Catalogne, Madrid.... Podemos, les "convergences municipales", à la peine...

L'idée que Podemos soit en train de devenir, à vive allure, un parti comme les autres, voire moins (capable de faire un putsch en interne comme on l'a vu avec Podem), est en train de gagner les esprits.

Note sur la difficile situation de Podemos et des "convergences municipales" 

Dans l'article (Cataluña y el caso Mato hacen estallar las alianzas de Podemos con IU y las mareas) de l'un des bons connaisseurs de Podemos et ses alliés, Iván Gil, est analysée la très mauvaise passe que connaît ce courant suite à deux événements récents importants : le conflit catalan et la démission forcée du responsable des finances, Carlos Sánchez Mato, membre d'IU, de la mairie de Madrid dirigée par une coalition de la "nouvelle gauche" autour de la figure de l'indépendante Manuela Carmena.

"La Catalogne et l'affaire Mato font exploser les alliances de Podemos avec IU et les Marées"
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Sur le premier événement, la politique niniste de Catalunya en Comú-Podem autour de la revendication d'une autodétermination négociée, a entraîné un monumental revers électoral le 21 décembre dernier. Un sondage indique que désormais c'est ERC (Esquerra Republicana de Cataluña, indépendantiste) qui serait majoritaire à la mairie de Barcelone, même si Ada Colau est toujours la personnalité n°1.

Sur Madrid, la capitulation de la maire, soutenue par Iglesias, devant les exigences du gouvernement  central de revoir à la baisse ses dépenses a entraîné l'opposition du conseiller municipal responsable des finances et le retrait de sa délégation (Tragédie à la grecque à la mairie de Madrid ?). Notons que, jusque là, les deux/trois parties aujourd'hui en conflit dans la coalition Ahora Madrid, Maintenant Madrid (de fait IU et une partie de ce qu'était Guanyem Madrid, regroupant des "indigné-es", vs Carmena-Iglesias) était d'accord pour rembourser la dette engagée par la précédente équipe, du PP : il y avait même une fierté à se montrer capable de procéder en aussi bon gestionnaire de la dette. Jamais cette coalition n'a envisagé que le non paiement partiel ou total de la dette puisse être un vecteur puissant de mobilisation populaire... Mais voilà la "gestionnite" a ses limites et les gros mots sont désormais lâchés : trahison de Carmena...

On reconnaîtra que voir s'installer la crise dans ce qui était emblématique de la nouvelle gauche, les deux plus grandes villes d'Espagne conquises, est assez dévastateur dans la perspective de prochaines élections municipales mais aussi générales.

Les tensions et ruptures se sont approfondies autour du conflit catalan : d'un côté une personnalité de Podemos, écartée de la direction au dernier congrès, Carolina Bescansa, n'a pas hésité à dénoncer que Podemos s'alignait sur les indépendantistes, si, si ! Compromís, nouvelle gauche du côté de la Communauté de Valence, pensait de même allant jusqu'à demander, par rebond de son refus de la demande catalane d'être alignée sur le régime fiscal avantageux du Pays Basque, que celui-ci soit ramené au niveau des autres communautés autonomes ! Résultat : Compromís n'a pas participé au soutien de la campagne des Communs/Podem à la dernière législative.

Mais peut-être le plus gros du conflit territorial qui percute ces alliances se situe-t-il en Galice où les nationalistes de la Marea galega, emmenés par le vétéran Beiras mais aussi par le maire de l'une des plus grandes villes galiciennes, Saint Jacques de Compostelle, posent comme incontournable un soutien à l'indépendantisme catalan. Les mots de Beiras adressés à Iglesias sont particulièrement durs qui l'accusent de n'avoir pas compris que "l'indépendantisme n'était pas un adversaire mais un allié de la gauche de rupture espagnole" !

Problème aussi gros mais à l'échelle même de l'Etat espagnol : IU se sent pousser des ailes tant sur le cas de la mairie de Madrid où il joue les matamores sur la nécessité de s'opposer au diktat financier du PP que sur son opposition ouverte à l'indépendantisme catalan accusé de diviser le peuple, bref reprenant tous les poncifs de la gauche se réclamant de l'unité sociale et politique du peuple contre sa  division nationale...

