Hier, aujourd'hui, la Catalogne, ce carrefour des libertés...

Février 1939 : ils sont des milliers à franchir les Pyrénées catalanes pour échapper aux franquistes qui sont en train de gagner la Guerre Civile. Août 2019 : on célèbre la participation en première ligne de certains de ces exilés à la Libération de Paris. Ils étaient Républicains. Aujourd'hui la Catalogne est la pointe avancée de la revendication républicaine. Rien à voir ?

Espagne d'hier, Espagne d'aujourd'hui, le retour des vents mauvais.

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Des Espagnols antifranquistes (certains seulement non-franquistes ce qui, de toute façon, mettait la vie en péril !) nous dit l'article, oui, ils étaient de la Castille mais aussi du Pays Basque, de l'Aragon, de l'Andalousie... Aussi de la Catalogne où s'était produite la bataille de la dernière chance sur le fleuve Ebre. Ce fut une défaite et la Retirada (la retraite ou exode) des républicains (civils et combattants, dont de nombreuses femmes) se fit par la frontière catalane.

Un symbole à méditer, ces Espagnols de toutes les régions d'Espagne (certains combattants de divers pays du monde) se concentrèrent dans ce qui était, pour peu de temps encore, la République. Ces Espagnols et autres internationalistes étrangers étaient surtout Républicains, les derniers résistants au franquisme. Et nombre d'entre eux/elles continuèrent le combat en France contre le nazisme jusqu'à participer décisivement à la libération de Paris !

Aujourd'hui, il n'y a pas de hasard, cette même Catalogne du combat perdu est le foyer le plus déterminé des partisans de la République et elle se heurte dans sa volonté d'autodétermination à un régime espagnol(iste) qui est l'héritier par Transition de la dictature. En sa forme monarchique parlementaire, il n'a jamais subi le test le validant en tant que tel, autant dire démocratiquement. C'est une démocratie qui s'est économisé de consulter... démocratiquement le bon peuple sur la forme qu'elle devait adopter. Et pour cause (1).

Cette démocratie monarchique n'a longtemps pas eu à abattre ses cartes "franquistes" directement conservées dans les caves (et les égouts : lire ici) de son appareil répressif (article 155, tribunaux, police, barbouzes...). Or avec la crise de 2008 qui a fait exploser le mythe consensuel du miracle économique et social de l'Espagne, et ses conséquences politico-sociales que furent la crise indignée (et des Marées) de 2011 et la crise territoriale-nationale en Catalogne de 2012-2017, l'appareil répressif gardé en réserve est apparu au grand jour pour suppléer les défaillances de l'Etat né illégitimement : criminalisation des mouvements sociaux par la loi Bâillon et répression policière et judiciaire de l'indépendantisme catalan (le verdict du maxiprocès des dirigeants catalanistes ne devrait plus tarder à tomber).

L'apparition sur les écrans télé du roi, le surlendemain du référendum catalan du 1er octobre 2017, appelant à réprimer sans concession les partisans de la République de Catalogne a renoué le fil rouge de la "guerre" entre une monarchie illégitime et des républicains porteurs de la légitimité démocratique. A chacun son héritage enfin ouvertement assumé : aujourd'hui la lutte catalane pour l'autodétermination est la pleine continuation du combat de ces républicains qui passèrent la frontière en 1939 cherchant à échapper au massacreur qui avait intronisé successeur celui qui finit à la tête de l'Etat "démocratique" ! Et cela quoi que l'on pense de l'indépendance car la question démocratique de base se situe en amont : c'est le vote, en l'occurrence, un référendum en bonne et due forme, que refuse le gouvernement espagnol (de droite comme de gauche) qui doit trancher ce que veut le peuple catalan. Ce référendum "constituant" que les héritiers de Franco se sont bien gardés de convoquer en 1978 et qu'en bonne logique politique, enfin révélée au grand jour, ils combattent férocement aujourd'hui en Catalogne ! Car si l'Espagne n'est évidemment plus franquiste, elle ne s'est pas défranquisée sur des pans étatiques essentiels : en quoi elle participe, avec son histoire spécifique (la Guerre Civile, le franquisme et le refus de la rupture franche que fut la Transition), de la tentation toujours plus autoritaire qui travaille les démocraties européennes confrontées elles aussi aux mécontentements des peuples... Avec la tentative aussi de manipuler et de faire dévier ces mécontentements et ces colères vers la préservation du pouvoir des "illégitimes" : qui en criant haro sur le Catalan égoïste-sécessionniste, qui sur le migrant graine de terroriste (2).

1939-2019 : un passé qui n'est pas vraiment passé et qui hypothèque le présent... La Catalogne est un des fronts avancés d'une lutte qui tarde à prendre corps et à s'élargir et qui, pour cette raison, devrait bénéficier d'un appui international puissant !

(1) Document. La Monarchie espagnole incluse en fraude dans le vote de la Constitution...

(2) La Généralité de Catalogne a proposé ses ports pour recevoir l'Open Arms (catalan !) et les migrants qu'il a recueillis dans l'instant même où le gouvernement (socialiste) espagnol s'est résolu à prendre sa part d'accueil (sic), après avoir longtemps refusé de le faire et avoir essuyé de multiples critiques indignées. Mais, cerise sur le gâteau du méchant régime espagnol, Pedro Sánchez a demandé à la justice espagnole de poursuivre l'Open Arms pour aide illégale en haute mer !

Le dessin de ce jour, que je vous joins ci-dessous, paru sur le site de eldiario.es, est, à ce propos particulièrement éclairant sur la nature du régime espagnol. Le chapeau dit : "Le gouvernement n'écarte pas l'idée d'infliger une amende à l'Open Arms pour avoir porté secours à des migrants". Je traduis aussi les propos du nazi qui offre ses services aux très socialistes président du gouvernement Pedro Sánchez et vice-présidente Carmen Calvo : "Et pour aider à les noyer vous offrez quelque chose comme une subvention?"

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