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Billet de blog 4 avr. 2016

Espagne. Podemos en sa démarche pour constituer un gouvernement de gauche

Les négociations pour construire un pacte de gouvernement "de gauche" piétinent. Iglesias fait le forcing en proposant de ne plus être candidat à la vice-présidence de gouvernement mais le PSOE continue à poser le verrou de son accord maintenu avec Ciudadanos (centre droit très à droite).

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Les négociations pour construire un pacte de gouvernement "de gauche" piétinent. Iglesias fait le forcing en proposant de ne plus être candidat à la vice-présidence de gouvernement mais le PSOE continue à poser le verrou de son accord maintenu avec Ciudadanos (centre droit très à droite). Inacceptable pour Iglesias mais, sur le fond de la crise interne de Podemos qu'il cherche à neutraliser en promouvant comme secrétaire à l'organisation Pablo Echenique (lequel vient de faire l'unanimité en sa faveur lors du Conseil Citoyen National), il a avancé un nouveau pion : sa disponibilité à renoncer à l'annulation de la réforme Travail impulsée par le PSOE quand il était au gouvernement. Il ne s'agirait plus que d'annuler la loi Travail du PP qui aggravait la précédente. Au passage Iglesias a pris les rênes des négociations que, jusque là, Errejón, le n°2 du parti, était chargé de mener (1) !

Rivera (Ciudadanos), Sánchez (PSOE) et Iglesias (Podemos)

La radicalité postulée de Iglesias, revenu au concept de "gauche"  en contraste avec ce qui serait l'opportunisme "transversaliste", décroché de l'idée de gauche, de Errejón est en fait à relativiser (même si les questions d'accaparement de l'appareil par l'errejoniste Sergio Pascual sont à mettre en rapport avec les questions d'orientation politique). Iglesias a bien raison de clamer que, d'une certaine façon, sur le fond (un pacte de gauche pour gouverner avec le PSOE), il n'y a pas divergence entre les deux sous-courants de la majorité. Mais le fond politique c'est aussi la possibilité de s'abstenir pour favoriser un gouvernement PSOE-Ciudadanos et c'est là que risque de s'approfondir la division interne : les errejonistes se montrent de plus en plus favorables à cette option (délaissant le critère iglésiste de rester ancré à gauche, un point c'est tout, excluant tout soutien indirect à Ciudadanos) que Iglesias rejette a priori. Au tout récent Conseil Citoyen National il a cependant proposé que les militant-es (près de 400 000) soient consulté-es sur la position à adopter, que ce soit en cas d'accord de  gauche ou sur la possibilité de... s'abstenir. Il s'est dit personnellement disposé à cette dernière option... "s'il le faut, en dernière instance" !
On mesure les conséquences de ce fastidieux et interminable processus de négociations en vase clos qui piège Podemos : il est perdant, à mon avis, sur tous les tableaux, en apparaissant aux antipodes de ce qu'est son "ADN" antisystème puisqu'il est impliqué jusqu'au cou dans les procédures spécifiques au système, celles des tractations où les délimitations politiques se brouillent. Hier opposant total au PSOE-caste, le voilà qui auréole ce parti du "régime" d'une capacité à faire à gauche avec lui en surestimant la capacité du supposé "bon PSOE" (autour de son secrétaire national Pedro Sánchez) à s'imposer au "mauvais PSOE" (emmené par la présidente de l'Andalousie et les "barons" du parti, en premier lieu l'ancien président de gouvernement Felipe González). Et, à cette fin, il n'hésite pas à revoir à la baisse son programme (maintien de la loi Travail des socialistes), par ailleurs déjà allégé pour les élections (pas d'audit de la dette dont on accepte le principe de la rembourser, pas de sortie de l'OTAN...). Du coup la divergence qui se cristallisait sur "la forme", sur la façon de mener les négociations (cf le rapport à Ciudadanos et le discours dur antiPSOE de Iglesias lors de la dernière séance parlementaire d'investiture) entre Errejón et Iglesias finit par peser sur cette dérive "institutionnaliste" et, comme dit plus haut, sur le fond : en quelque sorte le premier radicalise les concessions que le second fait (il impose désormais dans le débat la question de l'abstention lors de l'investiture) et, si cela passe, cela ajoutera encore à l'affaiblissement de l'image de radicalité initiale de Podemos. Le tout  provoque ou accentue les rivalités pour "tenir" l'appareil par où cette divergence serait tranchée. Voilà comment se boucle le cercle des dissenssions-accords dans le Podemos actuel dont il reste à voir comment l'idée, désormais partagée par Iglesias et Errejón, de "démocratiser" le parti pourrait s'accorder avec le virage pris de faire, tôt ou tard (dans l'immédiat c'est mal parti), un pacte par en haut de gouvernement avec les socialistes !

