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Billet de blog 13 juin 2013

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De la "récupération" médiatique, mais aussi politicienne, de la mort de Clément M tué par des fascistes

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La récupération médiatique de la mort de Clément Méric (communiqué d’Acrimed)

par Acrimed,le 10 juin 2013

La mort d’un jeune homme de 18 ans sous les coups de militants racistes est un fait politique. Les rassemblements à sa mémoire sont eux aussi un fait politique. Quand les médias se sont bornés à informer sur ces faits et à les commenter pour eux-mêmes, ils ont fait leur travail.

Autre fait politique : les formations politiques se sont emparées de ces faits pour les interpréter dans leur propre perspective et leur donner la suite de leur choix. Occasion a été ainsi donnée à une petite cohorte d’éditocrates de prendre de la hauteur et de transformer en problème majeur la « récupération politique », réelle ou supposée, sans se préoccuper d’une indéniable récupération médiatique.

Or celle-ci est elle-même un fait politique et médiatique : une récupération destinée à transformer l’information en spectacle de l’information et le débat en spectacle du débat.

C’est ainsi que l’on a pu lire, voir ou entendre des journalistes commenter la mort de Clément Méric comme s’il s’agissait d’un simple fait divers : la conséquence d’une banale bagarre de rue (qui aurait mal tourné) entre acheteurs de fringues. De quelle éthique peuvent se réclamer les « journalistes » qui sont parvenus à présenter un groupe de racistes comme un club d’amateurs de vêtements ?

C’est ainsi que nous avons assisté pendant plusieurs jours à une mise en scène médiatique du prétendu débat sur « la montée des extrémismes » (pour reprendre le titre d’une émission d’Europe 1), avec à la clé l’amalgame (extrémiste ?) entre des formations collectives que tout oppose. De quelle éthique journalistique peuvent se prévaloir des médias qui confondent sciemment la virulence verbale et la violence physique qui se solde par la mort d’un homme ?

C’est ainsi, enfin, que des porte-paroles de groupes dont l’obédience fasciste est patente ont bénéficié, non pas de la seule possibilité de s’exprimer, mais d’une surexposition complaisante que les questions qui leur étaient posées aient été elles-mêmes complaisantes (comme sur BFM-TV) ou non (comme sur i-Télé). De quelle éthique journalistique pourraient se réclamer des médias qui, suivant cette pente, s’emploieraient demain, toutes proportions gardées (et nous savons garder les proportions), à illustrer ce que disait Jean-Luc Godard : « L’objectivité, c’est cinq minutes pour Hitler, cinq minutes pour les Juifs » ?

Acrimed, le 10 juin 2013

Post-scriptum

Une parmi beaucoup d’autres, la couverture d’Aujourd’hui en France du 7 juin reproduite ci-dessous, qui fait référence à des "affrontements entre extrémistes", est exemplaire de ces amalgames injustifiables qui ont marqué la couverture médiatique de cet évènement tragique.

L'article sur le site d'Acrimed

Sur la tentative de récupération politique, un extrait de l'info AFP le lendemain de la mort de Clément Méric montre qu'elle est très mal passée à la manifestation parisienne du 6 juin

