Dépoussiérage déconfinant d’archives…Esquisse d'histoire retrouvée...

Des coupures de presse faisant signe depuis un passé "révolu". Moléculaire manifestation du paradoxe benjaminien d'un passé résistant à son refoulement par les vainqueurs de l'histoire par où les héritiers des vaincus pourraient puiser une force propulsive. Permettant ainsi que s'envisage la destruction du cercle de fer fataliste d'une histoire reconduisant sans fin les dominations.

« [L’ange de l’histoire] a le visage tourné vers le passé. Où se présente à nous une chaîne d’événements, il ne voit qu’une seule et unique catastrophe, qui ne cesse d’amonceler ruines sur ruines et les jette à ses pieds. Il voudrait bien s’attarder, réveiller les morts et rassembler ce qui fut brisé. Mais du paradis souffle une tempête qui s’est prise dans ses ailes, si forte que l’ange ne les peut plus refermer. Cette tempête le pousse irrésistiblement vers l’avenir auquel il tourne le dos, cependant que, jusqu’au ciel, devant lui s’accumulent les ruines. Cette tempête est ce que nous appelons le progrès. » (Walter Benjamin, Sur le concept d'histoire)

Sur la lancée du rangement de dossiers de presse, retardé pendant des années jusqu’à ce que le confinement imposé le rende enfin possible, voire nécessaire, je tombe sur des articles de la fin des années 70, début des 80. Sans précis ordonnancement chronologique, carence de l’archiviste pressé de ce temps-là, ils semblent aujourd’hui présenter une curieuse cohérence politique. Une cohérence pouvant justifier que, sous l’égide de Benjamin, en soit extrait ceci ou cela qui, dans la saisie aléatoire que le désarchiveur leur impose (qui s’impose à lui), paraît dire quelque chose de paradoxalement « utile » aujourd’hui.

Paradoxe d’un passé qui, quoique tombé dans l’oubli qu’il fut présent, se dévoile au présent retrouvé de l’indicatif dans sa disponibilité à toujours s’ouvrir à un futur de promesses résistant à l’accumulation en cours des ruines. Paradoxe de vibrer encore à surmonter, en les regardant en face, les obstacles par lesquels la vie, quand elle s’accorde aux règles mortifères du « système », s’attache à se suicider. Paradoxe enfin, tout benjaminien, de s’assumer passé pour que le présent, ici, espérons-le, celui, immédiatement modeste, d’une lecture des lignes qui suivent, le dépasse en l’intégrant. Par où tout bon dialecticien devrait reconnaître la perche qui lui est tendue. « Irrécupérable est […] toute image du passé qui menace de disparaître avec chaque instant présent qui, en elle, ne s’est pas reconnu visé. » (Walter Benjamin)

Se reconnaître visé en 2020 par ce qui s’est dit, ici ou là, en ces années 70-80… Et qui se redisant en 2020, du moment qu’on le lit, revivifie les virtualités libertaires assoupies dans les consciences amnésiques.

[Dans ce qui suit, on m’imputera seulement d'avoir introduit, dans le choix des citations, les divers entre-crochets et surcharges noircissantes des chaînes de mots clignotantes… sortes d’ « avertisseurs d’incendie »].

Le Monde 16 novembre 1979

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« Le pari » du PS fait à Epinay « c’était que, portés par le grand projet d’un programme commun, entraînés par l’action commune, nos deux partis se transformeraient, se renouvelleraient l’un et l’autre, l’un par l’autre, en viendraient à mieux se comprendre et se délivreraient peu à peu de tous les poids morts du passé. » (Jean-Marc Colombani, Selon une brochure du Parti Socialiste, léninisme et union de la gauche sont contradictoires).

