L'Etat espagnol... On vous fait un dessin ?

Le durcissement du régime espagnol, porté à incandescence en Catalogne, amène des médias du pays, certes peu nombreux, à hausser le ton. En témoigne cette BD, parue sur eldiario.es, de l'un des dessinateurs espagnols les plus percutants sur la question essentielle, celle de la démocratie, en particulier de son rapport au passé franquiste que l'actualité fait paradoxalement surgir.

 L'amour pour Franco (par le dessinateur Vergara)

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 Le personnage de gauche que l'on nommera, dans cette adaptation française, l'Insolent, ouvre la BD en donnant le titre qui correspond en fait à ce qu'il voit et comprend : à savoir que, à droite, Mariano Rajoy, portant beau et jeune groupie, ses verres de lunettes ornés en plein centre des coeurs de l'amour, serre dans ses bras, un dossier portant la mention " Super POP (comme populaire ?)"et arborant l'effigie de Franco dans la splendeur de sa maturité d'officier. L'Insolent complète l'information paragraphique : "Et voilà un nouveau document graphique émouvant dans le cadre de l'illustration quotidienne publiée par eldiario.es.

 Enoncé textuel 1 (ET 1) 

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 Commençons par une question : où en sommes-nous de cette affirmation selon laquelle "ce Gouvernement se tiendra toujours aux côtés des victimes" ?

[Il s'agit du leitmotiv antiterroriste, antiETA  : toujours avec les victimes, contre les terroristes]

 Mais voilà : ci-dessous Soraya Sáenz de Santamaría, la vice-présidente du Gouvernement, accourt portant un courrier. "Chef, dit-elle, on vient de nous apporter une requête sollicitant notre appui aux victimes...". Rajoy s'exclame, l'index levé, en l'interrompant  : "Oh, les victimes ! Mon gouvernement est toujours avec les victimes ! VIVE LES VICTIMES ! Allons, réponds leur que...". Mais Soraya S de S poursuit sa phrase interrompant à son tour son chef : ... victimes du franquisme." Rajoy, coupé dans son élan, marmonne un piteux "... euh, bon."

 

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ET 2

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Il y a quelques jours, la sénatrice socialiste Fuensanta Lima demandait au gouvernement s'il trouvait correct de conserver le duché de Franco [suite au décès, il y a quelques mois, de la fille du dictateur qui en était titulaire, sur décision du roi Juan Carlos, six jours seulement après la mort dudit dictateur, en décembre 1975, la petite-fille de celui-ci demande à hériter du titre. Voir à la suite de cette BD]. La réponse du ministre de la Justice, Catalá, fut tranchante...

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 "Ce n'est qu'un titre honorifique !"

 [La réponse du ministre s'accompagne d'un coup de poing de boxeur aux ossements de tous ces républicains assassinés par le franquisme et, pour l'immense majorité, encore ensevelis, leurs familles et des bénévoles cherchent où, sans sépulture.]

[Ci-dessous le triptyque de l'aveu involontaire]


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A/ L'Insolent : Voyons un peu, le Gouvernement estime qu'il n'y a aucun problème puisqu'il s'agit seulement d 'un titre honorifique, ou, ce qui revient au même, que Franco mérite d'être traité avec les honneurs.

B/ L'Insolent : Mais qu'est-ce donc qu'un gouvernement qui répond une telle chose !

Une voix tonitruante lâche dans le dos de l'Insolent : ça suffit !

C/  Rajoy, le bras levé : J'en ai jusque là de vos insinuations !

ET 3

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Quelques jours auparavant, Izquierda Unida [Gauche Unie, le Front de Gauche espagnol aujourd'hui allié à Podemos] avait écrit au roi Felipe VI en lui demandant de supprimer ce titre nobiliaire dont jouissent les descendants du dictateur. Nous imaginons que, quand l'on sait d'où vient cette monarchie, il n'y aura pas d'autre réponse que celle donnée par Catalá.

[ "quand l'on sait d'où vient cette monarchie" : de Franco, par sa décision, en 1969, soit six ans avant sa mort, de désigner Juan Carlos son successeur]

 [Ci-dessous la chaîne, sur le mode poupées russes, de la continuité institutionnelle]

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- Franco :  C'est toi, Juan Carlos, que je choisis !

- Juan Carlos : C'est toi, Felipe, que je choisis !

- Felipe : La démocratie qu'à tous, nous nous sommes choisie...

 [Ci-dessous le triptyque du foutage de gueule]

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A/ L'Insolent : Mais revenons au Parti Populaire... Son opposition à respecter l'obligation, édictée par la Loi de la Mémoire Historique, de retirer les symboles du franquisme sur la voie publique, est notoire semaine après semaine.

B/ L'Insolent : Imagine-t-on ce qui se passerait en Allemagne s'il venait à l'idée de quelqu'un  de dédier un monument à Hitler ? A ces paroles un Miaouuuuuu se fait entendre.

C/ Une bulle ... carrée énonce : "Sais-tu  que, chaque fois qu'un opineur ou un humoriste graphique a recours à cet argument archi-usé du monument nazi en Allemagne, il y a un petit chat qui meurt ?"

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  Résumons-nous : ces gens-là [qui gouvernent] se vantent d'affecter zéro euros aux budgets de la Loi de la Mémoire Historique, ils s'opposent au retrait des symboles de la dictature, ils chantent en public, sans en rougir, "Je suis le fiancé de la mort" (lire ici en allant au 30 mars), ils mettent des obstacles aux parents de ceux qui ont été assassinés par le franquisme, qui veulent récupérer les cadavres de leurs êtres aimés et, par-dessus le marché, ils les insultent... Pourquoi donc voulons-nous l'extrême droite puisque nous avons le Parti Populaire ?

 

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A gauche, Rajoy, furieux, en tenue de soldat franquiste, hurle à l'intention du dirigeant Ciudadanos, Albert Rivera, dont il botte les fesses : Tu vois, tu vois ? C'est ce que je disais ! Ce que je disais !

[Démonstration est faite et assumée graphiquement par Rajoy lui-même, que la rude concurrence extrêmedroitière qu'exerce, comme on le voit en Catalogne mais aussi sur d'autres terrains, Ciudadanos [Citoyens], ce (faux) centre ... aboyeur et musclé, à l'encontre du PP, n'a aucun sens. Le créneau est déjà occupé et bien occupé par celui-ci. La preuve par tout ce qui a été dit précédemment]

Bande dessinée à retrouver sur eldiario.es 

Traduction, adaptation et commentaires par Antoine Rabadan

 Dans la continuité de ce qui est mis ci-dessus...

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La procédure de transmission du titre de duchesse de Franco à sa petite-fille est engagée

Il faut mentionner qu'en Espagne la transmission des titres nobiliaires, à la mort des parents, à leurs enfants n'est pas automatique. Elle est a priori, selon la Constitution, en son article 62, soumise au bon vouloir du Roi, mais, de par la logique législative, elle dépend, de fait, d'une décision du Ministre de la Justice. Décision favorable, dans  ce cas-ci, comme nous venons de le voir. Lire ici en espagnol

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