Castaner : un franco-espagnol coup de gueule estival

Avec Castaner votez Hollande Pour le changement maintenant... Avec Castaner castagnons pour Macron les opposants et dissidents... On sait maintenant où est Steve. Pour le changement maintenant, retour sur ce qui l'affiche mal et faisons un détour et retour "socialiste" par l'Espagne de Sánchez et Iglesias.

Tout a commencé par cette affiche parue sur FB. Et puis, vous connaissez, la moutarde qui monte... je ne vous fais pas un dessin.

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Castaner, le changement c'est maintenant... Terrible le boomerang qui, par retour sur deux ans, percute, véritable LBD politique, le poseur au sourire benêt et inoffensif à gauche, sur l'affiche.

Boum, on l'avait oublié au milieu des gazages, lacrymos du moment qui nous brouillaient la vision, nous l'éborgnaient même...Mais c'est bien sûr, un Castaner, dans la caricature du ministre voyou qu'il nous offre aujourd'hui, ça n'est pas sorti de rien ni de nulle part. D'ailleurs, son patron élyséen, non plus. Tous les deux émergent des eaux poisseuses du PS : le premier en a été député, l'autre, si, si, en a été membre, puis il a été ministre de l'autre poseur, à droite, s'essayant au hiératisme simili-mitterrandien ... Oui, on finirait par l'oublier, gazages, lacrymos... ils sont deux produits du PS par où le patronat a mené sa guerre de classe. Qu'il ait vite fait son deuil de ce parti qui s'est lessivé, à le servir, du (tout petit) peu qui lui restait de son identité de gauche, pour, vite fait, bien fait, en mettre un autre sur orbite libérale-libérale intégriste, ne change rien à l'affaire : les voies du capital ne devraient plus nous être impénétrables, elles peuvent encore passer par la gauche, même encore plus à gauche. Voyez comment en Espagne la direction de Podemos a dérivé régulièrement jusqu'à vouloir s'arrimer à un PSOE qui est une pièce maîtresse du système et qui l'a déjà sacrément lessivé en le prenant au piège de sa prétention à le redresser à gauche ! Et le dissident podémite Errejón qui attend que son ex camarade Iglesias soit viré de la lessiveuse, complètement essoré. Avant d'être, lui-même, aspiré par la machine à casser les alternatives. Misère d'une gauche radicale qui se croit plus maline que le système qu'elle a promptement renoncé à renverser. Adieu Indigné-es du 15M (15 mai 2011 et jours suivants) qui aviez pourtant fait le travail essentiel (il ne s'en est pas encore vraiment remis) de déstabiliser le socle bipartiste du régime.

La différence avec la France c'est la place qu'occupent les socialistes sur le champ politique espagnol : historiquement par le grand recyclage de la Transition postfranquiste, les socialistes du PSOE ont été les cobâtisseurs du régime démocratique et sa caution de gauche indispensable pour donner la légitimité qui faisait défaut aux franquistes "démocratisés" (aujourd'hui dans le PP) qui dirigeaient l'opération sortie en douceur du franquisme-gaffe à la contamination des oeillets  portugais. Cette nécessité historique joue encore aujourd'hui à travers la mécanique régimiesque électorale cherchant à vérifier que la paire PP/PSOE, tout en posant en réserve Vox et Ciudadanos, surmonte la crise inaugurée en 2011. En France, essentiel contrepoint, la rupture avec le pétainisme a été radicale. Il n'y a pas eu de transition politique même s'il y a eu rétablissement économique du capitalisme compromis avec l'occupant ! De Gaulle a eu d'emblée, à la Libération, une légitimité "démocratique" acquise pendant son purgatoire à Londres. Lors de la crise du gaullisme, puis du giscardisme, des années 60-70-80, le PS, longtemps marginalisé, a pris la suite pour jouer sa partition, celle du désactivateur du "communisme" (pas simplement du PC) mais, à la différence de la trajectoire connue par le PSOE, il n'a, à un moment donné (le hollandisme), plus été nécessaire au système pour exonérer qui que ce soit, comme en Espagne la monarchie parlementaire et son agent direct le PP, d'aucun péché originel-historique : la façon qu'il a eue de pousser un Macron montre toute la différence avec ce qui s'est passé avec les "macroniens" avant l'heure, en Espagne, de Ciudadanos. On les a favorisés, financièrement et politiquement, mais on les garde en réserve car le PSOE a, malgré la gifle indignée reçue, toujours son utilité historique que Podemos, sans le vouloir (enfin, allez savoir), a relancée en lui permettant d'être sa caution de gauche en voie d'être totalement intégrée au système, ce qui reviendrait à être désintégrée comme option politique des subalternes ! Voilà pourquoi Ciudadanos, non reconnu immédiatement pour ce pour quoi il était programmé (la relève du PP corrompu), se décale vers l'extrême droite dans une fuite en avant qui ne correspond pas à ce que l'élite au pouvoir attend des "alternatives", autrement dit des alternances ! Le patronat espagnol joue aujourd'hui la carte PSOE et ce qu'elle induit comme volonté de pulvériser la crédibilité d'un Podemos qui a beau donner des gages de modération (adieu le référendum d'autodétermination de la Catalogne !), porte, malgré lui, contre lui, la marque de son péché originel, être le produit (indigne) de la rébellion indignée ! Ce qui n'est pas sans rappeler ce qu'en France le système (les socialistes lui donnant le coup de grâce via l'union de la gauche à laquelle Iglesias aspire tant) a fait du PC... Podemos-PCF, le cercle infernal d'un suicide annoncé...

Conclusion : les socialistes, par n'importe quel bout qu'on les prenne, ils vous aspirent plein système, en y laissant eux-mêmes la peau, comme en France, mais ne vous inquiétez pas, ils ont de la ressource pour se recycler (voir Valls à Barcelone, ou d'autres, tiens, Castaner et Emmanuel !); ou en récupérant des couleurs institutionnelles, merci Podemos, comme en Espagne. On se le tient pour dit en contemplant cette affiche irénique du "castagneur" du moment?

In memoriam Steve.

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