Libération 1er février 1983

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« Les privilèges ne sont plus supportables par temps de crise lorsque le « plus » des uns fait le « moins » des autres. Il faut donc redistribuer et, pour cela, remettre en cause les avantages et droits acquis des corporations. Pour la gauche, ce sera l’heure de vérité. Elle n’aura guère de problèmes avec les non-salariés qui lui sont traditionnellement hostiles. En revanche, il lui faudra le plus grand courage pour imposer au monde salarié les exigences de la solidarité, car un pouvoir est toujours tenté de sacrifier son idéologie à sa clientèle. Aujourd’hui une telle démission n’est plus permise. Contraire à la justice, elle l’est aussi à l’économie. L’accumulation des rentes ne peut que faire craquer tous les équilibres et conduire à la faillite : pour l’éviter, il faut restaurer dans leur intégrité les principes complémentaires du libéralisme et du socialisme. » (François de Closets, Le piège des privilèges).

Libération 15 décembre 1982

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« Une véritable politique de solidarité a des conséquences redoutables. La première est l’abandon au niveau du discours de ce que j’appellerai le « socialisme alimentaire », 100F de plus dans la bourse de l’ouvrier du pétrole ou dans celle de l’employé de la caisse d’épargne n’a pas la même valeur que 100F dans la bourse de l’ouvrier du textile.

Il faut avoir le courage de ne rien donner aux premiers et tout au second même si ce dernier n’est pas syndiqué et même s’il faut aider l’entreprise pour qu’elle puisse le faire. Il faut avoir le courage de dire que le statut de l’EDF par rapport à celui des salariés du commerce est un scandale. Il faut avoir le courage de ne pas se réfugier dans des paroles aussi pieuses qu’irresponsables consistant à vouloir aligner les plus pauvres sur les plus riches. Ce courage, l’opinion publique le comprend et l’accepte et si les privilégiés ne lecomprennent pas, qu’ils aillent s’en expliquer devant les plus démunis en leur exposant leur conception de la solidarité prolétarienne. » (Michel Praderie, directeur de cabinet de Jean Auroux [Ministre délégué, socialiste, chargé du Travail auprès du ministre des Affaires Sociales et de la Solidarité Nationale, le socialiste Pierre Bérégovoy, dans le gouvernement Mauroy], Michel Praderie ose dire que le statut des agents EDF est un scandale (première réaction quasi-officielle aux thèses de François de Closets, l’auteur de « Toujours plus »).

Libération 19 mai 1983

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« Une relation de plus en plus infantile à l’Etat témoigne de l’affaissement du jeu social. Ce serait en premier lieu le risque du laxisme salarial : combien de patrons achèteront la paix sociale avec la complicité explicite de certains syndicats au prix de hausses incompatibles avec les contraintes de la concurrence et qu’il faudra compenser aux frontières. Hors d’un climat concurrentiel, il faudrait aux forces sociales une dose exorbitante de civisme pour accepter la rigueur et se répéter que moins de rigueur sur l’instant condamne à encore plus de rigueur ultérieurement. » (Alain Minc, La régression protectionniste [Alain Minc est en 1983 directeur financier à Saint-Gobain dont le PDG, Roger Fauroux, est devenu, entre 1988 et 1991, ministre de l'Industrie, du Commerce extérieur et de l'Aménagement du territoire dans le gouvernement de Michel Rocard]).

Rouge 7 avril 1978

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« Au Copacabana Palace (Rio de Janeiro), Glucksmann, interviewé par la presse brésilienne, dénonce le marxisme, la Révolution française, Gramsci, mais ne dit mot de la situation au Brésil.

[…] Invité par Candido Mendes de Almeida, propriétaire de la faculté privée d’économie et de droit Candido Mendes, proche de Golbery, l’éminence grise de Geisel [dictateur de 1974 à 1979], ancien ministre de l’intérieur d’après 1964 et idéologue de la dictature militaire (dont il annonçait la politique dans un livre intitulé « Géopolitique du Brésil »), Glucksmann a été directement pris en charge par les intellectuels les plus habiles du régime, ceux qui cherchent à élargir son assise idéologique et son image de marque. Il n’a rien dit ni publié qui ait pu leur déplaire. Les attaques contre Pinochet et Brejnev ? Parfait cela montre que pour les hommes « de gauche » français (et Glucksmann se vante d’en être un), le Brésil n’est plus une dictature à dénoncer. » (Simon Ploëch, Brésil : supporter Glucksmann…).

