Antoine (Montpellier)
Abonné·e de Mediapart

1001 Billets

1 Éditions

Billet de blog 24 août 2019

Hier, aujourd'hui, la Catalogne, ce carrefour des libertés...

Février 1939 : ils sont des milliers à franchir les Pyrénées catalanes pour échapper aux franquistes qui sont en train de gagner la Guerre Civile. Août 2019 : on célèbre la participation en première ligne de certains de ces exilés à la Libération de Paris. Ils étaient Républicains. Aujourd'hui la Catalogne est la pointe avancée de la revendication républicaine. Rien à voir ?

Antoine (Montpellier)
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Espagne d'hier, Espagne d'aujourd'hui, le retour des vents mauvais.

Cliquer ici

Des Espagnols antifranquistes (certains seulement non-franquistes ce qui, de toute façon, mettait la vie en péril !) nous dit l'article, oui, ils étaient de la Castille mais aussi du Pays Basque, de l'Aragon, de l'Andalousie... Aussi de la Catalogne où s'était produite la bataille de la dernière chance sur le fleuve Ebre. Ce fut une défaite et la Retirada (la retraite ou exode) des républicains (civils et combattants, dont de nombreuses femmes) se fit par la frontière catalane.

Un symbole à méditer, ces Espagnols de toutes les régions d'Espagne (certains combattants de divers pays du monde) se concentrèrent dans ce qui était, pour peu de temps encore, la République. Ces Espagnols et autres internationalistes étrangers étaient surtout Républicains, les derniers résistants au franquisme. Et nombre d'entre eux/elles continuèrent le combat en France contre le nazisme jusqu'à participer décisivement à la libération de Paris !

Aujourd'hui, il n'y a pas de hasard, cette même Catalogne du combat perdu est le foyer le plus déterminé des partisans de la République et elle se heurte dans sa volonté d'autodétermination à un régime espagnol(iste) qui est l'héritier par Transition de la dictature. En sa forme monarchique parlementaire, il n'a jamais subi le test le validant en tant que tel, autant dire démocratiquement. C'est une démocratie qui s'est économisé de consulter... démocratiquement le bon peuple sur la forme qu'elle devait adopter. Et pour cause (1).

Cette démocratie monarchique n'a longtemps pas eu à abattre ses cartes "franquistes" directement conservées dans les caves (et les égouts : lire ici) de son appareil répressif (article 155, tribunaux, police, barbouzes...). Or avec la crise de 2008 qui a fait exploser le mythe consensuel du miracle économique et social de l'Espagne, et ses conséquences politico-sociales que furent la crise indignée (et des Marées) de 2011 et la crise territoriale-nationale en Catalogne de 2012-2017, l'appareil répressif gardé en réserve est apparu au grand jour pour suppléer les défaillances de l'Etat né illégitimement : criminalisation des mouvements sociaux par la loi Bâillon et répression policière et judiciaire de l'indépendantisme catalan (le verdict du maxiprocès des dirigeants catalanistes ne devrait plus tarder à tomber).

L'apparition sur les écrans télé du roi, le surlendemain du référendum catalan du 1er octobre 2017, appelant à réprimer sans concession les partisans de la République de Catalogne a renoué le fil rouge de la "guerre" entre une monarchie illégitime et des républicains porteurs de la légitimité démocratique. A chacun son héritage enfin ouvertement assumé : aujourd'hui la lutte catalane pour l'autodétermination est la pleine continuation du combat de ces républicains qui passèrent la frontière en 1939 cherchant à échapper au massacreur qui avait intronisé successeur celui qui finit à la tête de l'Etat "démocratique" ! Et cela quoi que l'on pense de l'indépendance car la question démocratique de base se situe en amont : c'est le vote, en l'occurrence, un référendum en bonne et due forme, que refuse le gouvernement espagnol (de droite comme de gauche) qui doit trancher ce que veut le peuple catalan. Ce référendum "constituant" que les héritiers de Franco se sont bien gardés de convoquer en 1978 et qu'en bonne logique politique, enfin révélée au grand jour, ils combattent férocement aujourd'hui en Catalogne ! Car si l'Espagne n'est évidemment plus franquiste, elle ne s'est pas défranquisée sur des pans étatiques essentiels : en quoi elle participe, avec son histoire spécifique (la Guerre Civile, le franquisme et le refus de la rupture franche que fut la Transition), de la tentation toujours plus autoritaire qui travaille les démocraties européennes confrontées elles aussi aux mécontentements des peuples... Avec la tentative aussi de manipuler et de faire dévier ces mécontentements et ces colères vers la préservation du pouvoir des "illégitimes" : qui en criant haro sur le Catalan égoïste-sécessionniste, qui sur le migrant graine de terroriste (2).

