Génocide, pas génocide. La question mérite d'être posée, pour moi, en fonction de ce qui s'exprime, en contradictoire relatif, ici ou là (Peut-on, comme Mélenchon, écarter le « génocide » pour les Ouïghours ?) il y a bien génocide. L'argument selon lequel il faut avoir pu l'établir pour qu'il soit reconnu, eh bien les Ouïghours apprécieront : vu les possibilités qu'il y a d'aller en Chine pour faire ce constat, eh bien, si un jour cela devient possible, ils ne seront pas nombreux à pouvoir crier "on a gagné, on a gagné". Il y a de l'ignoble dans ce positionnement qui fait (L)fi de ce que l'on sait, malgré tout, de ce que fait le régime chinois avec ce peuple. Alors, acceptons que l'on ne sache pas tout, ce tout permettant de tamponner "génocide il y a", on n'échappera pas à devoir rendre compte qu'il y a forte suspicion au moins que oui, génocide il y a. Et faire valoir une suspicion sur le quantitatif des destructions qu'inflige le régime chinois à ce peuple, c'est déjà poser un repère sur quelque chose relevant de l'ordre du qualitatif (négatif XXL) qui, au moins, rapproche de la nécessité d'anticiper sur l'effectivité du génocide pour éviter qu'il n'aille pas jusqu'au bout ! Refuser de raisonner ainsi devant l'irrécusable qu'il y a bien un peuple en danger maximal, soit celui d'être en train de subir un processus génocidaire, c'est en fait tout aussi irrécusablement donner carte blanche au régime chinois pour y aller à fond !
Mais ce qui est peut-être le plus indécent et scandaleux c'est l'argumentation que nous sert Mélenchon pour récuser qu'il y ait génocide contre ces malheureux : les dirigeants chinois, EN REALITE (tiens donc, ça c'est du constat objectif fait alors que le génocide, y'a pas la preuve, donc circulez il n'y a presque rien à voir !), ils répriment rien que des islamistes, ces terroristes, etc. Or déjà, Rémi Castets, un politologue, spécialiste de la Chine et maître de conférences à l’université Bordeaux Montaigne rappelle dans l'article mentionné au début de ce billet "qu’il n’existe pas d’organisations islamistes de masse au Xinjiang. Les seules organisations islamistes tentant de prêcher parmi les Ouïghours sont basées à l’étranger et elles ont un impact très limité".
Mais surtout, dites un peu, vous n'avez pas déjà entendu ce recours au danger islamiste pour conditionner les esprits à accepter l'inacceptable ? Réfléchissez bien, ce ne serait pas dans un Hexagone qu'on connaît bien, que Mélenchon connaît bien ? Cette patrie des droits humains où les dirigeants font peser, de biais mais de fait, sur le tout venant des musulman.e.s, la suspicion d'être des suppôts des islamistes ? Même qu'une loi dite séparatisme codifie la chose avec toute l'hypocrisie du monde récusant ce qui s'appelle l'islamophobie pour mieux la faire entrer dans les consciences. Or Mélenchon n'a-t-il pas, à juste titre, dénoncé cet amalgame, qu'il pratique maintenant dans le cas de la situation faite par les Chinois aux Ouïghours, entre un peuple ou une population donnée et une de ses infimes fractions, justifiant ainsi qu'on le/la soumette (Monsieur l'Insoumis !) à de graves discriminations dans un cas (hexagonal) et un processus génocidaire ou pouvant s'en approcher en terres chinoises... ?
La morale de cette mauvaise histoire, c'est le doute que sème cette capacité de Mélenchon à jouer à être une girouette qui contredit à l'international (pensons aussi à son soutien de fait à Assad par exemple contre son peuple révolté et ne parlons pas de sa poutinomania) ce qu'il fait au national (la dénonciation de toute forme d'islamophobie). Doute qui pourrait faire craindre le risque que la girouette ne tourne aussi suivant le vent de telle ou telle conjoncture ou lubie du bonhomme dans ce certain Hexagone. Et cela parce que, ce qui pose au fond problème à l'international chez le dirigeant de LFI c'est qu'il accorde un primat absolu au respect dû à un Etat (et quel Etat pour ce qui concerne les Ouïghours) au détriment de celui qu'une pleine logique d'insoumission, c'est à dire révoltée assumée radicalement, autant dire révolutionnaire, devrait à tout peuple aux prises avec "son" Etat ! Alors, Mélenchon, te voir devenir dans ces conditions, chef d'Etat, oui d'Etat, comme tu y aspires au nom, martèles-tu, de l'intérêt de ton peuple (et au-delà ...jusqu'en terres oïghoures aussi ? Mais non...), te posant en ...alter ego (on traduit ?) d'un Xi Jinping, cela donne à réfléchir. Là-bas c'est toujours ici et vice-versa... quand on défend l'universel émancipateur comme tu le revendiques ... Ou non ? Alors ?