Nicaragua, double peine: le Covid 19 et la dictature Ortega-Murillo

Tous les pays de la région se mobilisent et tentent, avec leurs moyens, de s’aligner sur les consignes internationales. Tous, sauf un : le Nicaragua. Aucune disposition spécifique n’a été prise et (...) les autorités dispensent un discours délirant, présentant le Covid-19 comme une punition du ciel, ciblant les riches et les Etats Unis, et dont se rient les pauvres …

Nouveau massacre en prévision au Nicaragua?

Le 18 avril, les Nicaraguayens ont commémoré tristement le deuxième anniversaire du soulèvement civique. Il y a deux ans, le régime d'Ortega-Murillo commençait à assassiner de sang-froid plus de 330 étudiants et autres citoyens lors de manifestations citoyennes pacifiques. Aujourd'hui, suite à l’expulsion de la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme (CIDH) et à la fermeture obligée des principales institutions des Droits de l’Homme du pays, il devient de plus en plus difficile de suivre et de confirmer les assassinats ciblés et les arrestations arbitraires qui continuent à se produire et qui sont signalés dans les quelques médias qui n'ont pas été censurés, asphyxiés ou confisqués, ou doivent opérer depuis le Costa Rica ou les Etats-Unis. Tous ces abus, comme les précédents, ont été effectués en toute impunité, en particulier dans les campagnes. Le rapport du Groupe Interdisciplinaire d’Experts Indépendants (GIEI) de 2018, mandaté par la Commission interaméricaine des Droits de l’homme, confirme que l'État du Nicaragua a commis des CRIMES CONTRE L’HUMANITÉ.

 En pleine crise mondiale due au Covid-19, le président Daniel Ortega a été absent pendant 34 jours. Où donc alors était le pouvoir, qui est sorti du silence le 15 avril ? Dans un monologue absurde, irréel, négationniste et irresponsable, il n’a donné aucune réponse, directive et ni même information spécifique sur l’état réel de la pandémie au Nicaragua. Ortega a prêché pour la paix mondiale, a dénoncé la responsabilité de l’impérialisme américain dans le changement climatique, la crise du coronavirus, les migrations dans le monde… alors que la répression de son gouvernement a provoqué l’exode de plus de 100 000 Nicaraguayens en deux ans.

Pour le Covid-19, l’Amérique centrale n’est pas, ou n’est pas encore…, un foyer principal d’infection. Le Système d’Intégration Centraméricain a enregistré à ce jour 6 799 cas confirmés pour les sept pays de la région, du Guatemala jusqu’au Panama. Quelques 220 personnes auraient péri, dont plus de la moitié pour le seul Panama.

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Tandis qu'ils se masquent, nous sourions.

Covid-19, une maladie de riches et de bourgeois !

JUSTICE DIVINE,

des peuples opprimés et des pauvres !

Tous les pays de la région se mobilisent et tentent, avec leurs moyens, de s’aligner sur les consignes internationales. Tous, sauf un : le Nicaragua. Aucune disposition spécifique n’a été prise et la politique publique se limite à des visites systématiques, relayées par les « organisations de masse » du régime, pour détecter les malades et formuler des recommandations de comportement, comme le lavage des mains. Mais en parallèle, les autorités dispensent un discours délirant, présentant le Covid-19 comme une punition du ciel, ciblant les riches et les Etats Unis, et dont se rient les pauvres … comme le montre cette affiche largement diffusée

Pire encore, le gouvernement promeut manifestations en rangs serrés et fêtes populaires et les rencontres de championnat de baseball n’ont pas été suspendues.

En parallèle des gesticulations absurdes du gouvernement et dans la logique de l’insurrection d’avril 2018, la population tente de recourir à des informations et directives fiables. Ainsi, un comité scientifique indépendant s’est mis en place, animé par des épidémiologistes, médecins, universitaires et qui diffuse à travers les réseaux sociaux des recommandations de bon sens, conduisant à l’auto confinement. (réseau social #QuedateEnCasa [#ResteChezToi] ). Ce comité est d’ailleurs la cible des autorités, qui viennent de suspendre de son poste le professeur Miguel Angel Orozco, directeur du Centro de Investigaciones y Estudios de la Salud [Centre de Recherches et d'Etudes de la Santé] (CIES) de l’Université Nationale et co-animateur de ce comité.

Le Nicaragua est un pays pauvre et on pourrait comprendre que le gouvernement mène une politique qui cherche à éviter une mise à l’arrêt mortel de l’économie, déjà fortement impactée depuis 2 ans. Espère-t-il créer une situation de crise sanitaire telle qu’elle finirait par débloquer des appuis financiers d’organismes internationaux qui lui manquent cruellement aujourd’hui ? En attendant de comprendre, l’absurdité du discours général laisse plutôt penser qu’on navigue dans des eaux troubles voire cyniques, visant avant tout son maintien au pouvoir.

Ainsi le régime meurtrier mène un nouveau massacre, mais cette fois-ci, il le fait sans avoir à tirer sur la foule. Il veut dissimuler son échec, même si le prix à payer est la vie des Nicaraguayens. Le régime Ortega-Murillo ne se contente pas d'amener la situation à un point de non-retour faute de mesures adaptées : il semble déguiser les chiffres des décès dus au COVID-19, ne fait preuve d’aucune transparence dans l'utilisation des tests reçus en dons.

En avril 2018, la population a démontré que, spontanément, elle pouvait devenir volcanique. En 2018, elle portait déjà des masques pour se protéger d'une menace meurtrière. En ce mois d'avril, elle poursuit la « désobéissance civile » vis-à-vis du gouvernement en place en restant chez elle, en continuant la lutte civique en se lavant constamment les mains et en propageant le « virus de la solidarité » pour continuer à résister. Le peuple sauve le peuple, dans le même esprit “autoconvocado” [d'automobilisation] de 2018. En ce mois d'avril, la population veut rester en vie pour continuer à réclamer la justice et à obtenir sa liberté.

"Ça fait mal de respirer", sont les derniers mots d'Alvaro Conrado -15 ans-, lorsqu’il a été atteint au cou par une balle alors qu’il apportait de l’eau aux étudiants réfugiés dans une église.

Aujourd’hui, le peuple nicaraguayen veut que plus jamais cela ne lui fasse mal de respirer.

Le régime ne tremblera pas de fortes fièvres, mais de voir que le peuple n'a pas fait un seul pas en arrière dans la recherche de la justice qui l’anime, peu importe où il soit dans le monde. Nous n’oublierons pas…

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