Des communistes au gouvernement ...pas avant juin ?

 

Oui, pas de communistes au gouvernement avec le Parti Socialiste ... avant juin, c'est-à-dire une fois les élections législatives passées. C'est ce qu'en substance déclare au JDD (voir lien ci-dessous) le secrétaire national du PCF. Le calendrier défini par le responsable communiste est important; il le dit lui-même, il espère que le score de Mélenchon à la présidentielle et les résultats des législatives créeront le rapport de force permettant d'infléchir à gauche le projet socialiste d'un Hollande devenu président de la République.

Cette démarche semble marquée du sceau du bon sens politique le plus élémentaire, d'autant qu'elle s'accompagne de déclarations du même Pierre Laurent sur son refus d'aller pratiquer au gouvernement une austérité, fût-elle labellisée de gauche comme on a pu la voir à l'oeuvre en Espagne ou en Grèce.

On rappellera seulement ici que nous avons, dans toute cette construction politique qui prétend marier les principes d'une certaine radicalité et le principe de réalité (les fameuses "mains dans le cambouis"  !), une constante du discours communiste depuis au moins les années 80 : voter hier communiste, Front de Gauche aujourd'hui, était/est présenté comme la condition sine qua non pour peser sur la politique du Parti Socialiste dont on n'hésitait/n'hésite pas à souligner, hier comme aujourd'hui, qu'il est/était marqué par un fort tropisme droitier et accommodant avec le capitalisme. Dans la pratique le Parti Communiste a toujours fini par tirer la conclusion que son score étant ce qu'il était, il valait mieux participer au gouvernement dans une logique apparentée à celle du moindre mal. Le départ des ministres communistes en 1983, lors du tournant dit de la rigueur, doit, de ce point de vue, être considéré comme la dernière parenthèse de retour à l'autonomie des communistes avant l'acceptation définitive de la nécessité de gouverner avec le PS. Le gouvernement de Lionel Jospin porte la marque de ce ralliement structurel des communistes à l'alliance avec le PS, les unions reconduites systématiquement avec le PS dans les collectivités locales sont une autre marque de ce cap stratégique "unitaire-gestionnaire" : cap  immunisé, dans les faits, contre toute problématique d'un rapport de force dont on prétend qu'il conditionnerait ladite alliance avec le PS. Car c'est bien sans rapport de force que les communistes sont déjà en solidarité continue de gestion avec le PS dans les régions et les municipalités où ils votent les budgets avec les aides aux entreprises (sans même aucune exigence de rendre des comptes sur l'utilisation qui en est faite et éventuellement de procéder à leur restitution en cas de licenciements ou de fermeture), les aides à l'enseignement privé, des mesures pénalisant les Palestiniens (Agrexco), etc.

Questions à débattre : est-ce que la constitution du Front de Gauche change quelque chose à cette configuration lourde où le PC finit toujours par s'aligner sur le PS ? Est-ce que la formulation plus ou moins contorsionnée de Pierre Laurent sur la date butoir de juin pour envisager, ou pas, une participation gouvernementale du PC participe, de toute façon, de la continuité de son cours (s'allier avec le PS) ? Est-ce que Jean-Luc Mélenchon a une réelle autonomie par rapport à ce cours du PC et donc par rapport à une alliance avec le PS ? Quelle peut être la viabilité d'une stratégie du Front de Gauche qui verrait certaines de ses composantes partir en alliance avec le PS et d'autres refuser, pour combien de temps, cette alliance ? Est-ce que cette stratégie à double détente, telle que défendue occasionnellement par Jean-Luc Mélenchon (voir lien ci-dessous), n'invalide pas le fondement unitaire qui prétend légitimer le Front de Gauche ("être le plus unis pour combattre la finance et obliger le PS à virer à gauche") ? Est ce qu'enfin un vote résolument plus à gauche que le Front de Gauche, en rupture déclarée avec l'illusion que le PS peut être redressable par un rapport de force, est-ce qu'un tel vote ouvertement anticapitaliste, majorant l'importance des luttes sociales contre une "révolution par les urnes" et appelant à "faire dégager Sarkozy et sa bande" (Philippe Poutou) n'est pas le meilleur moyen de prévenir et de déjouer ces "ambiguïtés" délibérées du Front de Gauche vis-à-vis du PS qui risquent de stériliser les espoirs populaires d'un réel changement de rupture ? Lequel changement d'alternative est, si l'on veut bien être raisonnablement ...réaliste (!), impensable avec le PS-DSK-FMI/Lamy-OMC, etc. et son candidat Hollande !

A lire :

Des communistes au gouvernement? Pas avant juin (JDD)

Mais aussi :

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Le Front de Gauche fait l'unité avec le PS

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