Espagne. La gauche et l'indépendantisme catalan I

Il y a encore des gens à gauche, en France et ailleurs, qui se posent la question de la compatibilité entre l'indépendantisme, catalan en l'occurrence, et un positionnement de gauche. Pour éclairer ces esprits en proie à un doute quasi existentiel, qui ont du mal à mobiliser ce que la gauche, en particulier, anticapitaliste, a produit sur le sujet, voici un premier document éclairant.

En réponse à la benoîte question "Comment peut-on être de gauche, donc internationaliste, et soutenir un nationalisme comme le catalanisme ?"

Il s'agit de la prise de position des anarchistes de la CNT en France qui, en septembre 2017, explicitèrent leur soutien à "la CNT Catalunya i Balears, la CGT Catalunya et toutes les organisations révolutionnaires" qui défendent le droit des Catalan-es à s'autodéterminer. Pour eux, ce droit à l'autodétermination participe de la démarche de la lutte d'émancipation des peuples sans aucune contradiction avec la valeur d'internationalisme qui est au coeur de la politique libertaire. Je précise que cette approche est tout à fait dans la continuité de nombre de théoriciens du marxisme et de l'anarchisme qu'une certaine gauche, ayant procédé à un aggionarmento politique droitier souvent peu avoué car les rapprochant, en Espagne, de l'extrême droite néofranquiste (par le soutien au régime monarchique espagnol contre une république catalane), a aujourd'hui totalement refoulée. Un élément parmi tant d'autres, par exemple sur le terrain de l'islamophobie "républicaine", de la terrible régression de pans entiers de ladite gauche dont profitent à plein, ici, un Macron et, en épouvantail, une Le Pen.

Antoine

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Conclusion de ce communiqué :

En tant qu’organisation internationaliste, la CNT ne peut qu’appuyer l’exercice du droit à l’autodétermination, en Catalogne comme ailleurs. Ce n’est pas à nous de décider mais au peuple catalan. La CNT, organisation anarcho-syndicaliste et syndicaliste révolutionnaire, ne milite pas pour la création de nouveaux États mais, fidèle aux principes fédéralistes, reconnaît à chaque peuple le droit de s’organiser librement.

En particulier, la CNT soutient la CNT Catalunya i Balears, la CGT Catalunya et toutes les organisations révolutionnaires qui participent à la défense des libertés fondamentales comme l’est le droit à l’autodétermination, notamment en appelant à un mouvement de grève générale, et cherchent à construire une société basée sur l’égalité.

La CNT dénonce également la répression policière qui s’est abattue sur la population en ce 1er Octobre occasionnant plus d’une centaine de blessés-ées.

Droit à l’autodétermination pour le peuple catalan et tous les peuples du monde ! Résistance face à l’attitude autoritaire du régime espagnol !

Paris le 1/10/2017

Secrétariat International CNT
33 rue des Vignoles
75020 France
http://www.cnt-f.org/international/
Tél : 0033 (0)7 82 54 91 07

Lire l'intégralité du communiqué

Et pour remonter dans l'histoire, rappelons-nous la figure de l'un des plus prestigieux dirigeants anarchistes des années vingt qui fut assassiné à Barcelone, Salvador Seguí, alias El Noi del Sucre ("le gamin au sucre") : farouchement opposé aux bourgeois catalanistes de la Lliga Regionalista (bien nommés régionalistes et organiquement liés à la bourgeoisie centrale), il déclarait ceci "Nous sommes et nous serons opposés à ces messieurs [de la Lliga Regionalista] qui ont la prétention de monopoliser la politique catalane, non pour faire accéder la Catalogne à la liberté mais pour mieux défendre leurs intérêts de classe. En revanche, nous, les travailleurs, ne perdrions rien à obtenir que la Catalogne devienne indépendante, au contraire, nous y gagnerions beaucoup [...]. L'indépendance de notre terre catalane ne nous fait pas peur". Par-delà la spécificité des circonstances d'hier et d'aujourd'hui, méditons que l'anarchisme catalan le plus ouvrier n'avait pas peur de l'indépendance, au nom même des intérêts des travailleurs et sans aucunement déroger aux principes de la solidarité internationaliste !

Que des gens de gauche puissent aujourd'hui lever le sourcil ou le froncer devant ces lignes, qui les confrontent au réel de l'histoire du mouvement ouvrier sur le sujet des questions nationales... dans leur articulation avec l'internationalisme, devrait inciter à se demander qui aurait à procéder à une profonde analyse, autant dire une psychanalyse, politique pour sortir des tours que joue un inconscient travaillant la mauvaise conscience d'une dérive vers la droite, voire plus à droite... Dérive qui en met certains dans le sillage, souvent silencieux et honteux, du roi d'Espagne, de la Garde Civile et de l'extrême droite contre les démocrates catalans. Texte source

L'assassinat du "Noy del Sucre" à Barcelone (1923)

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