Espagne. Des députés prisonniers-politiques catalans au Congrès* ! Un petit tour...

Grand moment de la mise en place du nouveau Congrès des député-es, avec en vedette, d'un côté, les élus indépendantistes catalans sortis, pour 6 petites heures, de leurs geôles, et, de l'autre, les député-es néofranquistes vite lancés à chahuter courageusement les premiers ! Tout un saisissant raccourci signifiant des heures sombres que vit la démocratie espagnole !

* Sous escorte policière !

Moment inouï, capté lors de cette session parlementaire, où le chef de Vox, à gauche, a réussi à introduire dans l'hémicycle, son mentor en uniforme d'apparat.

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Merci à mon camarade Miguel pour m'avoir fourni ce cliché emblématique.

C'était jour de rentrée parlementaire à Madrid : le tout nouveau Congrès des député-es, issu de l'élection du 28 avril, s'est mis en place. Les élus "prisonniers politiques" (Oriol Junqueras, Jordi Turull, Josep Rull, Jordi Sànchez; Raúl Romeva au Sénat), extraits quelques heures de leurs geôles, ont attiré l'attention de tous. Chaleureusement accueillis par leurs camarades de parti mais aussi par des député-es d'autres partis, ils ont pris possession de leur accréditation. Ils ont accepté de prêter serment à la Constitution avec des formules diverses du type "jusqu'à obtenir la proclamation de la République catalane". Ce qui, avec le fait qu'ils se sont exprimés en catalan (les basques ont aussi fait dans leur langue), a déchaîné un chahut de Vox mais aussi du PP et Ciudadanos. Avec tentative d'obtenir l'annulation de ce serment. La nouvelle présidente, socialiste, du Congrès a refusé cette requête.

La Procureure Générale, nommée, rappelons-le, par Pedro Sánchez, a, de son côté, immédiatement après cette assermentation, demandé au Bureau du Congrès de suspendre ces élus de leur fonction en arguant de la "loi de procédure criminelle" qui, en son article 384bis, interdit qu'un prisonnier puisse exercer une fonction élective ou, plus généralement, publique. Ce qui nous ramène à l'inacceptable que constitue, depuis leur destitution en tant que responsables élus de l'Autonomie catalane jusqu'à leur emprisonnement, la "criminelle" disposition que leur inflige l'Etat espagnol.

Retenons cependant l'énorme impact politique que produisent la décision imparable d'imposer la présentation de prisonniers politiques à des élections, de les avoir fait élire et d'avoir déjoué toute tentative d'empêcher cette prise de fonction au Congrès. Toute regrettable et insupportable que soit la probable décision dudit Congrès (par inévitable convergence, sur un tel sujet, des socialistes, des droites et de l'extrême droite) de les empêcher de siéger, ayons à l'esprit qu'elle met à nu, de façon hyperbolique, l'aberration, du point de vue des droits démocratiques, dans laquelle se fourvoie le régime espagnol. Disons-le encore plus nettement, toute la démarche électorale (et qui me connaît sait que je suis tout sauf électoraliste mais il n'y a rien d'électoraliste ici) de l'indépendantisme catalan, quelles que soient les légitimes réserves qu'inspire la stratégie globale de certaines de ses principales composantes, est un succès sur toute la ligne. Y compris par la culmination démonstrative que constituera la suspension de ces élus ! Tout le monde sait ce qu'est une victoire à la Pyrrhus, Pyrrhus est espagnol !

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Séquence démocratique à l'espagnole : le républicain catalan sous le regard noir du néofranquiste monarchiste...

L'autre évènement, en forme de parachèvement politique de la journée, est constitué par l'arrivée au Congrès des 24 député-es néofranquistes de Vox : une première si l'on excepte l'éphémère députation de Blas Piñar en 1979 pour Fuerza Nueva. Ce sont ces député-es qui, très significativement, ont été en pointe dans le parasitage évoqué plus haut de la prise de fonction des indépendantistes. Tout à fait significativement aussi, ils ont ainsi fait se reconstituer, au coeur même de l'institution centrale du Régime, le "trifachisme", terme par lequel on désigne en Espagne la coalition du PP, de Ciudadanos et de Vox qui a "pris" l'Andalousie fin 2018 et qui aurait voulu rééditer le coup à cette législative générale. Raté sauf que, la séance inaugurale du Congrès de ce jour le montre, le pouvoir de nuisance de cette équipe bleu-orange-brun reste grand et le danger qu'elle représente plus encore si, comme je le pense, le nouveau gouvernement PSOE-Unidas Podemos, décevra, voire démoralisera ceux et celles qui auront misé sur la "gauche" pour recréer l'espoir que beaucoup, à défaut de tout, peut changer dans le sens des intérêts populaires y compris la satisfaction de la volonté de libérations nationales !

A lire en espagnol https://www.publico.es/politica/inicio-legislatura-seis-horas-libertad-congreso-diputados-presos.html

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