1939-2019 : un passé qui n'est pas vraiment passé et qui hypothèque le présent... La Catalogne est un des fronts avancés d'une lutte qui tarde à prendre corps et à s'élargir et qui, pour cette raison, devrait bénéficier d'un appui international puissant !

(1) Document. La Monarchie espagnole incluse en fraude dans le vote de la Constitution...

(2) La Généralité de Catalogne a proposé ses ports pour recevoir l'Open Arms (catalan !) et les migrants qu'il a recueillis dans l'instant même où le gouvernement (socialiste) espagnol s'est résolu à prendre sa part d'accueil (sic), après avoir longtemps refusé de le faire et avoir essuyé de multiples critiques indignées. Mais, cerise sur le gâteau du méchant régime espagnol, Pedro Sánchez a demandé à la justice espagnole de poursuivre l'Open Arms pour aide illégale en haute mer !

Le dessin de ce jour, que je vous joins ci-dessous, paru sur le site de eldiario.es, est, à ce propos particulièrement éclairant sur la nature du régime espagnol. Le chapeau dit : "Le gouvernement n'écarte pas l'idée d'infliger une amende à l'Open Arms pour avoir porté secours à des migrants". Je traduis aussi les propos du nazi qui offre ses services aux très socialistes président du gouvernement Pedro Sánchez et vice-présidente Carmen Calvo : "Et pour aider à les noyer vous offrez quelque chose comme une subvention?"

Cliquer ici

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Écologie politique : ce qui a changé en 2022
Les élections nationales ont mis à l’épreuve la stratégie d’autonomie des écologistes vis-à-vis de la « vieille gauche ». Quel dispositif pour la bifurcation écologique, comment convaincre l'électorat : un débat entre David Cormand, Maxime Combes et Claire Lejeune.  
par Mathieu Dejean et Fabien Escalona
Journal — Politique
Personnel et notes de frais : les dossiers de la députée macroniste Claire Pitollat
Dix-neuf collaborateurs en cinq ans, des accusations de harcèlement et des dépenses personnelles facturées à l’Assemblée : le mandat de la députée du sud de Marseille, candidate à sa réélection, n’a pas été sans accrocs. Notre partenaire Marsactu a mené l’enquête.
par Jean-Marie Leforestier et Violette Artaud (Marsactu)
Journal
En France, le difficile chemin de l’afroféminisme
Dans les années 2010, le mouvement afroféministe, destiné aux femmes noires, a connu en France un certain engouement. Il a même réussi à imposer certaines notions dans les débats militants, mais il peine à se constituer comme un courant à part entière.
par Christelle Murhula
Journal
Orange : la journée des coups fourrés
Redoutant une assemblée générale plus problématique que prévu, la direction du groupe a fait pression sur l’actionnariat salarié pour qu’il revienne sur son refus de changement de statuts, afin de faire front commun pour imposer la présidence de Jacques Aschenbroich. Au mépris de toutes les règles de gouvernance et avec l’appui, comme chez Engie, de la CFDT.
par Martine Orange

La sélection du Club

Billet de blog
Rapport Meadows 9 : la crise annoncée des matières premières
La fabrication de nos objets « high tech » nécessite de plus en plus de ressources minières rares, qu'il faudra extraire avec de moins en moins d'énergie disponible, comme nous l'a rappelé le précédent entretien avec Matthieu Auzanneau. Aujourd'hui, c'est Philippe Bihouix, un expert des questions minières, qui répond aux questions d'Audrey Boehly.
par Pierre Sassier
Billet de blog
L'effondrement de l'écologie de marché
Pourquoi ce hiatus entre la prise de conscience (trop lente mais réelle tout de même) de la nécessité d’une transformation écologique du modèle productif et consumériste et la perte de vitesse de l’écologie politique façon EELV ?
par jmharribey
Billet de blog
Reculer les limites écologiques de la croissance…ou celles du déni ?
« À partir d’un exemple, vous montrerez que l’innovation peut aider à reculer les limites écologiques de la croissance ». L' Atécopol et Enseignant·es pour la planète analysent ce sujet du bac SES, qui montre l’inadéquation de l’enseignement des crises environnementales, et les biais de programmes empêchant de penser la sobriété et la sortie d’un modèle croissantiste et productiviste.
par Atelier d'Ecologie Politique de Toulouse
Billet d’édition
Pour une alimentation simple et saine sans agro-industrie
Depuis plusieurs décennies, les industries agro-alimentaires devenues des multinationales qui se placent au-dessus des lois de chaque gouvernement, n’ont eu de cesse pour vendre leurs produits de lancer des campagnes de communication aux mensonges décomplexés au plus grand mépris de la santé et du bien-être de leurs consommateurs.
par Cédric Lépine