Catalogne sud. Le référendum, un redoutable défi pour la "gauche radicale" catalane

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Les Communs est le nom courant de Catalogne en Commun [Catalunya en Comú] qui s’est créé l’an dernier, à l’échelle de la Catalogne sud, comme prolongement de l’action menée par le groupe politique Barcelone en Commun [Barcelona en Comú] et ayant culminé avec la conquête, sans majorité absolue, de la mairie de Barcelone en 2015. Sa principale figure est Ada Colau, devenue maire de la ville et qui s’était fait connaître à la tête de la très remuante PAH, la Plateforme des Personnes touchées par la crise des Hypothèques, principalement orientée à mobiliser contre les expulsions de logements générées par cette crise.

Les Communs se sont constitués comme une coalition qui inclut, outre Barcelone en Commun, deux groupes catalans proche, pour l’un, issu, pour l’autre, de Gauche Unie [Izquierda Unida (IU), sorte de Front de gauche espagnol], et des militants du parti écologiste Equo et de Podem Catalogne [Podem Catalunya]. Celui-ci, la déclinaison catalane de Podemos, a refusé d’intégrer Catalogne en Commun, en tant que parti, ce qui participe d’une grave crise dans ses relations avec la direction générale de Podemos.

Ayant inclus la revendication d’un référendum « souverainiste » mais négocié avec l’Etat espagnol dans la perspective de la reconnaissance de la plurinationalité de celui-ci, les Communs affirment légitime, en tant qu’acte de mobilisation, la consultation du 1er octobre sur la revendication d’indépendance ratifiée par le Parlement catalan mais ne la considèrent pas comme un référendum avec les effets politiques induits pouvant déboucher sur une proclamation d‘indépendance. Les militant.e.s de Catalogne en Commun ont approuvé, dans la consultation interne organisée entre le 12 et le 14 septembre, à près de 60%, la position de leur direction de participer au vote le 1er octobre mais seulement en tant que « mobilisation ».

José María Antentas est professeur de sociologie de l’Université Autonome de Barcelone (UAB) et membre du Conseil Consultatif de Viento Sur. Il est l’auteur de nombreux articles traduits et publiés par Contretemps. Cet article a été publié le 11 septembre 2017 par la revue Viento Sur.

Extrait

Les mobilisations sociales ont en général des conséquences contradictoires et les leçons que les masses en tirent ne sont pas univoques. Le potentiel de l’indépendantisme en tant que processus générateur d’une conscience de lutte et d’organisation collective est ambivalent à cause de sa particulière combinaison d’impulsion par le bas et par le haut ainsi que de mouvement social et de mouvement institutionnel. La désobéissance sociale et institutionnelle vis-à-vis de l’Etat espagnol favorise une culture de la lutte mais peut facilement déboucher sur des applaudissements adressés aux Mossos de Esquadra [la police de l’Autonomie catalane]. La résistance aux autorités espagnoles peut impliquer une surlégitimation de la classe politique catalane qui, à la différence de ses alter ego européens plongés jusqu’au cou dans l’austérité sans fin et la médiocrité sans limites, possède un récit et, peut-être, un projet. La mobilisation sociale, c’est de notoriété publique, est en général épisodique et il est probable que la très grande majorité de ceux et celles qui ont participé aux manifestations indépendantistes se démobilisent fortement dans le cas d’une victoire et retournent à la privatisation de leur vie quotidienne. Il est également clair que le bloc social qui s’implique dans le processus ouvert en 2012 penche fondamentalement du côté des classes moyennes, des jeunes et des jeunes adultes.

Mais, malgré toutes ces limites et ambiguïtés, l’impact d’une victoire ou d’une défaite sera indéniablement très différent sur la société catalane du futur. Si la leçon tirée du processus indépendantiste est un « oui on peut », la participation, l’implication et la mobilisation sociale en seront revalorisées et auront plus de poids dans la culture politique du pays. Si l’aventure indépendantiste finit par se résumer à un sinistre « on ne peut pas », ce sont l’apathie et le scepticisme qui marqueront des points. Le processus de l’indépendantisme peut déposer dans les esprits de l’empowerment[17] tout comme des bribes de désillusion. Lutter et gagner ou lutter et perdre. Quoi que l’on pense du projet indépendantiste, selon que ce soit l’une ou l’autre de ces expériences différentes que la société catalane vivra, c’est son rapport à l’action collective qui s’en trouvera marqué. Il est vraiment paradoxal que ce genre de considérations soit clairement absent dans une formation politique telle que Catalogne en Commun qui défend dans ses textes l’importance des mouvements sociaux pour toute stratégie du changement et qui comprend un large éventail de dirigeant-es ayant eu, dans leurs toujours plus éloignées vies antérieures, une forte culture et une forte implication d’acteurs sociaux.

L'intégralité du texte sur le site de Contretemps

 

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