Antoine (Montpellier)
Abonné·e de Mediapart

991 Billets

1 Éditions

Billet de blog 14 mars 2011

La gauche latino-américaine et la Libye, pour s’y retrouver...

Antoine (Montpellier)
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Jean Bricmont s’emballe contre la gauche radicale européenne qui, selon lui, ferait mieux de balayer devant sa porte, autrement dit, de se préoccuper de sa supposée impuissance avant de faire la leçon aux gouvernements latinoaméricains, spécialement à celui de Hugo Chavez, sur les évènements de Libye. (1)

On passera sur la légèreté de l’argument d’autorité utilisé : ceux qui ne sont pas au pouvoir (la gauche radicale d’Europe) n’auraient pas grande légitimité à critiquer ceux qui y sont (les gouvernements progressistes d’Amérique Latine). Avec un tel argument qui présuppose que l’accès au pouvoir, y compris porté par un peuple, est une garantie de justesse politique, une certaine gauche intellectuelle réamorce les scandaleux réflexes d’alignement des "compagnons de route" sur l’Etat "socialiste" à l’époque du stalinisme. Etant entendu que je ne suis pas en train d’"aligner" Hugo Chavez sur Staline, je mets en garde seulement contre le simplisme politique qui dévalorise les pensées critiques au profit des pensées d’Etat, aussi progressistes qu’elles soient par ailleurs.

Et, sur la Libye, la critique de la position de Chavez, comme de celles d’autres dirigeants progressistes, n’a pas à subir les sarcasmes et l’ironie pataude que lui assène Bricmont avec, par ailleurs, un recours à des amalgames.

Puisqu’il raille en particulier la position des trotskistes, spécialement celle de la LCR belge, on lui rappellera que, contrairement à ses généralisations abusives, ces camarades dénoncent l’idée d’une intervention militaire impérialiste en Libye, qu’ils se battent pour l’ouverture des frontières aux immigrés, y compris libyens, et qu’ils n’ont pas attendu Bricmont pour se frotter à la politique concrète à l’intérieur de l’Europe impérialiste et contre elle. Qu’ils ne soient pas parvenus à mettre en branle un processus révolutionnaire ne peut apparaître comme une tare qu’à un esprit pressé et paresseux dans l’approche des difficultés de la lutte des classes : dans les années 50 ou 60 Bricmont se serait-il moqué de l’impuissance des révolutionnaires venezueliens à mettre à bas l’Etat capitaliste proimpérialiste de leur pays ? Au nom par exemple de la défense des "justes" positions de l’Etat socialiste de l’Union soviétique que certains de ces révolutionnaires critiquaient ?

L’invitation condescendante de Bricmont à la gauche radicale européenne à "réapprendre ce que faire de la politique veut dire" pourrait facilement lui être retournée si on faisait preuve de la même désinvolture conceptuelle et politique que lui. De telles leçons venant de quelqu’un qui, sur ce sujet des relations des gauches latinoaméricaines avec la situation en Libye, recycle l’insigne théorie de "l’ennemi principal" est assez risible. On se souviendra seulement, et là cela ne prête plus à rire, que c’est avec une telle fulgurance politique que le génial Mao a pu faire en son temps ami-ami avec le sinistre fossoyeur du processus chilien en 1973, le président étatsunien Richard Nixon. L’ennemi principal était bien sûr, à ce moment-là, l’URSS ! Bien entendu, ici non plus, il n’y a pas lieu d’assimiler Hugo Chavez à Mao. Il s’agit seulement de noter que la défense que font certains de son attitude vis-à-vis de Kadhafi s’alimente à des grilles (les bien nommées) politiques n’ayant pas spécialement prouvé leur pertinence. Et c’est peu dire...

