Catalunya info en continu : les échéances se rapprochent, l'incertitude augmente...

Pour résister à la pression maintenue du gouvernement à laquelle se superposent, de façon contradictoires mais combinées celles de ces deux mobilisations, le camp indépendantiste se caractérise par deux options, présentes depuis le début du "processus" mais qui, en ce moment, expriment des tensions quant à la marche à suivre.

 Sur fond de manifs espagnoliste et "blanche", un indépendantisme à la croisée des chemins

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Journée d'importantes manifestations sur tout le territoire de l'Etat espagnol, mais principalement à Madrid et à Barcelone, qui finissent de structurer, certes de façon assez instable, le paysage politique sur la question catalane autour de trois positions : celle des partisan-es de l'unité de l'Espagne et du rejet du sécessionisme catalan, déployant force drapeaux espagnols, aurait réuni, selon la police, 50 000 manifestant-es à Madrid. Ils/elles sont mobilisé-es par le Parti populaire et l'extrême droite en ce qui participe d'une extrême droitisation accélérée ... d'une droite déjà fortement radicalisée ! Vêtu-es de blanc et déployant des bannières de la même couleur dénonçant tous les drapeaux partisans, ils/elles étaient, toujours selon la police espagnole, 1500 à Madrid et .. des milliers à Barcelone à se prononcer pour le "dialogue" entre les parties impliquées dans le conflit en Catalogne. Leur leitmotiv "hablemos" ("parlons") revendique une équidistance devant les enjeux et postule qu'il suffit de s'asseoir à une table de négociation pour que forcément il en résulte quelque chose d'acceptable pour tout le monde. La présence de représentant-es du PSC, les socialistes catalans, dans la manifestation blanche de Barcelone, semble indiquer dans quel sens penche la balance politique même si, de toute évidence, la motivation des présent-es à ces manifestations "dialoguistes" présentait des nuances visibles sur les pancartes brandies, depuis ceux/celles qui mettaient en avant que la priorité est que la police ne réprime pas un peuple jusqu'à ceux/celles qui, plus aligné-es politiquement qu'ils/elles ne veulent le dire, renvoyaient dos à dos les protagonistes du conflit à travers un sonore "ni DUI (Déclaration Unilatérale d'Indépendance) ni 155 (l'article constitutionnel permettant au gouvernement central de prendre le pouvoir sur la région autonome catalane)". C'est le PSC et son alter ego national, le PSOE, qui cherchent à tirer le plus parti de ce type de positionnement pour faire oublier le confusionnisme qui, manifestant la division dans leurs rangs, leste leurs propres positionnements naviguant entre des déclarations appelant au dialogue et celles, bien moins "blanches", qui invitent le gouvernement du PP à ne rien céder aux sécessionnistes !

Pour résister à la pression maintenue du gouvernement à laquelle se superposent, de façon contradictoires mais combinées celles de ces deux mobilisations, le camp indépendantiste se caractérise par deux options, présentes depuis le début du "processus" mais qui, en ce moment, expriment des tensions quant à la marche à suivre.

Le président de la Généralité continue à temporiser en acceptant de recevoir une délégation du collège des avocats de Barcelone proposant une formule qui, disent-ils/elles, permettrait de débloquer les choses. Qu'on en juge : il suffirait de proposer que les parties en conflit acceptent une rencontre de "conciliation" et non plus de "médiation", celle-ci étant inacceptable pour le gouvernement de Madrid puisqu'elle vaudrait reconnaissance que le gouvernement catalan est son interlocuteur à égalité de légitimité. La conciliation, selon l'expertise juridique mobilisée par les avocats, ne confèrerait aucun statut de sujet politique à celui-ci ! Le syndrome de la prise de vessies pour des lanternes étant plus répandu qu'on ne l'imagine dans certaines sphères politiques, le président Puigdemont retarde d'un jour sa comparution devant le parlement catalan où il devait annoncer la DUI. "Devait" et pas, malgré l'interdiction du Tribunal Constitutionnel, "devrait" car il se murmure que, dans la logique conciliatrice avancée sous l'égide des avocats barcelonais, ledit Puigdemont pourrait renoncer à la proclamation de l'indépendance au profit d'une ... déclaration sur "le contrôle du territoire" par les autorités catalanes, contrôle éventuellement présenté comme... "différé" ou "conditionné" qui ne deviendrait effectif qu'en janvier prochain.

Seul hic à ce qui apparaît comme un véritable et assez grotesque enfumage : la réalité des rapports de force politiques qui prennent en tenaille le pôle conciliateur de l'indépendantisme (Puigdemont mais aussi, nombre de membres de la direction de  son parti et son prédecesseur à la tête de la Généralité, Artur Mas, qui clame à qui veut l'entendre que l'indépendance n'est pas, n'est plus à l'ordre du jour). L'une des branches de la tenaille étant, bien entendu, le refus du gouvernement de Madrid de faire la moindre concession et de maintenir le choix du tout répressif, que la manif espagnoliste de Madrid appuie; l'autre branche de la tenaille est celle de la CUP, de l'ANC et de l'Omnium qui, au grand regret des "observateurs de la chose politique" ont une force de frappe dans la rue, appuyée sur des appels à la grève générale pour le début de la semaine prochaine, capable de faire capoter les bien dérisoires conciliabules institutionnels menés sous l'égide des avocats barcelonais. A quoi il faut ajouter qu'une rupture de Puigdemont avec la CUP lui ferait perdre une majorité parlementaire dont il apparaît impensable, sous peine d'un terrible discrédit auprès de sa base électorale et sociale, déjà très déstabilisée, qu'elle puisse se reconstituer avec un PSC honni dont personne n'oubliera de si tôt qu'il a été l'instigateur de l'interdiction par le TC de la session parlementaire prévue initialement lundi.  

Les choses bougent donc mais sans que l'on puisse dire dans quel sens. L'heure de vérité sonnera très probablement lundi ou mardi prochains !

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