Etonnant. Mélenchon et la mort d'Aboubakar Fofana...

Dans le cas de Aboubakar Fofana, c'est un tout autre Mélenchon qui m'est apparu en posant que la seule chose qui compte c'est qu'il y ait eu mort d'homme. Et même que la position du policier est intolérable, inacceptable... Et même que les violences populaires que cette mort a provoquées n'étaient rien à côté... eh bien, précisément, de cette mort.

Capture%2Bd%25E2%2580%2599e%25CC%2581cran%2B2018-07-10%2Ba%25CC%2580%2B18.42.50.png

Cliquer ici

Aboubakar Fofana est mort dans un quartier populaire de Nantes : une balle policière en a été la cause. L'auteur de cette mort a changé d'explication sur son acte : le tir, après avoir été déclaré "de légitime défense", est désormais présenté comme "accidentel". Trop de témoignages, y compris vidéos, démasquaient le menteur en uniforme. Les trois paramètres imbriqués, la mort, le mensonge et la "vérité perdue et miraculeusement retrouvée" du geste ayant donné la mort, ont créé le cocktail de la colère qui s'est exprimée dans ce quartier et dans d'autres quartiers subissant ce qu'il faut bien appeler la chape de stigmatisations et de relégation que la bonne République fait peser en continu sur ses indésirables. En un iceberg dont font apparaître la pointe les violences policières donnant si souvent la mort, relayées par une justice addicte à en rajouter au cocktail explosif en actant l'impunité des "flingueurs" et la condamnation des solidaires avec les "flingués" (Adama et sa famille, on n'oublie pas, n'est-ce pas Ruffin ?).

Au milieu de tout ce qui, à travers cette situation, participe de la banalisation de l'inacceptable mortifère qui est réservé à certaines catégories de la population définitivement moins égales que les plus inégalement (mal)traitées dans ce pays phare des Lumières, quelque chose, dans l'événement nantais, m'a pourtant surpris, enfin, plutôt quelqu'un : Jean-Luc Mélenchon. 

Ceux et celles qui me lisent sur ce blog savent le peu d'approbation que suscite en moi ce personnage (voir dernièrement). Le contentieux que j'ai avec lui porte, entre autres beaucoup de choses, sur sa conception de l'Etat républicain, particulièrement la compréhension qu'il manifeste pour une police qui est l'une des pièces clé, sinon la pièce clé, du dispositif de domination et d'exclusion que ledit Etat impose aux habitant-es des quartiers. J'ai encore en mémoire ce que j'ai considéré, dans l'instant, et que je considère toujours, comme une sortie de route inacceptable, lors d'une révolte dans un quartier d'Amiens (Tribune. La canicule est là, Mélenchon pète les plombs, et aussi Débat. Pour une solidarité avec les émeutiers des quartiers populaires...). Plus récemment j'ai clairement mis en avant le désaccord que l'on devait avoir avec la position adoptée par le Grand Insoumis au moment des manifestations de rue de nombre de policiers appelant à plus de répression contre des contestataires extérieurs aux quartiers (syndicalistes, nuit-deboutistes...)... qui ont trop sous-estimé que ce qui était réservé à ceux-ci préfigurait, sans jamais l'égaler, ce qui ne pouvait que leur arriver (lire ici) !

Or, dans le cas de Aboubakar Fofana, c'est un tout autre Mélenchon qui m'est apparu en posant que la seule chose qui compte c'est qu'il y ait eu mort d'homme. Et même que la position du policier est intolérable, inacceptable... Et même que les violences populaires que cette mort a provoquées n'étaient rien à côté... eh bien, précisément, de cette mort. Alors ne soyons pas angéliques et notons bien que l'Insoumis dénonce que le policier ait manqué à son devoir, qu'il a dévoyé l'usage de la violence légitime (sic) de l'Etat... Le vieux fond républicain est là qui fait l'impasse sur ce que celui-ci charrie d'exploitation et de répression de classe, clairement capitalistes... Disons, avec une pointe d'ironie, que notre homme, tout à son empathie étonnamment déclarée envers Fofana et la population exaspérée par ce dont cette mort est le nom, a tendu la contradiction entre son discours "raisonnable" d'homme d'Etat et une certaine prise en compte des logiques populaires auxquelles s'oppose cet Etat. A ceux et celles qui le suivent de lui demander des comptes sur cette "incohérence". Pour faire court, il me suffit, dans ce moment, de lire que Mélenchon n'invective pas les révoltés de Nantes, comme il avait fait en 2012, avec les révoltés d'Amiens, en les dénonçant comme des "crétins" et en couvrant ainsi les violences policières qu'ils subissaient. Aujourd'hui le tribun insoumis s'est ... révolté contre la mort, par tir policier, d'un jeune de quartier, a dit comprendre la violence des siens qui s'en est suivie... et s'en est pris au journaliste ("taisez-vous" !) sur le plateau télé qui tentait de lui faire retrouver son réflexe de condamnation passée des révoltés des quartiers.

Il m'en faudrait plus et il me faudrait bien d'autres choses pour me réconcilier avec Jean-Luc Mélenchon mais je tenais à relever qu'ici et maintenant, il s'est placé du côté des quartiers populaires contre des policiers. Mais certes pas contre la police, celle qui est là en l'état, en l'Etat, ce qui continue à me mettre à distance de lui. Mais pour le coup, il a doublé sur la gauche un Ruffin dont on ne dira jamais assez le scandaleux de son non-engagement en faveur des amis d'Adama Traoré (lire ici). Et il prend à contrepied bien de ceux et celles qui, suivistes, se croyant ses suivant-es fidèles, se sont déchaîné-es sur FB contre les brûleurs de bibliothèques (je renvoie, en contrepoint, ci-dessous à la claire prise de position, sur FB, de Serge Quadruppani et le billet qu'il relaie sur le sujet).

Allez, Mélenchon, encore un effort pour être...anticapitaliste ? Non, je plaisante et je ne devrais pas ! Mais merci Jean-Luc.

Antoine

Capture%2Bd%25E2%2580%2599e%25CC%2581cran%2B2018-07-10%2Ba%25CC%2580%2B18.50.26.png

Fahrenheit 451

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.