Libération 1er juin 1979

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« La question que pose Lévy [Bernard-Henry Lévy] est une question qui, aujourd’hui, s’impose de fait : « L’horreur étant ce qu’elle est, au nom de quoi les hommes peuvent-ils, ici, maintenant, concrètement, s’y opposer et la refuser ? ». Réponse : au nom d’une exigence éthique dont le premier souffle doit être cherché chez les prophètes bibliques. Autrement dit, seul le message monothéiste judaïque peut dresser des hauts murs contre les menaces totalitaires, lesquelles ont leur commune matrice dans le paganisme et le néo-paganisme : la Bible est le livre de Résistance de notre temps. » (Robert Maggiori, L’échec de Bernard-Henri Lévy. Le chant du départ d’un aristocrate).

«  Certes B-H Lévy précise qu’il n’est pas un historien des religions mais est-ce une raison pour donner congé à toutes les recherches scientifiques sur la Bible ? D’autant que son parcours n’est pas toujours bien loyal. Pourquoi, par exemple, lui, si attentif à peser philosophies et théories (en particulier « progressistes ») au poids de cadavres qu’elles ont entraînés, passe-t-il sous silence ce passage qui ne semble pas pouvoir s’éviter s’agissant des rapports de la loi et de la mort : « Il (Moïse) leur dit : « Ainsi parle Yavhé, le Dieu d’Israël : Ceignez chacun votre épée. Circulez dans le camp, d’une porte à l’autre, et tuez, qui son frère, qui son ami, et qui son proche ! ». Les fils de Lévi exécutèrent la consigne de Moïse et, ce jour-là, environ trois mille hommes du peuple perdirent la vie » (Exode XXXII, 27-28). Que l’instauration de la « loi », après le geste éminemment libérateur de la sortie d’Egypte, se fasse dans un clapotis de sang aurait pourtant bien dû lui poser quelques questions… » (Gérard Dupuy, L’échec de Bernard-Henri Lévy. La conscience morale dans l’air du temps, un ethnocentrisme forcé).

Libération 23 mars 1979

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«  La formalisation a priori qui caractérise ce congrès [de l’université Paris VIII Vincennes : « Le nouvel ordre intérieur »] vise le public des appareils, comme on parle d’appareil conceptuel. Après tout, devenir un institut de sciences politiques de Gauche, formant les cadres politiques du Tiers-Monde (puisque Vincennes s’adresse en priorité aux étudiants d’Afrique), c’est une belle fin. N’exagérons rien : ce colloque ne dessine pas les décisions politiques que prendrait le pouvoir réel, ou le futur pouvoir de Gauche.

Mais en mettant l’accent sur la globalité théorique, il retrouve une fonction de techniciens de la théorie, d’habilleurs conceptuels pour hommes politiques, de fournisseurs de termes autorisés par la haute pensée pour servir de référence aux décideurs politiques. Certes, toutes ces têtes d’œuf n’ont aucun pouvoir, n’en influencent directement aucun – mais ils permettent au moins aux apprentis-ministres incultes de bénéficier de références prestigieuses.

Et voilà une orientation dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle diverge sérieusement d’avec les choix basistes du défunt Vincennes. » (Guy Hocquenghem, Un nouvel ordre philosophique ? Vincennes : les idéologues en voie de restructuration).

Le Monde 19-20 novembre 1978

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« Je travaille avec – pas sur – des groupes de militants, d’acteurs participant à une même lutte. Deuxièmement, comme l’action est définie par des relations sociales, je ne sonde pas les reins et les cœurs, je place ces acteurs en interaction avec des partenaires sociaux réels. Ennemis d’abord, amis ensuite.

[Le chercheur] ne se contente pas d’organiser l’auto-analyse du groupe ; il intervient. Mais comment ? Il ne peut pas être un observateur distant et froid, pas davantage se faire l’interprète des acteurs, bref, devenir un idéologue. Ce qui définit ma méthode, c’est que le chercheur représente devant les acteurs en lutte la composante analytique la plus élevée de leur action, c’est-à-dire le mouvement social. Il est, si je puis dire, le prophète du mouvement social.

