Jean-Luc Mélenchon revient sur son séjour à La Réunion


 

Comme promis, je reproduis ci-dessous les extraits du texte où JLM analyse le sens et la portée de ce séjour. On trouvera en fin de page le lien donnant accès à l'ensemble du texte.

Dans la continuité des critiques que j'avais émises sur ce voyage (1) voici ce que m'inspirent ces lignes.

Il y a ici un recours, peu habituel chez JLM, à l'euphémisme pour aborder les questions dérangeantes, en particulier la rencontre avec Paul Vergés. Loin du tonitruant et désormais célèbre "Je suis le bruit et la fureur, le tumulte et le fracas" (2) qui ouvrait une rude mise en garde envers les coalitions opportunistes et sectaires de la gauche ciblant les candidats du FdG aux cantonales, JLM se laisse en effet aller, pour reprendre un vocabulaire qu'il affectionne, à tortiller du derrière en écrivant par exemple "Cette violence sectaire [des opposants à Vergès] permet de comprendre du coup la difficulté pour constituer un bloc majoritaire autour de la gauche ici. Et donc les arrangements déroutants auxquels il faut recourir pour repousser l’UMP." Relisons bien : JLM n'est plus ici dans son si caractéristique registre de l’imprécation, il est en compréhension envers les "arrangements déroutants" d'un Paul Vergés qui n'hésite pas, après les avoir bousculés, à s'unir avec les socialistes et même avec des secteurs de la droite.Le « tous contre la droite UMP » peut donc se comprendre, selon JLM, et déboucher sur des unions déroutantes. Incontestablement il y a, chez notre homme, des façons de parler et de penser qui virent de bord dès qu'il met le cap vers l'Outre-mer !

Et la question que cela peut légitimement susciter c'est : "n'y aura-t-il pas des situations, dans les toutes prochaines années et à une autre échelle que La Réunion, où le FdG pourrait envisager de faire un "arrangement déroutant" pour créer, comme fait Paul Vergés dans son île, une coalition de gouvernement avec le PS ou soutenant un gouvernement socialiste afin de "repousser" la droite ?".Surtout avec le précédent des arrangements qui actuellement, dans les collectivités locales, "déroutent" (au sens premier du mot) le FdG de ses proclamations d'indépendance vis-à-vis du PS.

On pourra me rétorquer que JLM précise immédiatement qu'il n'approuve pas vraiment "cela", c'est-à-dire lesdits "arrangements déroutants" pratiqués à La Réunion, mais lisons bien ce qui s'apparente à la figure rhétorique de la litote : "Je ne dis pas que cela me convienne". JLM ne nous avait décidément pas habitués à ces contorsions conciliatrices par la négative pour éviter d'avoir à dire que "tout simplement" un Paul Vergés dérogeait à son schéma analytique habituel pourtant dépourvu de compréhension pour les combinaisons politicardes ! Le fin mot de l'histoire étant que notre champion du parler radicalement vrai escompte un soutien à sa candidature pour la présidentielle de 2012 du dirigeant communiste de l'île : " Je suis sans illusion sur les motifs qui conduiront où non le PCR à décider de prendre place ou non dans le rassemblement que propose le Front de Gauche." Ce sera donc dit, malgré les compromissions politiques du PCR, on l'incite à passer au FdG.Mais voilà, Paul Vergès hésite... et de quelle façon (3) !

De l'euphémisme à la litote, JLM en vient même à pratiquer une humilité, là aussi assez ...déroutante pour qui connaît le bonhomme, envers celui à qui, il est vrai, il a décerné le brevet de « maitre à penser » : "Je veux faire mieux que de donner des leçons", "On pense ce que l’on veut de Paul Vergès sauf qu’il n’y aurait pas à apprendre de lui.". « On pense ce que l’on veut… sauf que » voilà peut-être la formule la plus significative de tout ce texte et, au fond, de tout ce voyage à La Réunion, et qui doit nous faire réfléchir, tous ceux qui voulons créer une union de la gauche radicale qui assume que la rupture avec le PS est un incontournable de sa radicalité : JLM sait mettre de l’eau dans son vin suivant les circonstances. Et les circonstances font souvent les orientations quoi que l’on ait dit et quoi que l’on dise !

Nous savions déjà que JLM n’avait jamais tiré un vrai bilan de sa participation au gouvernement calamiteux de Lionel Jospin. Nous savions qu’il considère comme un maître à penser (un autre !), et à faire de la politique, l’artisan du virage à droite de la gauche (François Mitterrand). Nous avons maintenant la confirmation, depuis La Réunion que, contrairement à ce que peut dire Clémentine Autain, dans son rapprochement accéléré avec le FdG (4), JLM peut combiner un radicalisme de l’indépendance politique avec une compréhension envers des jeux tactiques-tacticiens niant cette indépendance politique…A chacun de méditer la chose mais on peut toujours faire l’autruche…et voler dans les plumes du NPA pour s’étourdir devant tant de cruauté du réel!

