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Billet de blog 15 oct. 2021

Sommet France Afrique de Montpellier, une mobilisation en demi-teinte

Sommet/Contre Sommet, le rapport de forces était à l’évidence trop déséquilibré dans le contexte d’atonie générale, espérons-le, provisoire, des contestations, pour mettre en cause l'opération poudre aux yeux françafricaine de la macronie. Partie remise… la solidarité continue !

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Entre mille et mille cinq cents manifestant.e.s ont, samedi dernier, défilé dans les rues de Montpellier pour dénoncer le Sommet « Afrique France » voulu par l’Elysée en symbiose active avec le maire socialiste de la ville. C’est peu dire que, malgré les gros efforts militants déployés pour mettre sur pied un Contre Sommet « France Afrique », le résultat est relativement décevant : il est de fait un indicateur supplémentaire des difficultés à mobiliser qui sont le lot de cette rentrée sociale et politique comme cela est apparu lors d’une bien inégale mobilisation intersyndicale le 5 octobre.

Un colloque tenu le 2 octobre près de Montpellier par le Comité pour l’Annulation du Sommet (voir à la fin de cette page) avait certes rassemblé avec un bon succès d’audience (une centaine de présents) divers spécialistes critiques des questions france-africaines ainsi que des personnes militant sur ces mêmes questions. La réunion fut riche d’exposés et d’échanges prometteurs quand à la mise en place de contrefeux à la propagande d’un Sommet qui s’est conçu comme une opération promotionnelle du Président de la République dans le cadre de sa prochaine candidature à renouveler son mandat élyséen. L’international et, particulièrement l’Afrique, occupent en effet une place de choix dans cette précampagne électorale en cherchant à faire oublier au moins deux choses : d’une part, la réalité d’une politique de grande puissance, grande mais en fait en crise, et pour cela même d’autant plus agressive, de par la concurrence aiguisée que lui font subir les puissances dites émergentes (en Afrique la Russie, la Chine sans parler de celle de l’empire américain, lui aussi, dépourvu de sa superbe d’antan) ; d’autre part, la réalité crue d’une politique intérieure exponentiellement antisociale et liberticide suscitant, à défaut d’un danger imminent des révoltes, de quoi alimenter une abstention record combinée à une surmobilisation d’un électorat d’extrême droite s’alimentant des déceptions et colères vis-à-vis desquelles les gauches s’avèrent impuissantes ou sans volonté de rien proposer en termes d’alternative au système. En un mot ce Sommet peut se résumer à une scandaleuse opération de diversion politicienne sur ce qu’en France comme en Afrique, la politique d’Etat met en place comme agressions sociales directement ici et, via les Etats corrompus à sa botte, là-bas, comme exactions policières, ici, militaires, là-bas, comme intox ici et là-bas sur le terrorisme transformé, par amalgame flirtant avec l’extrême droite, en campagne islamophobe ici, prétexte à campagnes militaires ciblant les populations civiles, là-bas, etc. Le tout travaillant à personnaliser, dépolitiser et récupérer autour de la figure « charismatique » du jeune président de la République le maximum de l’ électorat perplexe, déboussolé…

C’est avec cette volonté de mystifier les consciences en France comme en Afrique que ce Sommet Françafrique s’est en fait, innovation proprement macronienne, déroulé en deux temps : en mai, à Paris, pour réunir les chefs d’Etats africains autour de leur mentor français afin de discuter de l’essence même des rapports France Afrique, à savoir le renforcement d’un consensus des élites locales assez lézardé, en partie sous la pression des défiances, voire des mobilisations populaires, pour que se perpétue, aux prix de quelques aménagements cosmétiques, la domination/subordination inaugurée par des décolonisations néocolonisantes ; et donc, en cet octobre, une grande messe à l’immense espace Aréna montpelliérain avec la mise en scène d’un Macron, tout sourire médiatique, dialoguant avec des membres de la diaspora africaine sur les nouvelles relations à établir et les mesures à prendre à cette fin en faveur de la démocratie et du développement en terre africaine, toutes choses que la rencontre parisienne avait exactement démenties. Deux temps, en… noir et blanc par où, paradoxalement, la logique du « en même temps », prototypique mantra macronien a fonctionné à plein : médias complaisamment aidants, le Mister Jekyll mister Hyde de l’Elysée, malgré quelques âpres interpellations africaines lors de ce raout montpelliérain convoquant des représentants de la diaspora d’outre-Méditerranée emmenés, à la surprise générale, par l’historien camerounais critique Achille Mbembe, aura réussi son pari de se donner à voir comme l’homme de la situation en période de grandes tensions et bouleversements géopolitiques ; comme celui qui se pose en héraut du rapprochement des peuples mais, attention, sous l’égide d’une communauté de destin … entrepreneuriale (ultralibéral un jour, ultralibéral toujours). Et cela « en même temps » qu’il maintient intacts les mécanismes de la dette et les logiques guerrières structurant la dépendance et le sous-développement de l’Afrique « française » !

Les organisateurs du Contre-Sommet (associatifs, syndicalistes et politiques) se sont démenés pour mettre en oeuvre ateliers, conférences et diverses animations avec diffusions de tracts dans la ville et forte communication sur les réseaux ; les migrant.e.s sur la ville, mais aussi venus de la région parisienne, se sont mobilisé.e.s pour contribuer au succès de la manifestation. Mais il aura fallu que, sur la première partie de celle-ci, quelques milliers d’antipass sanitaires des samedis, emmenés par les blouses blanches, ces personnels de la santé pénalisés pour refus de vaccination, aient décidé de faire la jonction aux cris de « migrants solidarité » pour que la mobilisation en faveur des peuples d’Afrique, contre les dettes, les interventions militaires, le soutien aux Etats locaux corrompus, en faveur des droits des migrant.e.s, prenne une certaine ampleur. Sans pouvoir cependant rompre le mur du silence médiatique qui s’est imposé afin que ce grain de sable militant ne vienne perturber l’enfumage élyséen.

Sommet/Contre Sommet, le rapport de forces était à l’évidence trop déséquilibré, la localisation dans une métropole périphérique s’avérant avoir été un pari payant pour démobiliser, dans le contexte précité d’atonie générale, espérons-le, provisoire, les contestations, la mise en cause de la poudre aux yeux françafricaine de la macronie et de ses alliés de la gauche institutionnelle de la ville de Montpellier. Partie remise… la solidarité continue !

Antoine (Montpellier)

Le moment où les milliers de manifestant.e.s antipass sanitaire (à droite de la photo) opèrent la jonction avec le cortège des migrant.e.s du Contre Sommet en criant leur solidarité avec ceux/celles-ci. Ils/elles ont défilé en fin de manifestation...Une image déroutante pour les contempteurs des mobilisations contre le pass sanitaire sommairement crucifiées extrême-droitières ! Des extrême-droitiers d'un type extraordinairement inédit ?

Le Colloque du 2 octobre organisé par le Collectif pour l'Annulation du Sommet France Afrique

On peut retrouver l'ensemble des interventions de ce colloque sur le site du Collectif organisateur

Cliquer ici

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