Pour aller chercher à leur source les informations sur ce que la gauche radicale européenne pense des positionnements des gouvernements de gauche d’Amérique Latine envers les révolutions de la région arabe, on peut consulter le dossier, tout en nuances, lui, que la LCR belge, justement, leur a consacré :

Dossier : La Libye, les théories du complot, l’impérialisme et la gauche latino-américaine

(1) Le texte de Bricmont : La Libye, la gauche européenne et le retour de l’impérialisme humanitaire

.................................

Ce texte est paru initialement sur le site Le Grand soir où a été mis en ligne le texte de Bricmont

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — International
En Pologne, les migrants toujours en quête de protection
Plusieurs centaines de migrants ont tenté d’entrer en Pologne la semaine dernière. Dans la forêt située côté polonais, activistes et médecins bénévoles croisent toujours des familles ou hommes seuls, traumatisés et transis de froid, qu’ils aident du mieux qu’ils peuvent. En parallèle, des avocats se mobilisent pour faire respecter le droit d’asile.
par Nejma Brahim
Journal — France
Élie Domota : « L’État a la volonté manifeste de laisser la Guadeloupe dans un marasme »
Le porte-parole du LKP (« Collectif contre l’exploitation ») est en première ligne de la mobilisation sociale qui agite l’île depuis deux semaines. Contrairement à ce qu’affirme l’exécutif, il estime que l’État est bien concerné par toutes les demandes du collectif.
par Christophe Gueugneau
Journal — France
La visite du ministre Lecornu a renforcé la colère de la population
Le barrage de La Boucan est l'une des places fortes de la contestation actuelle sur l’île. À Sainte-Rose, le barrage n’est pas tant tenu au nom de la lutte contre l’obligation vaccinale que pour des problèmes bien plus larges. Eau, chlordécone, vie chère, mépris de la métropole... autant de sujets que la visite express du ministre des outre-mer a exacerbés.
par Christophe Gueugneau
Journal — France
L’émancipation de l’île antillaise, toujours questionnée, loin d’être adoptée
Alors qu’une crise sociale secoue la Guadeloupe, le ministre des outre-mer, Sébastien Lecornu, a lâché le mot : « autonomie ». Une question statutaire qui parcourt la population depuis des années et cristallise son identité, mais qui peine à aboutir.
par Amandine Ascensio

La sélection du Club

Billet de blog
Effacement et impunité des violences de genre
Notre société se présente volontiers comme égalitariste. Une conviction qui se fonde sur l’idée que toutes les discriminations sexistes sont désormais reconnues et combattues à leur juste mesure. Cette posture d’autosatisfaction que l’on discerne dans certains discours politiques traduit toutefois un manque de compréhension du phénomène des violences de genre et participe d’un double processus d’effacement et d’impunité.
par CETRI Asbl
Billet de blog
Les communautés masculinistes (1/12)
Cet article présente un dossier de recherche sur le masculinisme. Pendant 6 mois, je me suis plongé dans les écrits de la manosphère (MGTOW, Incels, Zemmour, Soral etc.), pour analyser les complémentarités et les divergences idéologiques. Alors que l'antiféminisme gagne en puissance tout en se radicalisant, il est indispensable de montrer sa dangerosité pour faire cesser le déni.
par Marcuss
Billet de blog
Pas de paix sans avoir gagné la guerre
« Être victime de », ce n’est pas égal à « être une victime » au sens ontologique. Ce n’est pas une question d’essence. C’est une question d’existence. C’est un accident dans une vie. On est victime de quelque chose et on espère qu'on pourra, dans l’immense majorité des cas, tourner la page. Certaines s’en relèvent, toutes espèrent pouvoir le faire, d’autres ne s’en relèvent jamais.
par eth-85
Billet de blog
Pour une visibilisation des violences faites aux femmes et minorités de genre noires
La journée internationale des violences faites aux femmes est un événement qui prend de plus en plus d'importance dans l'agenda politique féministe. Cependant fort est de constater qu'il continue à invisibiliser bon nombre de violences vécues spécifiquement par les personnes noires à l’intersection du cis-sexisme et du racisme.
par MWASI