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Les extraits du texte de Jean-Luc Mélenchon, À la Réunion, l’Europe détruit aussi !, évoquant le séjour à La Réunion :

Car les donneurs de leçon du PS métropolitain qui me harcèlent sur « ce-que-fera-deuxième-tour-sinon-perdre-la-gauche » se gardent bien de dire ce qu’ils ont fait ici. Ils se sont maintenus au deuxième tour en dépit de leurs vingt points de retard. Bien sûr, ils ont fait passer la droite. Exactement la manœuvre qu’ils ont tentée partout où ils l’ont pu avec leur supplétif d’Europe Ecologie les Verts dans les départements à direction Front de Gauche en métropole. Ici, ils ont eu le dernier mot. Cette violence sectaire permet de comprendre du coup la difficulté pour constituer un bloc majoritaire autour de la gauche ici. Et donc les arrangements déroutant auxquels il faut recourir pour repousser l’UMP. Je ne dis pas que cela me convienne. Je veux faire mieux que de donner des leçons. Je constate donc lucidement quels sont les enchainements qui conduisent aux situations que j’observe. Comme celle de ce conseil général où socialistes et communistes dirigent en alliance avec un groupe de droite dissident. […]

On pense ce que l’on veut de Paul Vergès sauf qu’il n’y aurait pas à apprendre de lui. Tant pis pour ceux qui passent à côté. De ce premier contact je repartis avec l’idée d’avoir rencontré un visionnaire dont le niveau de réflexion dépassait de loin toutes les maigres intrigues dont j’avais été régalé sur place jusqu’au moment où je l’ai eu rencontré.[…]

Sur place, j’ai eu l’occasion de multiplier les rencontres avec des élus et des dirigeants communistes. Je connaissais plusieurs d’entre eux. J’en ai découvert plusieurs autres. Ce sont des personnalités que l’on gagne à connaitre pour comprendre leur capacité à influencer la société réunionnaise. La place du mouvement communiste dans l’histoire de l’île est singulière. Elle appartient à cette histoire d’une façon consubstantielle. Le mouvement communiste réunionnais est issu d’une histoire du mouvement ouvrier local. […]

Quand un parti se confond avec l’histoire, quand il en fait fond, sa difficulté est d’être à la fois une partie de l’électorat tout en affichant l’intention d’incarner le peuple et le pays tout entier. A l’échelle d’une île, c’est une tension extrême. Et cela demande une imagination stratégique qui doit faire réfléchir. Je me suis senti en phase avec l’idée d’une sortie par le haut du confinement électoral que vit le PCR. Je parle ici de cette stratégie des projets. Identifier un parti a un projet d’intérêt général, qui parle à toute la société et qui la mobilise, du type de celui du programme d’autonomie énergétique. […]

J’ai dit que Paul Vergés est une figure qui parle à toute la gauche française. Je n’ignore rien des polémiques qu’il peut susciter sur place. Il va toujours ainsi d’un personnage au puissant charisme. Mais ce qui compte, par delà nos appréciations sur un homme, c’est aussi ce qu’il apporte au bien de toute la société. Ceux qui ne le voient pas à propos de Paul Vergès passent à côté d’une grande source de l’identité réunionnaise. J’ai dit que je venais vers lui comme vers un « maitre à penser ». Cela m’a aussitôt valu quelques ricanements et transcriptions exagérées. Comme on le sait, la scène médiatique ne supporte que l’idolâtrie ou la haine. De cette façon j’ai été affublé, jusque dans les commentaires de ce blog, de « jospinolâtrie » ou de « miterrandolâtrie », à l’unique motif que je refuse d’entrer dans les bilans univoques et simplistes qui sont faits de l’action de la gauche à ces périodes. Il en va de même ici, à propos de mon attitude respectueuse à l’égard de Paul Vergès. […]

Je suis sans illusion sur les motifs qui conduiront ou non le PCR à décider de prendre place ou non dans le rassemblement que propose le Front de Gauche. Le PCR ne se dispose pas en fonction des relations personnelles de son fondateur. D’autre part, j’ai déjà eu un avant goût de la violence des rejets mutuels qui se cultivent sur place, dans l’autre gauche. Au total, c’est un raisonnement et des programmes qui feront la décision de chacun. Je ne sais pas de quel poids peuvent peser mes arguments et les risques qu’implique le fait de les suivre. Mais j’aurais fait mon devoir. Advienne que pourra.

Le texte intégral de JLM

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(1) Jean-Luc Mélenchon est à La Réunion...problème...et Mélenchon à La Réunion : une revue de presse à méditer !

(2) http://www.wat.tv/video/melenchon-je-suis-bruit-fureur-378l7_2eyr9_.html

(3) Juste après sa rencontre à La Réunion avec JLM, Paul Vergès s’est empressé de se rendre au “Forum des idées” sur l’Outre-mer organisé, en métropole, par le PS. Un quotidien de La Réunion écrit à ce sujet : « Aux délégations des Partis socialistes des départements d’Outre-mer [venues à ce forum], il faut ajouter le Parti communiste réunionnais. Paul Vergès doit faire le déplacement. Lors des cinq dernières présidentielles, le PCR a appelé à trois reprises à voter dès le premier tour pour le candidat socialiste. Ce n’était pas le cas en 2007, mais le PS espère que ce sera le cas en 2012 car il faudra éviter de prendre le risque d’une dispersion des voix. Axel Urgin ne sait pas encore si la préférence ira au PS plutôt qu’à Jean-Luc Mélenchon pour le Front de Gauche ou au candidat écologiste. Mais il se veut optimiste : “Il y a eu un accord PC-PS lors des cantonales. Si nous étions restés sur la séquence des régionales, avec une querelle qui a abouti à faire perdre la Région à la gauche, je doute que le PCR soit venu au forum. Un accord politique a été négocié localement. Il y a une espèce de réconciliation qui nous a permis de prendre le conseil général”. » (Clicanoo.re)

En résumé : Le PCR de Vergès est réconcilié avec le PS mais, pour 2012, il hésite entre soutenir celui-ci, JLM ou le candidat écolo. Il n’y a pas à dire, le « maître à penser » de JLM et son parti sont toujours aussi éclectiques !

(4) Pour un rassemblement à la gauche du PS, vite !

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