Errejón et Iglesias

Enfin, loin que ces décentrages-recentrages successifs, imposent l'idée que Podemos développe une audacieuse stratégie machiavélique de mise en porte-à-faux du PSOE et, incidemment de Ciudadanos, on voit poindre une désorientation et même des fractures dans le parti et autour de lui, voire une déception, qui se retournent contre lui : en procédant comme il fait Podemos a semé l'illusion qu'il parviendrait à pousser le PSOE à gauche et, méchant retour de bâton, l'hostilité de principe qu'Iglesias maintient à tout soutien direct ou indirect à une formule politique de gouvernement intégrant Ciudadanos alors que dans le même temps il se montre pragmatique avec le PSOE, le fait apparaître comme "coupant les cheveux en quatre" et bloquant toute avancée pour mettre dehors le PP. De ce point de vue, Errejón apparaît à beaucoup plus conséquent, il va plus loin qu'Iglesias dans le sens de s'adapter à la logique "électoraliste" priorisant la chute du PP au détriment du maintien des principes du parti ! Cela dit la crédibilité de Errejón bute sur un obstacle de taille qui rajoute à l'impasse politique de la direction de Podemos : Ciudadanos, dont on sait par ailleurs qu'il ne cèdera pas sur la question de l'autodétermination des autonomies, sur laquelle tout Podemos reste engagé, travaille à nouer un pacte avec le PSOE mais aussi avec... le PP (Rivera sigue apostando por atraer al PP a su pacto con Sánchez).
Et par là on voit comment ce choix de négocier avec le PSOE créé un noeud (coulant) de contradictions qui incidemment alimente les tensions et la crise interne du parti mais aussi peut-être l'affaiblissement électoral que le dernier sondage (toujours à prendre avec précaution) prédit à celui-ci : il passerait en dessous de la barre des 16% alors que le PP se maintiendrait, le PSOE baisserait mais pas trop et surtout Ciudadanos mais aussi IU se maintiendraient ou même progresseraient !


Ce sondage de Metroscopia, qui me semble rester une référence parmi les instituts de sondage, dans les limites d'une saine défiance envers eux, dément d'autres sondages créditant Podemos de rester haut quoique en baisse. A suivre.

Antoine

(1) Sur les dissenssions apparues entre Iglesias et Errejón voir : Espagne. Le point sur la crise de Podemos

Notes

Sur les concessions programmatiques que Iglesias propose au PSOE :

"Cuatro medidas que corrigen sus planteamientos iniciales y los acercan a los del PSOE: rebajar la velocidad de la reducción del déficit, una reforma fiscal menos ambiciosa, derogar solo la reforma laboral del PP y limitar el plan de gasto público a 60.000 millones, en lugar de los 90.000 iniciales." Podemos modula su discurso: exhibe cesiones y apela a la transversalidad

Rappel concernant la Loi Travail du PSOE de 2010 : elle a buté sur une grève générale* et, elle a largement à voir avec l'irruption en mai 2011 du mouvement des Indigné-es qui en fit un de ses axes de mobilisation. Le renoncement envisagé de Podemos à la supprimer prend une valeur d'autant plus symbolique qu'il est dans la filiation, certes devenue problématique, avec le 15-M !

* Le responsable de l'UGT (syndicat proche du PSOE) qui a défilé contre ce projet de loi s'est retrouvé, quelques jours après cette manifestation, ministre du Travail chargé d'appliquer cette loi !

Les trois points principaux de cette réforme sont la baisse de l'indemnité de licenciement par année travaillée (on passe de 45 jours à 33 jours indemnisés !), la reconnaissance de la situation de crise d'une entreprise pour justifier les licenciements et la possibilité de déroger aux accords de branche par des accords d'entreprise pour répondre aux difficultés de ladite boîte et ainsi baisser le "coût du travail" ! Quand on vous dit que "notre" loi Travail doit beaucoup au modèle espagnol, il faudrait préciser "aux socialistes espagnols" qui ont permis ensuite à la droite d'en rajouter une couche. La différence c'est que, pour nous, il ne resterait pas grand chose à faire à "notre" droite si d'aventure cette loi était votée ! On peut consulter la note Wikipedia en espagnol sur le sujet : lire ici

