Un président de Région qui appelle à limiter les pouvoirs de la justice...

 ... et même à les contourner ! [Voir précision ci-dessous ]

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Cela se passe en (douce) France, tout près de "chez nous" (hum !) et le cador qui se lâche ainsi c'est "nôtre" Christian Bourquin ! 
Lequel président de Région en rajoute puisqu'il enchaîne en précisant, allez savoir pourquoi, "Je suis sénateur de la France, et je vote les lois"

Frêche pas mort ! Un de ses fils spirituels perpétue la flamme du "je vous emmerde tous, c'est moi le chef" !

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Extrait de l'article de L'Indépendant (article accessible ici)


Le président de Région présentait hier ses vœux à la presse. Il est revenu sur sa condamnation définitive. 

Vendredi matin, Christian Bourquin a à nouveau réagi au rejet du pourvoi qu'il avait déposé auprès de la Cour de cassation en vue de faire annuler sa condamnation. La Cour d'appel de Bordeaux l'avait condamné en 2012 à deux mois de prison avec sursis pour délit de favoritisme dans l'affaire 'Synthèse' intervenue alors qu'il était président du conseil général des P.-O.. Le sénateur PS, et président de la Région Languedoc-Roussillon, a voulu pointer "une affaire administrative" et surtout le fait qu'il n'était "pas d'accord avec la justice".

  • «Il faut limiter ses pouvoirs"

"Vous savez ce que je pense de la justice, il faut limiter ses pouvoirs et les contourner. Je suis sénateur de la France, et je vote les lois", a lâché un Bourquin visiblement amer après la décision de mercredi. "Il y a eu ce bras de fer de treize ans, la Cour de cassation n'a pas voulu aller au fond, j'ai compris qu'elle tapait en touche, mais c'est derrière moi maintenant", a-t-il encore déclaré avant d'ajouter : "Je n'ai rien commis, ce n'est pas moi qui suis fautif, ce sont les services mais j'en assume les responsabilités". Christian Bourquin a ensuite précisé : "J'ai pris deux mois avec sursis et même pas d'amende".

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A notre avis

Ce n'est pas nous, anticapitalistes, qui allons tresser des lauriers à "notre" justice, impartiale, etc. On la voit trop à l'oeuvre quand, pour ne prendre que cet exemple, elle se "penche" sur les émeutes des quartiers. Pas de quartier, c'est son leitmotiv dans  des "procès menés à charge d’un bout à l’autre" (Villiers-le-Bel : un procès stalinien contre les jeunes de banlieue) [1] dans le même temps où elle "décharge" sans...peine des policiers dont la parole est jugée a priori fiable ! Oui mais Bourquin dans tout cela ? Eh bien, comme il le déclare lui-même "il n'a pris que deux mois avec sursis et même pas d'amende". Disons-le, notre homme, confit dans l'arrogance du politicien mariné au frêchisme, éprouve, même condamné, un sentiment d'impunité décuplé qu'il n'est donné (et ne sera jamais donné) à aucun gamin des quartiers de ressentir : le bénin jugement prononcé et confirmé à son encontre, vécu comme un véritable crime de lèse-majesté, se rétrécit illico en broutille dans l'instant où il pose, Lui, son Jugement sur la justice ! Et tant pis si, pour le coup, il fait voler en éclat le sacro-saint principe de la séparation des pouvoirs en rappelant la prééminence de l'homme politique, qui plus est à vocation limitatrice et contournante, sur l'instance judiciaire. Le frêchiste, même dans la version décolorée du néo-, reste un mégalo piétinant la prudence "bourgeoise" qui recommande la promotion permanente de l'idée d'indépendance des tribunaux ! Il n'y a, en l'espèce, de juge de lui que lui-même : "je n'ai rien commis (sic)". Le fin mot de "l'affaire", jamais si bien nommée, lui appartient et basta !

Il y a du matamore, du Tartarin au comique démesuré dans la colère bourquinienne et on est tenté de penser que, sans plus, elle fait un peu tache dans le jeu politique institué. On peut aussi penser, en délaissant cet angélisme, que le bourquinisme rougeaud et boursouflé qui s'exhibe ici est un signe des temps, annonciateur des autocrates à rictus qui se plaisent à envoyer le signal que la démocratie, même bourgeoise, n'est plus le fin mot de l'histoire. Et que donc même la justice, dans ses moulinets pour accréditer que des puissants à la Tapie peuvent (peuvent, peuvent...) tomber, sans certes que le Pouvoir ait à en souffrir, ferait bien de se tenir à carreau (en la jouant lèche-majesté ?). Qu'elle n'oublie pas en effet que, si elle dit le droit, un Bourquin fait la loi ! Et comme, par synecdoque dynamique de la partie devenant le tout, un sénatorial Bourquin, cela peut donner des Bourquin sénatoriaux ... A bon entendeur, salut ! 

Mais bon, carpe diem, n'en jouissons pas moins du spectacle vérifiant l'adage selon lequel "quand le roi est nu, il rue !" 

Baudet soit qui mal y pense ! se défend l'aigle des bords du Lez...

[1]  Lire aussi 17 ans de réclusion pour Philippe Lalouel, petit braqueur, séropositif, devenu « détenu perpétuel » (France 3 Midi-Pyrénées 06/02) et Communiqué des amis de Philippe Lalouel après le verdict

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Ah ! Encore ceci : Ubu-Bourquin, on finirait par l'oublier, est socialiste et, à ce titre, il est l'un des plus fervents soutiens de Jean-Pierre Moure pour la municipale de Montpellier. Vous voyez un peu...? 

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Précision

Dans sa revue de presse du 15 février intitulée Une centaine de pompiers fait plier le préfet Pierre Bousquet de Florian (accès réservé aux abonnés) Montpellier journal relève que la formule employée par C Bourquin n'était pas « Vous savez ce que je pense de la justice, il faut limiter ses pouvoirs et les contourner. » mais « Regardez mes actions au Sénat et vous verrez qu’il faut quand même limiter les pouvoirs de la justice et les contrôler. » Il y a eu erreur de transcription de la vidéo de France 3 où le président de la Région s'exprime. Dont acte. Celui-ci ne se propose pas de contourner mais de contrôler la justice en gardant tout de même le cap de la limiter. C'est moins grave, docteur ? Chacun en jugera mais qu'il nous soit permis de dire que, en contrôle ou en contournement, de la justice, il y a, chez cet homme la constance, dans le rejet de la condamnation qui le frappe, de l'affirmation que le politique doit "peser" sur la justice ! On peut même penser que, dans la version restituée des propos, le pouvoir politique s'affiche plus ouvertement en légitimité de se soumettre la justice, en prolongement sémantique plus cohérent encore avec l'idée de limiter celle-ci, alors que la formule erronée du contournement était, elle, entachée, d'une connotation d'illégitimité : celle du délinquant en col blanc qui traque le moyen d'échapper au juge ! Le "contrôle" reste dans le champ lexical-sémantique du politique, au contraire du "contournement". De ce point de vue-là la nouvelle version est plus inquiétante par ce qu'elle dit d'un syndrome d'autoritarisme chez notre homme de pouvoir en lieu et place de celui, qu'on croyait être, d'un pitoyable manoeuvrier rancunier ! 

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Un président de Région qui appelle à limiter les pouvoirs de la justice...


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