, autrement dit, d'emblée, bien mal couturée.

Question accessoire qui, lors de cette échéance électorale, pourrait faire florès, du côté d'une gauche à l'insoumission sourcilleuse sur toute escroquerie à l'unité (et dont, aubaine trop tentante, on voit mal que les droites, de leur côté, ne s'en saisissent pas) : quel sens a l'absence de Tsipras dans cette unité antilibérale ?

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.