Compléments de lecture

El PSOE cae en votos tanto como el PP y Podemos se hunde
Podemos elige por unanimidad a Pablo Echenique como nuevo secretario de Organización
El gesto de Errejón ante la referencia a la cal viva de Iglesias en el Congreso La "cal viva" c'est la "chaux vive", expression que Iglesias a utilisée au Parlement, furibard devant la proposition du socialiste Sánchez de se faire investir "prsésident de gouvernement" en alliance avec Ciudadanos et en comptant sur l'abstention des député-es de Podemos : il a par là dénoncé nommément Felipe González qui, à la tête d'un gouvernement socialiste pendant 14 ans, a, selon lui, entre autres méfaits, promu, de 1983 à 1987, les tristement célèbres GAL (Groupes Antiterroristes de Libération) ayant à leur passif l'assassinat de militants basques suspectés d'être de l'ETA (et de quelques malheureux se trouvant au mauvais endroit à la mauvaise heure). Les corps, présentant des traces de tortures, des militants Lasa et Zabala avaient été retrouvés, couverts de chaux vive, dans une fosse clandestine (ce fut le premier assassinat de ce groupe dont il fut prouvé qu'il avait impliqué certains hauts gradés de la Garde Civile et le Gouverneur civil en poste au Pays Basque). D'où la sortie de Iglesias qui a, selon les images que l'on voit par le lien ci-contre, fait grimacer Errejón, assis à ses côtés. Image résumant en raccourci la ligne rouge que, selon celui-ci, Iglesias venait de franchir : rappelons que, après ce discours incendiaire visant le PSOE, le secrétaire général de Podemos n'en a pas moins tendu à nouveau la main aux socialistes pour relancer un cycle de négociations pour gouverner ensemble ! Errejón a, semble-t-il, trouvé assez incohérente cette démarche négociatrice de la douche écossaise ! Précisons que, si un ministre de Felipe González, (celui de l'Intérieur) et un son secrétaire d'Etat à la sécurité, ont été reconnus coupables d'avoir été les instigateurs des GAL et condamnés à de la prison ferme, mouillant ainsi effectivement le PSOE, il n'a jamais pu être démontré, à ce jour, que le "monsieur X", qui était au sommet de l'organigramme reconstitué de ce groupe d'assassins, était Felipe González. Dans sa colère noire, Pablo Iglesias avait décidé de faire fi de ce "détail" !
Las Marchas de la Dignidad se reorganizan y saldrán de nuevo el 28 de mayo

Données sociales et économiques

Sur les salaires dans l'Etat espagnol : El nivel salarial de los españoles, congelado desde2011,pordebajo de la media europea

Ils sont bloqués depuis 2011 et se situent en-dessous de la moyenne de l'UE.

Les salaires ont perdu 5,3% de leur pouvoir d'achat entre 2009 y 2014 et 13,5 millions de personnes présentent un risque de pauvreté ou d'exclusion sociale El escandaloso caso de la desigualdad en España - Bez.es


Les patrons n'ont pas payé 56% des heures sup en 2015

Los empresarios dejaron de pagar
el 56% de las horas extra en 201


Quant au déficit public il s'est élevé en 2015 à 5,16% du PIB en dérogation complète avec ce qui avait l'accord de  Bruxelles (4,2%) ! Pour mémoire, en juillet dernier, à des fins clairement électoralistes, le gouvernement avait avancé la baisse de l'impôt sur le revenu qu'il avait prévue. Sans parler des cadeaux fiscaux dont profitent les gros détenteurs de capitaux. El déficit público acabó 2015 en el 5,16% del PIB, lejos de lo pactado con Bruselas

173 milliards, c'est le montant que les grandes entreprises ont économisé en impôts sur les sociétés depuis 2008 ! Las grandes empresas han dejado de pagar 173.370 millones en impuesto de Sociedades desde la crisis

La presse a relevé que 40 millions de l'impôt sur le revenu perçu pas l'Etat servent à financer les revenus des prêtres et des évêques Más de 40 millones del IRPF van a financiar sueldos de curas y obispos

Les chômeurs ne bénéficient même pas des fonds qui devraient légalement leur être assignés : La ineficacia que castiga a los parados españoles

Les indemnités chômage à la baisse : - 10,7% en janvier El gasto en prestaciones por desempleo baja un 10,7%

Le chômage est à plus de 20% Desempleo de España 2016 | datosmacro.com

La dépense publique pour l'éducation a baissé de 15%, les dépenses des familles en la matière ont augmenté de 30% El gasto público en educación cayó un 15%; el de las familias aumentó un 30%

Près de 50% des femmes n'ont pas d'emploi Casi el 50% de las mujeres españolas
no tiene empleo

Elles touchent en moyenne 4620€ de moins par an que les hommes  Las mujeres cobran de media 4.620 euros menos, según Gestha

La retraite moyenne connaît une croissance inférieure de moitié à ce qu'elle était au début de la crise La pensión media crece menos de la mitad que al inicio de la crisis

A propos des avantages dont bénéficient les plus riches espagnols, l'Europe n'est pas en reste : La UE reparte 250 millones en subvenciones agrícolas entre 60 ricos españoles

Sur le grand sujet d'"indignation", la corruption : Hay al menos 3.000 personas que están investigadas o procesadas por corrupción

Fuite des capitaux record depuis 2012 España registra la mayor salida de capitales desde 2012

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