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Billet de blog 12 février 2013

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Rythmes scolaires : pourquoi ils ont été en grève

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Rythmes scolaires : les raisons du refus d'une école parisienne

Le Monde.fr |12.02.2013 Par François Béguin

Le rejet de la réforme des rythmes scolaires peut-il se résumer à une histoire de mercredi matin travaillé pour les enseignants ? A l'école élémentaire de la rue Ramponeau, dans le XXe arrondissement de la capitale, la réponse est catégorique. C'est non. Si Valérie Chilma accepte d'ouvrir les portes de l'école qu'elle dirige depuis huit ans, c'est pour dissiper un "malentendu". Ce n'est pas pour des raisons "corporatistes" ou par "refus de toute réforme" que son établissement était fermé le 22 janvier et le sera de nouveau mardi 12 février mais au contraire pour dénoncer un "bidouillage de plus" opéré, selon elle, sans concertation ni moyens. "Le débat est bien au delà du mercredi."

A l'exception de quelques animateurs, la réforme des rythmes scolaires fait l'unanimité contre elle dans cette école que nous avons choisie parmi les 662 que compte la capitale. Ce petit établissement (150 élèves, 7 classes) classé en zone d'éducation prioritaire (ZEP) dans le quartier populaire de Belleville avait fermé ses portes en 2004 parce qu'il était devenu un "ghetto" où personne ne voulait plus venir. "C'est un peu la tour de Babel ici, explique Valérie Chilma en étalant quelques photos de classe sur son bureau. La mixité n'est pas tellement présente." Dans le voisinage, une alternance d'immeubles modestes et de boutiques aux murs blancs transformées en galeries d'art ou en agences d'événementiel. "A part une dizaine de parents d'élèves très politisés, les autres s'intéressent peu à la question des rythmes", déplore la directrice.

La réforme voulue par le ministre de l'éducation nationale Vincent Peillon et le maire Bertrand Delanoé consiste à transférer au mercredi matin quatre fois quarante-cinq minutes de temps scolaire prélevées les lundi, mardi, jeudi et vendredi. Sur ce temps libéré, à 13h30 ou 15h30, auront lieu des activités culturelles ou sportives financées par la ville. La réforme pourrait entrer en vigueur à Paris dès la rentrée prochaine. "Travailler le mercredi matin, ça aurait pu être possible dans d'autres conditions, juge Valérie Chilma. Mais pour nous, une vraie réforme aurait dû commencer par détricoter ce qui avait été fait en 2008 par Xavier Darcos. Notamment alléger les programmes, en revenant par exemple à ceux de 2002 et, pourquoi pas, rétablir le samedi matin."

Réunis à l'heure de la pause méridienne pour un déjeuner sur le pouce, les enseignants de l'école, dont aucun n'est syndiqué, se coupent presque la parole pour expliquer les raisons de leur colère. Salaires, effectifs, manque de reconnaissance de leur profession... Ils donnent le sentiment d'en avoir  gros sur le cœur, comme si le rejet de cette réforme libérait les non-dits et les amertumes des années Sarkozy. "C'est parti d'une incompréhension, ça tourne à une forme de mépris...", lâche Marine, 33 ans, qui s'occupe des CP. "Notre déception est aussi liée au fait que cette réforme vienne d'un maire et d'un ministre de gauche...., ajoute Magali, 34 ans. Tout le monde s'attendait à autre chose de ce gouvernement. Et puis, que veut dire la concertation alors que le décret est déjà publié ? Les syndicats ont été consultés mais pas nous."

"On s'est senti agressé et incompris, notamment par l'éditorial du Monde qui parlait de corporatisme, résume Valérie Chilma. On ressent aussi un mépris de la part des politiques, comme si nous étions trop bêtes pour comprendre cette réforme. On n'a pas l'impression de mériter ce mépris." Elle ajoute : "Il y a eu une accumulation de petites choses qui nous énervent. Tout remonte. Cette réforme a un peu réveillé le dragon".

Rencontrée en fin de journée, Juliette Robin, bibliothécaire, adhérente de la FCPE, mère d'un enfant scolarisé en CM1 à l'école Ramponeau, retrace son cheminement par rapport à ce projet. "Lorsque Vincent Peillon a annoncé sa réforme, j'étais pleine d'espoir, d'optimisme et peut-être de naïveté, raconte-t-elle. Quand j'ai vu les premières réactions d'enseignants, je me suis dit : ils exagèrent, il faut bien commencer  par quelque part. On passe aux quatre jours et demi, ce qu'on demandait depuis longtemps, ayons confiance." Aujourd'hui, elle a le sentiment de s'être fait "manipuler" et soutient avec conviction la protestation des enseignants.

