Espagne. Le pitre en sa haine sexo-misogyne de la femme politique

Albert Boadella, hier talentueux homme de théâtre et courageux opposant au franquisme, se donne à voir aujourd'hui comme porte-parole grotesque de tout ce que l'Espagne s'autorise à faire remonter, devant le défi catalaniste, de son passé dictatorial. Et, comme "naturellement", ce mouvement régressif ne peut se passer de s'en prendre à une femme... Aux femmes...

Albert Boadella, ancien homme de théâtre iconoclaste, ancien opposant courageux au franquisme a viré, la vieillesse se confirmant être souvent un naufrage, clown assez pitoyable se revendiquant du nationalisme espagnol dans les eaux des néofranquistes de Vox et des franquisés de Ciudadanos. Tous viscéralement travaillés par la haine de l'indépendantisme catalan. Mais il y a pire que cette haine anti-indépendantiste, il y a la haine des  femmes qui osent faire de la politique... Trait typiquement facho (mais débordant largement), version franquiste.

Pour porter à son comble la débâcle politique du personnage politique qu'il est devenu, il vient ainsi de sécréter ceci sur twitter, emblématique de ce qu'est l'espagnolisme "sourcé" aux valeurs de l'Espagne éternelle comme l'incarnent la faussement moderne famille royale, les voxistes et le PP que les modernes libéraux (!) de Ciudadanos ne rechignent pas à accompagner :

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Traduction : Si dans ma jeunesse toutes les femmes avaient ressemblé à Irene Montero, je n'aurais connu aucune femme et j'aurais intégré le club dalinien du "grand masturbateur". Lire ici

Irene Montero est une dirigeante de Podemos, par ailleurs compagne de Pablo Iglesias et aucunement catalaniste. Il y a dans ce texte tout le masculinisme méprisant envers les femmes, qui ne voit en elles que l'objet sexuel pouvant satisfaire les pulsions du mec. Irene Montero femme politique, n'est pas, pour ce bouffon abject, une femme politique. Il y a une volonté de la rabaisser comme non baisable (avec d'autres de cet acabit c'est, au contraire, parce qu'elles sont baisables ! Il n'y a pas d'échappatoire pour les femmes face à de tels individus...) et antimodèle du féminin que les machos réacs trimballent. Pitoyable ce grand pourfendeur de l'indépendantisme catalan lequel, entre autres vertus est, toutes tendances confondues, un défenseur de l'égalité entre hommes et femmes et radicalement pourchasseur de ce que ce vulgaire machiste (pardon pour la redondance) éructe : l'idée que faire de la politique, circonstance aggravante, faire de la politique de gauche, détruirait la féminité, laquelle politique devrait être réservée aux mecs ! Belle leçon de choses que l'espagnolisme nous soit présenté à travers "ça".

Pour finir de manifester sa déchéance politique, Boadella a fermé son compte tweet démontrant qu'il n'est même pas capable de faire face. Le couard dans toute sa splendeur qui se cache derrière le poseur viriliste qui gratte sa braguette. Ses fans en sont réduits à le supplier de revenir sur sa décision de fuir (rappelons pour l'anecdote qu'il avait reproché à Puigdemont d'avoir fui... lâchement, la "justice" espagnole ! Laquelle, comme on le voit avec le procès de Madrid, serait juste !).

Boadella, inconscient du ridicule qu'il suscite, nous renvoie à sa jeunesse, sans voir qu'il la trahit totalement au profit d'une lamentable sénilité politique... Les vieux ont le droit de vivre leur sexualité mais ce bouffon assumé déconsidère ce droit en se "payant", pas cher évidemment, une femme politique qui vaut mille fois plus que lui (et pourtant je suis en profond désaccord avec son orientation mais je reste sur le terrain politique).

Quand un homme sort sa sexualité pour "(male)traiter" une femme, qu'elle soit au demeurant politique ou non politique, il devrait être la honte de tous les hommes ! Mais il y a en Espagne, en ce moment un air mauvais qui, à tous les étages, montre que l'heure y est à la régression vers les pires heures de son histoire... 

N'oublions pas l'essentiel : Boadella exprime jusqu'à la caricature ce que l'Espagne viriliste, portée à incandescence par Vox et compagnie, déteste viscéralement dans la magistrale poussée du féminisme espagnol contre les méchants archaïsmes qui font retour. Un féminisme qui est la pointe avancée politique, totalement, radicalement contestataire, de la résistance à la dérive extrêmedroitière qui se déploie sur le champ politique (mais aussi dans les profondeurs de la société) d'outre-Pyrénées. Irene Montero est le prétexte à régler des comptes avec ce mouvement porteur d'espoir. Il est réjouissant que, sans avoir à trop faire, par sa seule existence, il ait finalement mis en fuite celui qui ubuesquement anti-Jarry a joué à se poser en Super macho... par ailleurs hystérico-anticatalaniste drapé dans le drapeau "nationalissime" ! Il y a de ces coïncidences, non ?

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 Note : et que dire de l'usage par Boadella du mot "hembra", littéralement "femelle", qui a longtemps été utilisé dans les documents administratifs pour désigner une femme par opposition à "varón", terme élogieux pour désigner l'homme (lire ci-dessous). L'"égalité" aurait voulu que le terme masculin exactement correspondant à "hembra" soit "macho". Allez savoir pourquoi cette correspondance ne s'est pas faite ! Il n'en reste pas moins que, depuis1993, "hembra" a disparu de tous les documents administratifs, car officiellement reconnu sexiste, et qu'il se maintient dans l'usage courant chez ceux qui, comme Boadella, ont une vision des femmes quelque peu rétrograde. Surtout quand, comme ici, comme par hasard, est abordé le terrain sexuel. Irene Montero n'est pas une "femelle" mais Boadella est bien un macho. Hyperbolique macho...

Lire El término "mujer" sustituirá al de "hembra" en la partida de nacimiento

Les choses, quand il s'agit des femmes spécialement, n'étant jamais acquises, le dictionnaire espagnol de référence, le DRAE, Diccionario de la Real Academia Española, donne toujours ceci à l'entrée "Hembra :

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En 1/ Animal de sexe féminin et en 2/ Femme, en typographie grasse, (personne de sexe féminin).

Quant à "varón", nous lisons :

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1/ Personne de sexe masculin.

2/ Homme qui est arrivé à l'âge viril (cela correspondrait à quoi pour la "hembra" ?).

2/ Homme bénéficiant du respect, jouissant de l'autorité ou d'autres qualités (même question que ci-dessus).

A y être allons voir à "Macho" : au sens 6/ "Hombre en que supuestamente se hacen patentes las características consideradas propias de su sexo, especialmente la fuerza y la valentía". Soit : homme chez qui supposément sont évidentes les caractéristiques considérées propres à son sexe, spécialement la force et le courage (ce qui est signifié dans l'étymologie latine du mot mentionnée en tête). Relevons, quand même, la prudence des "supposément" et "considérées" et la mention que l'usage du mot est péjoratif... Retenons encore, au passage, qu'à Cuba (sens 13), nous dit-on, "macho" est synonyme de porc ! Bien vu les Cubain-es... Immémorialement adeptes du "balance ton macho " ?

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