[…] L’utopie, c’est une analyse d’une situation sociale en termes non sociaux, en termes à la fois du nécessaire et du désirable. Or cette idée d’un modèle global qui exclut toute analyse sociale interne me semble périmée parce que le problème n’est plus d’opposer un modèle global de société à un autre, mais de savoir quelles sont les luttes sociales qui sont présentes dans les transformations de l’activité sociale qu’impose l’environnement présent, en particulier international. » (Un entretien avec Alain Touraine : « Le moment de l’utopie s’achève »).

Le Monde 12 février 1979

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« Une idée fixe inspire cette version [du martyre du Che] : rendre le sacrifice du « Che » acceptable pour un antirévolutionnaire en le dépouillant de ses intentions et de sa signification politiques au profit de ses seuls aspects « humains ». Celui qui a incarné la résistance du tiers-monde aux impérialismes ne serait qu’un bâtard d’Espagnol et d’Irlandais, qu’un fils de bourgeois en mal de destin et humilié par son asthme chronique, jamais vraiment admis par les révoltés qu’il conseillait, rien qu’un médecin humaniste, un chrétien.

[…] Il n’est pas inintéressant de mesurer à quelles extrémités conduit la rage antirévolutionnaire de certains nihilistes bravaches qui se voudraient plus malins, innocents et nobles que tout le monde. Le libéralisme qu’ils soutiennent de leurs silences soi-disant apolitiques révèle, grâce à eux, qu’il est aussi une idée, donc une nuée, pas plus inoffensive qu’une autre, avec ses falsificateurs et ses nervis. » (Bertrand Poirot-Delpech, « Une passion pour Che Guevara », de Jean Cau. Détournement de cadavre).

Rouge 9 mars 1978

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Le PC et le PS présentent des promesses gouvernementales en s’efforçant de les rendre compatibles avec le système en place. Nous proposons des objectifs de mobilisation qui ne répondent à aucun modèle rationnel abstrait indépendamment des luttes des travailleurs eux-mêmes et de leurs formes d’organisation.

[…] Toutes les revendications pour lesquelles nous nous battons et les moyens de les garantir sont développées de façon détaillée dans le manifeste récemment publié par la LCR : « Oui, le socialisme ! ». elles convergent sur la nécessité d’exproprier les exploiteurs et de briser la machine étatique bourgeoise.

La comparaison dégage une lourde évidence face à la campagne de débauchage menée par le PCF en direction des révolutionnaires, sur le thème « Donnez vos voix, gardez vos idées » : il n’y a pas entre son programme et le nôtre des différences de quantités dues à un plus ou moins grand réalisme. Il y a bel et bien une différence de buts et de moyens. D’où il ressort la nécessité de voter en toute clarté le 12 mars pour nos réponses à ces solutions. » (Quatre-page de la LCR « Leurs programmes et le nôtre. Pour sortir de la crise, il faut rompre avec le capitalisme »).

Franc Tireur février 1982

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«  Il ne faut pas se payer de mots : la victoire du 10 mai [1981, victoire législative de la gauche et avènement d’un gouvernement d’Union de la Gauche incluant essentiellement le PS et le PC] n’a pas été le résultat d’une mobilisation profonde. La majorité des travailleurs voulait renverser Giscard et désirait une autre politique. Mais, après plusieurs années d’échecs politiques et de baisse d’intensité des luttes, elle était plus disposée à déléguer ses pouvoirs qu’à prendre ses affaires en main.

[…] La vraie question est simple : que fait le Parti Socialiste au gouvernement pour susciter un mouvement de masse qui fasse du changement par la rupture avec le capitalisme une réalité permanente ?

