Par Suso de Toro (1)
Des agents de la Police nationale le 1er octobre 2017, jour du référendum d'autodétermination
Quand on parle en Catalogne avec des personnes honorables et pacifiques qui, sans n'avoir commis aucun délit, vivent en sachant que leurs courriers électroniques et leurs appels téléphoniques sont enregistrés, sans la moindre saisine judiciaire, qu'à tout moment ils peuvent être accusés et jugés et que celui qui ordonne cette surveillance est leur ennemi politique, on comprend que ces personnes sont en butte à la persécution d'un Etat policier.
Quand rien moins que des juges du Tribunal Suprême reconnaissent qu'ils maintiennent en prison préventive, sans preuves, des personnes qui sont transférées dans des prisons éloignées de leurs terres, éloignées de leurs maisons, toutes choses qui ne peuvent poursuivre d'autre but que d'humilier, il paraît évident que nous ne sommes pas dans un Etat de droit et que l'action de la Justice est partie prenante de celle de la police, elle-même au service du Gouvernement.
Quand le Ministère Public lève les obstacles au Gouvernement pour que ses délits restent impunis et quand il agit comme fer de lance d'une stratégie partidaire contre des responsables gouvernementaux démocratiquement élus, il confirme ce rôle policier de la Justice.
Quand est votée la "Loi Bäillon" pour que les citoyens deviennent des suspects et soient d'avance coupables, pour que les actions de la police ne soient pas soumises à un contrôle et soient impunies, l'explication en est que le pouvoir qui s'exerce sur la population n'est pas démocratique mais policier. Nous sommes tous, dans cette Espagne, coupables d'avance tant que nous ne parvenons pas à démontrer que nous sommes innocents.
Quand le CNI [Centre National d'Intelligence] lui-même, le service d'espionnage de l'Etat, reconnaît que l'imam de Ripoll était un de ses collaborateurs et que le "major" des Mossos [la police catalane], qui ont tué ou détenu les terroristes qui avaient assassiné 15 personnes à Barcelone et à Cambrills dans des attentats organisés par ce collaborateur de l'Etat, quand donc ce "major" est jugé un 23 février sur la base d'accusations portées par un colonel de la Garde Civile qui s'était joint au coup d'Etat d'un autre 23 février [1981], eh bien c'est le signe que l'idée de justice en Espagne est une vaste plaisanterie. Et quand ce colonel est promu général en reconnaissance pour la violence qu'il a déchaînée contre la population civile qui n'était armée que de bulletins de vote, eh bien c'est le signe que cette vaste plaisanterie prend la forme du foutage de gueule agrémenté d'éclats de rire de l'Etat à notre endroit.
Toutes ces régressions, comme la disparition des libertés en Espagne, ont été mises au jour dans leur pleine évidence grâce à la rébellion civique de la société catalane mais elles étaient déjà en marche comme s'il s'agissait de faits isolés se produisant ici ou là, avec l'application de la violence juridique et policière à des personnes qui, individuellement ou collectivement, défendent leurs droits. Et cela continue et continuera tant qu'il n'y aura pas une rupture politique avec le franquisme, tant que n'entrera pas en crise ce régime qu'est l'Etat franquiste réformé, depuis son sommet jusqu'au dernier de ses policiers.
La complicité avec le gouvernement des deux autres partis [que le PP, à savoir le PSOE et Ciudadanos] qui ont approuvé la suspension des garanties démocratiques sur le territoire catalan à travers une interprétation biaisée de l'article 155 de la Constitution, une manoeuvre soutenue unanimement par le pouvoir financier et tous leurs moyens de communication, le fait que la population espagnole n'ait pas accès à une information et une expression libres et plurielles, ne font que confirmer qu'actuellement le Royaume d'Espagne n'est pas une démocratie.
