Retour sur le congrès de Podemos

Cet article a été publié dans le numéro d'avril (n°86) de L' Anticapitaliste, la revue mensuelle du NPA.

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Ce que Podemos a pu : éviter la scission. Pas réorienter sa stratégie !

La préparation du second congrès de Podemos, tenu du 10 au 12 février 2017, a mis à rude épreuve les nerfs de ceux et celles qui continuent, trois ans après qu’il a fait irruption en bousculant l’échiquier politique espagnol, à mettre leur espoir dans ce parti...

Espoir de sortir de ce cycle paradoxal qui voit un régime en crise, percuté qu’il a été, et de quelle façon, par la révolte indignée de 2011 (le 15M), se survivre par défaut : défaut d’une opposition radicale au sens où elle s’attaque à la racine des choses en travaillant, à la place politique qu’elle a prise par une sorte de délégation implicite du mouvement des places de 2011 en reflux, à articuler une remobilisation des divers secteurs sociaux, contre les mesures austéritaires initiées par les gouvernements successifs de José Luis Zapatero (PSOE, socialistes) et du Parti Populaire (droite) emmené par l’actuel président du gouvernement, Mariano Rajoy.

La panne du « changement »

Le gouvernement et, pourrait-on dire, comme décroché de lui, la logique même de reproduction somnambule de l’ordre capitaliste continuent leur offensive comme si de rien n’était… Comme si Podemos n’était… Ou presque : l’existence de Podemos reste toujours une épine dans le pied (d’argile) de ce géant, le système. Celui qui, peaufiné par une Transition ayant permis, sur grosso modo une trentaine d’années, une stabilisation démocratique du postfranquisme, sans dommages pour les élites de la dictature, a bâti un bloc historique bourgeois d’alternance gauche/droite ayant conquis une hégémonie politique et culturelle, inaltérable jusqu’au 15M.

C’est à l’euphorie, souvent étalée cyniquement, des possédants n’en revenant pas d’avoir gagné aussi aisément, qu’a mis fin le double processus croisé, à l’œuvre aujourd’hui : celui de l’Indignation, certes entré en latence en 2013  mais dont l’effet de déstabilisation politique est toujours là, comme le montre la crise institutionnelle en cours d’un PP cherchant laborieusement une majorité parlementaire, et celui, en relais, nourri par le premier, de Podemos affichant au contraire, publiquement et avec éclat, ses défis. Malgré leur désynchronisation, les deux ondes de la contestation de l’ordre en place ont suffisamment pu combiner leur puissance d’impact pour casser l’outil ayant permis la consolidation du régime depuis 1978, le bipartisme.

Mais casser n’est évidemment pas construire… Mettre en crise un régime appelle une réponse politique de sortie de cette crise que, dans l’incapacité où le 15M s’est trouvé de l’apporter, Podemos, à son tour, n’a pas pu, pas su, pas voulu, en tout cas pas encore, apporter. Contredisant la sémantique de son nom (Nous Pouvons), ce qui se donne à voir comme un « No Podemos » n’est donc qu’une épine dans le pied du géant capitaliste… incapable qu’il est de rien « changer » sur le fond. La société « espagnole », devenue en peu de temps plus inégalitaire que jamais, se reproduit sur ce qui n’est plus que le souvenir évanescent du mirage longtemps prégnant de l’« ascenseur social » et de l’espoir qui l’accompagnait d’une « classe-moyennisation » élargie des couches populaires… Lire la suite

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