Et si on revenait sur le rapport de Mélenchon à Dassault ?

Mediapart a jeté un beau pavé dans la mare en publiant de quoi trouer le filet de protection dont Serge Dassault se prévalait pour asseoir son pouvoir politique mais aussi un pouvoir économique branché sur les financements publics (1). De quoi réjouir du coup ceux qui, à gauche, n'ont aucune complaisance, c'est le moins que l'on puisse dire, avec ce qu'incarne le "système Dassault" : la porosité du monde du capital avec la représentation politique, avec l'Etat  et la perpétuation de la domination des populations que cela induit.

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Fidèle à l'orientation de ce blog qui, complaisance pour complaisance, n'en a aucune envers ce que la gauche, y compris celle qui se revendique de l'alternative sociale et politique, peut montrer envers ce qui, "malgré tout", représenterait les vertus républicaines échappant aux logiques de classes, je n'hésite pas un instant à réinterroger à la lumière des dernières révélations de Mediapart la position de Jean-Luc Mélenchon sur Serge Dassault. On aura une idée de leur nature par ces deux articles et une vidéo :

L'admiration de Mélenchon pour Dassault, ce "grand industriel"

Vidéo Mediapart 2012 Mélenchon Dassault (Dailymotion)

Sur la partie de cette entrevue concernant les ventes du Rafale à l'Inde et le rapport aux questions de désarmement on lira avec profit Jean-Luc Mélenchon, l’habit présidentiel, l’arme nucléaire et la gauche française (Pierre Rousset)

Mélenchon et Dassault : impressions et souvenirs en rafales | Rue89

Il s'agit ici d'un "papier" de Daniel Schneidermann, datant de février 2012, dont j'extrais ces lignes résumant bien le fond du problème : "S’ensuit, entre Cohen et son invité, un assez long échange sur la sympathie personnelle entre Mélenchon et Serge Dassault. Cette sympathie vient d’être révélée par une biographie de Mélenchon. C’est notamment elle, cette sympathie, qui a poussé Mélenchon à s’abstenir, lors d’un vote au Sénat sur le point de savoir si le mandat de sénateur était compatible avec le statut d’industriel dépendant des commandes de l’Etat. Sur les raisons de cette abstention, Mélenchon, d’habitude si clair sur d’autres sujets, s’embrouille légèrement, sans que l’on comprenne bien s’il est favorable à l’incompatibilité tout en y étant opposé, ou l’inverse.

Ces sinuosités laisseront sans doute perplexes les jeunes matinautes. Mais elles rappelleront aux plus anciens la trouble inclination que nourrissaient les uns pour les autres, tout au long de la guerre froide, gaullistes et communistes, meilleurs ennemis réciproques, sur fond de nationalisme farouche et d’anti-atlantisme. Les vieilles lignes de front ont la vie dure."

En conclusion je dirais que je reviens sur ce que je jugeais et continue à juger inacceptable chez un homme de gauche prônant la rupture avec le système à un moment où, par ailleurs, et c'est bien dommage, cet homme gauchit son positionnement dans la perspective des municipales et du coup se heurte aux pesanteurs accommodantes des communistes envers le PS, un des pivots dudit système. Mais, outre que ce gauchissement ne va pas au bout de sa logique car l'indépendance affichée s'arrête au soir du premier tour électoral, il n'en reste pas moins que le républicanisme (comme la mitterandolâtrie du personnage) est enkysté dans sa vision du monde : et, malgré les piètres jongleries que montre la vidéo de l'entretien de Mediapart, en particulier la justification au nom de l'intérêt national de vendre des armes pour faire la nique aux US, ce rapport à "la France" reste, pour moi, contradictoire avec la sortie du capitalisme ou même seulement de l'ordre libéral puisque lutter contre la mondialisation assassine du national ne fait pas du national le périmètre vertueux de la libération du peuple même en VIe république. Car dans ce périmètre, même placé sous le signe fantasmé de l'universel républicain, on trouve toujours des justifications à privilégier un patron "national" (patriote !) contre son peuple, aveuglé par ses intérêts primaires, comme on trouve souvent un peuple contre lequel on pourrait par exemple faire in fine usage de l'arme nucléaire française-républicaine-universelle (voir le lien ci-dessus vers le texte de Pierre Rousset). Dassault dans tout cela ? Il ne méritait et ne mérite aucune sympathie de quiconque se réclame de la gauche anticapitaliste ou antilibérale. Donc merci à Mediapart pour le boulot même si la critique totale du personnage n'aurait pas dû attendre ce qu'il révèle . Quant à Jean Luc Mélenchon...c'est aussi aux militants de son parti et du Front de gauche de prendre le taureau par les cornes...  Il en va des possibilités qu'une vraie unité, durable et fondée hors ambiguïtés envers le supposé intérêt national, à la gauche du PS se constitue. En toute indépendance de celui-ci mais aussi de tous les Dassault nichés au coeur de la bonne république !

(1) Vu du NouvelObs : Corbeil-Essonnes : Serge Dassault convoqué comme témoin assisté

Illustration tirée de http://gaudin.ber.free.fr/Senatoriales.htm

 

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