Aujourd'hui 12 octobre, fête nationale de l'Espagne. Contents ?

12 octobre/14 octobre, fête nationale espagnole vs prochaines sentences condamnant des démocrates catalans...Rien à voir ? Rien à voir entre une pseudo Découverte de l'Amérique virant colonisation et extermination et la répression de la volonté d'autodétermination des Catalans en passant par les accommodements de la démocratie espagnole avec bien des ignominies du franquisme ?

12 octobre/14 octobre, le fil rouge, pardon, noir ou bleu comme certaines chemises, de l'ignominie espagnoliste !

Longtemps appelée Fête de la Race ou Fête de l'Hispanité, en particulier sous Franco, elle est désignée plus sobrement aujourd'hui Fête Nationale. Il n'en reste pas moins que le 12 octobre a été originellement retenu pour une commémoration historique, celle de la Découverte (sic) de l'Amérique le 12 octobre 1492.

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A ce titre, le maintien aujourd'hui de la date anniversaire de ce qui a ouvert la terrible colonisation des peuples américains, en passant sous silence ce qui, dans sa dimension de domination destructrice, motivait à l'origine ladite date, participe de ce travail d'esquive historique, et donc politique, pour tout dire négationniste, dont l'Etat espagnol s'est fait une spécialité : pensons à ce qui a été assumé comme "oubli nécessaire" pour réconcilier (resic) les Espagnols au sortir du franquisme qui a donné cette situation si singulière pour ce qui se prétend une démocratie : d'un côté, une loi d'amnistie qui a accordé l'impunité aux franquistes et leur a donné le droit de conserver toutes les places de pouvoir qu'ils avaient usurpées, et de quelle façon, sous leur dictature. D'un autre côté, ces milliers d'assassinés, souvent après les pires tortures, par les mêmes, enterrés dans des fosses communes (sans parler de leurs familles agressées, discriminées, spoliées) dont la Loi de Mémoire historique de 2007 ne permet pas l'exhumation systématique, à large échelle, assumée, y compris financièrement, par l'Etat... démocratique. Pas plus qu'elle ne revient sur les condamnations à mort prononcées sous cette infâme dictature. Malgré les demandes réitérées des familles des victimes. Et que l'on ne vienne pas nous bassiner avec la prochaine exhumation du dictateur du Valle de los Caídos : même une mesure aussi nécessaire est retournée, sur fond d'électoralisme, par des politiciens du régime à la Pedro Sánchez pour masquer l'essentiel, l'actualité du franquisme au coeur de la démocratie. Certains ne s'y trompent pas qui clament que ce qu'il faut en Espagne c'est que le franquisme soit exhumé des institutions... et de la société (voir et écouter ici en espagnol) !

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Exhumer le franquisme !

De l'exploitation et quasi extermination des peuples d'Amérique à cette prégnance du franquisme sous la démocratie, se dessine l'anomalie de l'Etat espagnol. Le président du Mexique vient de l'exhorter à nouveau à demander pardon, en vain (lire ici en espagnol). Comment s'étonner que ce même Etat s'apprête à faire lourdement condamner des dirigeants indépendantistes catalans, coupables d'avoir respecté les mandats populaires reçus pour la proclamation de la République Catalane ?

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Le mexicain Andrés Manuel López Obrador à l'Espagne : "Demandez pardon !"

En ce 12 octobre de l'Hispanité de toujours, peut-on ne pas être solidaires de ceux et celles qui en Catalogne veulent se séparer d'un Etat aussi imprésentable, aussi antidémocratiquement institué et perpétué, y compris par une gauche de droite à la PSOE ou, pusillanime à la Podemos ? Démocrates européens, il faut choisir la liberté, les libertés et la plénitude des droits politiques et sociaux. Et, à cette fin, exiger la libération immédiate, inconditionnelle des prisonniers politiques catalans ou non catalans (les jeunes basques-navarrais d'Alsasua) et le retour des exilé-e-s !

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Dans deux jours, 14 octobre, quand seront prononcées les condamnations des premiers, l'heure de vérité aura sonné pour nous aussi : ou le déshonneur du laisser faire liberticide ou l'honneur de la démocratie par le soutien sans faille apporté à la riposte populaire qui se mettra en place malgré l'énorme dispositif policier, mémorable Garde Civile en tête ! Il n'en va pas que de l'Espagne et de la Catalogne. L'avenir de l'Europe s'y joue aussi pour une part importante... La connivence avec le pouvoir de Madrid de l'immense majorité des Etats européens, dont le point commun, décliné plus ou moins violemment mais toujours plus violemment, est la répression des résistances populaires, donne la mesure de l'enjeu européen qu'est la question démocratique de Catalogne !

Le gag du jour

Le fiasco spectaculaire de l'hommage aérien au drapeau espagnol le jour de la Fête Nationale !

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Aéro-page, si, si, fracassé pour aréopage ras du sol

Juste devant la tribune officielle présidée par le Roi en personne entouré de l'aréopage militaire et civil du nationalisme espagnol...le parachutiste chargé, clou du défilé militaire, de magnifier dans les airs le drapeau s'est vautré pitoyablement sur un lampadaire. Inutile de décrire, cela doit se regarder, ce qu'il en est résulté du flambant drapeau au nom duquel on se prépare à recogner sur le peuple catalan ! A vouloir en rajouter sur l'exhibition de son pouvoir l'Etat espagnol a sombré dans le ridicule spectaculaire. Réjouissant pour tout démocrate digne de ce nom...

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https://www.youtube.com/watch?v=q7APonHhhgA

 

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