Les enseignants rejettent cette réforme faite, selon eux, de "bricolage" et de "bouts de ficelle" au détriment des rythmes de l'enfant. "On nous présente comme un mammouth immobile mais cette réforme va avoir des conséquences sur les apprentissages", pointe Marine. "On est d'accord pour le mercredi matin si les journées sont moins fatigantes pour les enfants. Il faudrait travailler cinq jours avec des journées et des vacances plus courtes. On n'a jamais demandé deux mois l'été", assène Nelia, professeur des écoles depuis huit ans. "On ne veut pas passer  pour de vieux réacs conservateurs. On travaille déjà souvent le mercredi pour des réunions, de la formation pédagogique, mais ça, ce n'est pas su.... Nous n'avions jamais demandé à passer à la semaine de quatre jours en 2008." Pour Juliette Robin, la nouvelle organisation "va émietter encore plus le temps de l'enfant".

Enseignants et parents dénoncent le manque de moyens pour réaliser cette réforme. "On n'a pas les locaux, les gymnases nécessaires", fait valoir  Olivier, 30 ans, en charge des CE2. "Où met-on les activités culturelles ou sportives de qualité ?, demande Juliette Robin. Impossible d'aller et revenir du musée en 45 minutes. Quant au conservatoire de musique, il affiche déjà complet, tout comme les piscines. C'est un programme merveilleux d'ouvrir la musique à tout le monde. Mais avec quels profs ? Quels locaux ? Quel matériel ?"

"On aurait aimé avoir les recrutements avant l'annonce des changements de rythme, ajoute Nélia. L'année prochaine, il n'y aura que douze recrutements à Paris pour plus de 600 écoles." "Cette réforme est faite sans argent. On ne sait pas qui seront les animateurs, qui encadreront les enfants. Seront-ils formés ?", s'interroge Olivier. "On veut des gens dont c'est le métier", dit Marine. "Cela fait des années qu'on réclame des animateurs supplémentaires, rappelle Juliette Robin. Ceux qu'on nous propose n'ont même pas le BAFA, ils ont juste le bac pour certains."

"Ça me désespère quand je vois l'incompétence de certains animateurs remplaçants", confirme Nadia, 54 ans, adjointe d'animation depuis quatre ans à l'école Ramponeau. Elle fait état d'un "turn-over" important sur les postes d'animateurs et cite l'exemple d'un vigile, "incompétent" pour s'occuper des enfants, qui était venu un jour surveiller la cantine. Chez les animateurs, les avis sur la réforme sont partagés. "Je n'ai pas d'hostilité par rapport à cette réforme si on a les moyens humains et matériels, reconnaît Nadia. Qu'on me prouve que c'est bien. Mais pour l'instant, le ministre, la ville, nos supérieurs hiérarchiques n'ont pas su nous expliquer ce qui allait changer. Cette réforme est encore dans le flou, ce ne sont que des interrogations."

Florence, 41 ans, professeur Ville de Paris (PVP) en arts plastique depuis 2005, fera aussi grève le 12 février, "par solidarité" avec ses collègues de l'école. Salariée par la municipalité, elle assure une partie de son service (huit heures par semaine) à l'école Ramponeau. Un temps pendant lequel les professeurs des écoles peuvent "décloisonner" leur classe. Un "luxe énorme", reconnaissent-ils. Si les PVP ont été rassurés sur leur principal crainte -ils ne passeront pas en horaires extra-scolaire- ils dénoncent le gel des recrutements par la mairie de Paris. "On craint une extinction du corps faute d'embauche."

Autre interrogation pour Juliette Robin : comment va s' organiser la journée du mercredi ? "Que va-t-il se passer  pour les parents qui ont fait le choix du 4/5 pour avoir leur mercredi ? Ils vont paser  l'aspirateur le mercredi matin ? Et pour les enfants dont les parents travaillent, on ne sait pas s'il y aura cantine le mercredi midi ou si le trajet entre l'école et le centre aéré sera encadré.... Ça s'organise tout ça". A ses côtés, Julie Paole, qui porte la double casquette de mère d'un garçon en CMI et d'enseignante dans une école élémentaire voisine, constate que "les conditions d'enseignement se dégradent d'année en année". Pour elle, il faut "rester comme on est parce qu'on ne sait pas si ce qui arrive derrière n'est pas pire".

Valérie Chilma prévient : "Si leur réforme passe, ils peuvent se faire des cheveux pour leur réélection. D'autre part, comme cela a été le cas pour les cours de soutien imposés en 2008, elle sera mal appliquée dans les écoles. Une réforme pas soutenue ne sert à rien."

L'article sur le site du Monde

Et aussi

«Nous, les animateurs, on fera de la garderie» (Libération)

Reportage Des intervenants en centre de loisirs, qui craignent de ne pouvoir prendre en charge tous les enfants avec le raccourcissement des journées d'école, manifestaient eux aussi mardi contre la réforme des rythmes scolaires.

Rythmes scolaires : les enseignants très mobilisés à Paris (Le Monde)

Au niveau national, les enseignants du premier degré étaient 36 % à faire grève, mardi, selon le ministère de l'éducation nationale et 58 %, selon le SNUipp-FSU, syndicat majoritaire.

Dans la manifestation parisienne, les enseignants et les parents présents partagent la même interrogation : pourquoi dit-on qu'on allège les rythmes scolaires alors que les enfants seront autant à l'école et qu'ils y viendront, en plus, le mercredi matin ?

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