L'interprétation, faite par le Tribunal Constitutionnel et le Tribunal Suprême, de la Constitution en vigueur et l'établissement d'une jurisprudence définitive sur la limitation de nos libertés sont la confirmation que le seul chemin permettant la préservation des libertés en Espagne passe par la rupture avec ce régime.
La question n'est pas qu'il s'agisse d'un gouvernement arbitraire de voleurs, cela en est un, mais d'un Etat qui, outre qu'il est corrompu, est fondé sur l'immoralité et le pouvoir de la force. Et les citoyens se retrouvent seuls. Nous sommes tous sous surveillance, et sommes dans l'attente qu'il y ait en Europe une partie de la population qui ne se borne pas à constater que le franquisme continue par d'autres moyens mais qu'elle nous appuie.
(1) Nous avons traduit et publié de cet écrivain Un portrait au vitriol de l' Espagne qui agresse la Catalogne...
(2) Voir document Qui est en réalité le responsable de la répression policière en Catalogne ? ci-dessous
Le texte original en espagnol : Estado policial, ya está siendo (eldiario.es)
Traduction Antoine Rabadan
Le Congrès des députés pris en otage le 23 février 1981 par le lieutenant colonel Antonio Tejero
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Le colonel responsable des opérations policières le 1er octobre, jour du référendum d'autodétermination catalan, a été promu général
Il a déclaré devant le juge en charge des événements liés au référendum qu'il n'y avait pas eu de violences policières ce jour-là. Selon ses propres termes : "il n'y a eu que des actions de police visant à faire respecter le mandat judiciaire". Lire l'intégralité de l'article en espagnol
"Le 1er octobre il n'y a pas eu de violences policières"
Qui est en réalité le responsable de la répression policière en Catalogne ?
Extraits
Son nom Diego Pérez de los Cobos.
Ce nom me disait quelque chose qui remontait à une époque très obscure et lointaine. J'ai cherché sur internet et j'ai trouvé quelque chose qui présente une certaine incertitude : Diego Pérez de los Cobos, vêtu d'une chemise bleue avec laquelle s'affichent les militants de la Falange, s'était présenté dans une caserne de la Garde Civile de Yecla pour appuyer l'insurrection militaire emmenée par le colonel Antonio Tejero Molina [le 23 février 1981]. J'insiste, il existe deux versions de ce fait : l'une lui attribue cet acte, l'autre, l'attribue à quelqu'un qui porterait le même nom que lui. Je penche pour la première. Pourquoi ? Tout simplement parce que ni l'intéressé ni personne d'autre ne l'a démentie.
A première vue, ceux qui aujourd'hui continuent à défendre à tout crin la Constitution devraient savoir (beaucoup le savent certainement) qu'il y a 40 ans, il fut l'un des acteurs indirects du Coup d'Etat qui visait à dynamiter précisément cette même Constitution et, ainsi, à essayer de prolonger la dictature franquiste. Si cet individu avait vu ses intentions couronnées de succès, non seulement les Catalans mais aussi les Andalous, les Valenciens, les Galiciens, également les Madrilènes, n'auraient pas la possibilité de voter. Et ne parlons pas de nous, les Basques.
Il se trouve qu'aussi Pérez de los Cobos (que certains voyaient déjà succéder au colonel Galindo, inculpé et emprisonné pour appartenance aux paramilitaires Groupes Antiterroristes de Libération (GAL) responsables de l'assassinat de militants basques) avait été accusé en 1992 de tortures sur un détenu basque (Kepa Urra).
Avant d'être envoyé à l'hôpital pour une arythmie cardiaque et des dizaines de blessures, hématomes et lésions sur le cou, ce militant de l'ETA était resté seul à seul, dans une cache de l'ETA, avec notre homme et un second larron.
Il fut cependant disculpé alors que trois autres Gardes Civils furent condamnés mais finalement amnistiés par le Gouvernement du Parti Populaire avant que le Tribunal Suprême n'annule, en bonne et due forme, les condamnations. Lire l'intégralité du billet en espagnol
Quelques lectures
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