[…] La pratique du gouvernement a de quoi laisser perplexe. Tout se passe comme si, depuis la rentrée d’automne, lorsque le patronat dans son ensemble a commencé à crier et à cogner, les nouveaux dirigeants du pays avaient cherché à désamorcer cette fronde au prix de concessions spectaculaires. Enumérons, sans prétendre tout citer : l’impôt sur les fortunes, il faut y revenir, réduit de telle façon que son efficacité financière est on ne peut plus faible ; un accord avec Matra que beaucoup de députés socialistes ont jugé indécemment généreux ; un échange de cadeaux avec Dassault qui permet au vieillard de procéder au redéploiement de ses capitaux ; et, en règle générale, le maintien aux postes de responsabilités de l’administration d’un nombre de chevaux de retour du giscardisme qui fait sourire Michel Jobert lui-même [ministre d’un gouvernement de droite entre 1973 et 1974, il devint ministre du Commerce Extérieur du gouvernement de gauche entre 1981 et 1983].

[…] Les travailleurs doivent être mis en mesure de juger et de décider quels sacrifices ils sont prêts à accepter, au service de quels objectifs discutés par eux, par quelles mesures contrôlées par eux dans leur exécution. On ne peut en arriver là que si, à tous les échelons, de la base au sommet, une mobilisation s’effectue pour débattre et trancher. » (Denis Berger, Mort rose et morosité. La lassitude est-elle parmi nous ?).

 Mots d'aujourd'hui interrogeant ce qui, en ce présent, se joue d'un passé s'actualisant sans toutefois trouver l'ouverture démocratique et sociale

"Le président de la République a voulu la Révolution comme l'indique son programme politique, réveillant un passé qui déborde l'actualité pour s'imposer de nouveau comme un possible horizon du futur. Emmanuel Macron a remis au centre du présent la Révolution. Tant mieux ou tant pis, ce n'est pas le problème de l'historien. En revanche, en plaçant la Révolution à l'ordre du jour, sa conception de la Révolution, cela s'entend, le jeune homme victorieux par surprise, en 2017, a réveillé toutes les histoires et toutes les mémoires des Révolutions, redonnant aux historiens de toutes les ruptures et fractures passées un nouveau rôle interprétatif. A eux de l'assumer, à commencer par ceux de la décennie 1789-1799 qui doivent bien constater que la Révolution n'est pas terminée. Puisque, chaque jour, la République souffre du fait que tous ses enfants ne naissent pas libres et égaux en droits, puisque, chaque jour, les inégalités sociales qui constituent la seconde phrase méconnue de la déclaration des droits du 26 août 1789 ("Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune") ne cessent de se creuser. Ces inégalités sans cesse plus importantes déchirent le tissu de la démocratie, lacèrent le drapeau de l'unité républicaine, réduisent en lambeaux le manteau de ce qui fut le rêve de 1789 puis de 1792, lorsque la République fut fondée et les grandes lois sociales de protection furent votées par les députés de la Convention.

 […] Le jeune homme brillant a laissé la place à une figure plus ridée, déjà vieillie pour qui l'observe attentivement. La tâche doit être écrasante mais il se l'est imposée lui-même. Est-il un bouclier, comme il le prétend, contre la vague brune ? Ou bien un acteur participant à cette déstabilisation, jouant du vide de la gauche et de la droite traditionnelle pour mieux tenir son pouvoir et l'étendre, confortant ses prérogatives, jouant à merveille des simplifications : ou lui ou le fascisme nouveau et sa tsarine bleu marine, ou lui ou l'anarchie d'un populisme de gauche au travers de celui qu'il laisse présenter en Chávez français ?" (Pierre Serna, L'extrême centre ou le poison français (1789-2019), L'Esprit Libre, Champ Vallon, 2019, p12 et pp14-15)

Par-delà une anecdotique désarchivation d'articles ou de pertinents rappels historiens, l'enjeu est et reste l'appropriation sociale de tout ce qui se révèle de l'actualité d'un passé permettant d'aider le présent à baliser, en critique et autocritique, le commencement d'un chemin se transmutant en  futur d'émancipation maîtrisée. En rupture donc avec les écueils, de plus en plus menaçants, des barbares frères jumeaux libéraux autoritaires et fascistes, tout en neutralisant tout retour du refoulé de la barbarie "communiste" anticommuniste.

Tant il est vrai qu'il ne s'agit pas seulement d'interpréter le passé mais, à sa lumière comme à ses obscurités, de transformer d'urgence le présent ...

A suivre. Peut-être... 

Antoine

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