PARIS, 06 juin 2013 (AFP) - Des milliers de personnes ont rendu hommage jeudi place Saint-Michel à Paris à Clément Méric, le militant d’extrême gauche mort après une bagarre avec des skinheads, un rassemblement au cours duquel plusieurs élus dont Anne Hidalgo (PS) ont été hués ou accusés de « récupération », ont constaté des journalistes de l’AFP. « Halte à la violence et à la haine ! » pouvait-on lire sur une pancarte aux couleurs du Parti de gauche (rouge, vert, blanc), qui avait appelé au rassemblement, auquel s’est aussi associé le Parti socialiste.
 Plusieurs dizaines de camarades anti-fascistes du jeune militant de 18 ans décédé sont arrivés vers 18H30 en rangs serrés, poing levé et scandant « Clément, Clément, antifa » (antifasciste, ndlr), applaudis par une foule muette. Plusieurs sont montés sur la fontaine de la place, y déployant une banderole proclamant « Clément, 05.06.2013, à jamais l’un des nôtres ». C’est un de ses camarades se présentant comme Olivier qui a ouvert les prises de parole, demandant avant tout en ce moment « deuil », que les drapeaux des organisations présentes soient baissés dans la foule parce que cela n’aurait pas plu à ce jeune décrit comme « libertaire et révolutionnaire ». « Ce crime est intolérable (...) Cet assassinat est politique », a lancé Olivier, en décrivant Clément comme « un jeune plein de vie, qui aimait la musique et avait la vie devant lui ».
 Du Parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon était présent dans la foule mais n’a pas pris la parole. Devant des journalistes, François Delapierre, numéro 3 du PG, a estimé qu’il était « trop facile de se laver les mains, de dire c’est un fait divers ».
 « Il faut que chacun considère que c’est son devoir de s’occuper de ça et de régler ce problème qui peut défigurer notre pays », a-t-il ajouté, en allusion aux groupes d’extrême droite pointés du doigt après l’agression fatale.

Anne Hidalgo, candidate PS à la mairie de Paris, a tenté une apparition sur la place mais elle s’est fait huer et a rebroussé chemin, sous les cris « PS hors la manif, socialos trahison », a aussi constaté une journaliste de l’AFP.
 Le premier secrétaire du PS, Harlem Désir, un temps annoncé, ne s’est finalement pas mêlé à la foule, son entourage jugeant la situation trop tendue.
 Après Alexis Corbière (PG, Paris) qui a fait les frais de l’aversion des camarades de Clément pour la « récupération » en se faisant couper son intervention [1], les orateurs se sont succédé : CGT, Ligue des droits de l’Homme, Gauche anticapitaliste, PCF, Solidaires, EELV, Gauche unitaire, Unef, SOS Racisme...
 Seul Olivier Besancenot (NPA) a remporté un franc succès : « Le combat continue contre tout, tout, ce qui fait le lit de l’extrême droite », a lancé celui qui fut plusieurs fois candidat à la présidentielle. « L’extrême droite se nourrit des renoncements de la gauche quand elle est au pouvoir », a aussi accusé M. Besancenot, chaudement applaudi, citant les expulsions de sans papiers et les démantèlements de camps de Roms.
Parmi les manifestants, il y avait aussi des jeunes de Sciences Po, où Clément Méric était étudiant boursier, et des militants d’Action Antifasciste Paris-Banlieue, groupe dont il était membre.
 Peu après 20 heures, les manifestants se dispersaient petit à petit dans le calme. Un très important dispositif policier avait été déployé dans le  quartier.

http://www.agoravox.fr/spip.php?page=forum&id_article=136967&id_forum=3741336


[1] On notera qu'Alexis Corbière, pour le Parti Gauche, a cru bon d'en appeler à "sa" VIe République qui a fini de provoquer l'hostilité de nombreux présents : "Le secrétaire national du Parti de gauche Alexis Corbière n’a pas hésité à prendre la parole. "Clément n’était pas un militant de notre parti mais c’était l’un des nôtres", a déclaré le conseiller de Paris. Avant de s’en aller en signe de protestation, les "antifascistes", souvent vêtus de noir, ont hué l’élu du 12e arrondissement de Paris, scandant "récupération". Impassible, Alexis Corbière continuait son discours, appelant à une "VIe République" et ciblant Marine Le Pen. [...] "La récupération politique est inacceptable. Pourquoi le Parti de gauche nous parle-t-il de VIe République, quel rapport?", s’est demandée une militante membre d’Action Antifasciste Paris-Banlieue, collectif dont était membre Clément Méric." (Hommage à Clément Méric : la gauche accusée de récupération politique, JDD)

En complément/contrepoint cette intervention...qui, elle, n'a pas été jugée "récupératrice" par les présents ! Cherchez la différence...

Vidéo. Rassemblement pour Clement le 6/06/2013 Paris Saint Michel. Intervention d'Olivier Besancenot

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