La pire des positions est celle qui s'impose à Iglesias qui se trouve coincé entre des positions contradictoires, irréductibles : accusé, très injustement, de faire le jeu du souverainisme indépendantiste catalan, il est dénoncé pour ne pas faire l'union avec lui. Tel est le résultat d'une stratégie d'unité qui a voulu jouer au plus fin avec les contradictions profondes qui traversaient la société de l'Etat espagnol : où l'on vérifie que les questions nationales restent d'une explosivité incroyable pour une gauche qui voudrait leur appliquer la quadrature du cercle d'une position intermédiaire entre le centre et la périphérie, revenant à nier de fait le droit à l'autodétermination de celle-ci quoique l'on dise sur la nécessité de le négocier avec le centre (qui ne veut rien entendre de cette proposition). Le perçu des peuples "nationaux" est rarement dupe de ces faux-fuyants qui amènent ceux qui s'en font les vecteurs a être rejetés dans le camp des centralistes/unionistes dans l'instant où les centralistes/unionistes exigent que l'on choisisse leur propre camp !

Si l'on ajoute ce qui est l'échec majeur de Iglesias et son courant, à savoir l'impossibilité de se gagner le PSOE, qui s'est aligné sur le PP et son 155 en Catalogne, pour une coalition de gouvernement, on peut dire que la crise est grave pour Podemos qui est orphelin de toute crédible option de gouvernement : à l'heure qu'il est les médias se déchaînent sur le silence d'Iglesias depuis la gifle des élections catalanes. Ils pointent que celui qu'ils voient comme le sempiternel donneur de leçons gauchard, est, à leur grande satisfaction, tout simplement KO politiquement. A voir quand même. Mais il est un fait que personne dans Podemos, verticalisme organisationnel oblige, ne s'autorise à revenir, pour suppléer à ce silence du "chef", sur un vrai bilan de ces élections. L'un des membres de la direction iglésiste de Podemos, Rafael Mayoral chargé de se présenter devant les journalistes, au lendemain du 21 D, n'a pu dire autre chose que : il va falloir en parler ! L'idée que Podemos soit en train de devenir, à vive allure, un parti comme les autres, voire moins (capable de faire un putsch en interne comme on l'a vu avec Podem), est en train de gagner les esprits.

Les sondages sont mauvais à toutes les élections à venir, situant souvent le parti à 14%. Tenons compte aussi que, dans la rivalité avec le "Podemos de droite", Ciudadanos, l'accession de celui-ci, qui a su jouer à plein d'être la relève espagnoliste du PP, au rang de premier parti de la Catalogne alors que les Communs/Podem finissaient piètres 5e, n'a rien arrangé :  Ciudadanos se voit créditer de passer largement devant Podemos au niveau central, ce qui finit d'inscrire dans les esprits quelque chose de ressemblant à un début de débandade politique.

Dans ces conditions, IU se prépare, en levant la voix du revanchard après tant de déconvenues devant la montée de Podemos, à aller seul aux élections. Anticapitalistas, qui s'est vu tailler des croupières sur Madrid, au profit d'un Errejón postulé candidat pour la présidence de l'Autonomie de Madrid (alors qu'il est doctrinalement peu enclin à faire alliance avec IU), est en bisbilles avec les iglésistes sur la question de la "trahison" sur les finances de la ville. Sans oublier que le positionnement des anticapitalistes en faveur de la république indépendante de Catalogne les a rendus infréquentables chez nombre d'iglésistes tout en provoquant des tensions internes avec Teresa Rodríguez, Kichi et Podemos Andalousie que ceux-ci ont en main. 

Podemos a souvent réussi à faire des "remontadas" (remontées) électorales, mais aujourd'hui on peut s'interroger sur la possibilité que soit à l'oeuvre une certaine usure de la démarche institutionnaliste, qui, après avoir déserté le terrain des luttes sociales, se voit confrontée à une lutte nationale de grande ampleur mettant en crise tout projet de 3e voie, sur fond d'un autoritarisme aggravé de l'équipe iglésiste. Disons-le, tout ceci n'est pas une bonne nouvelle pour ceux et celles qui défendent un projet d'alternative au régime corrompu de 78. Mais voilà, Podemos paie le prix d'avoir rompu depuis longtemps avec l'esprit rebelle et "rupturiste" du mouvement des Indigné-es dont il aurait pu être l'héritier "naturel". Le défi pour la gauche de rupture n'est pas de se contenter de faire des constats sur les impasses politiques de Podemos et de ses alliés mais de pointer aussi ses propres incapacités à commencer à proposer des alternatives crédibles à ces impasses !

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