Election espagnole. En attendant les résultats de ce soir...

Beaucoup de ce qui se passera à cette élection pourrait bien être sous le sceau de l'inédit (entre autres, par l'émergence de Vox). Mais il n'est pas inutile de revenir sur ce que j'écrivais, en 2016, au sortir de la précédente législative, à propos de Podemos, qui dépasse largement ce qui concerne ce parti et qui pourrait aider à comprendre ce qui va sortir de l'élection du jour.

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Le fond du problème posé par l'alliance entre Podemos et Izquierda Unida est ailleurs : dans l’ouverture qu’elle a induite vers rien moins que le PSOE dont on a vu plus haut la place qu’il a fini par occuper dans la stratégie de Podemos. Cette ouverture a d’ailleurs provoqué une grave crise dans la direction de Podemos entre l’aile intrinsèquement « populiste » de sa direction, autour de Íñigo Errejón, le numéro 2 du parti, plus que rétive à passer sous un label de gauche18, et la fraction restée fidèle à Pablo Iglesias, décidée, elle, à basculer à gauche !

S’allier avec IU, c’était, dans les conditions où cette alliance a été voulue par le secrétaire général, accrocher Podemos à ce qui a toujours été l’axe politique d’IU, une politique d’union avec le PSOE avec des velléités de le dépasser. Volonté d’union que celui-ci, dans sa complicité prosystème d’alternance au gouvernement avec le PP, a le plus souvent ignorée ou méprisée et qui, cependant, il y a quelques années, avait débouché sur un pacte de gouvernement, très gestionnaire de l’austérité, en Andalousie, avec ce que le « socialisme » y compte de plus social-libéralisé et…clientéliste (il est, entre autres choses, impliqué dans d’importantes affaires de corruption toujours en cours d’instruction judiciaire)19.

On peut à bon droit affirmer que l’alliance conclue par Podemos avec IU signe paradoxalement l’alignement stratégique du premier, parti pourtant le plus fort, sur la seconde, partie la plus faible (largement fragilisée par son nouveau partenaire !), pour ce qui est du rapprochement avec le PSOE ! Autrement dit Podemos, dans sa réorientation politique, a renoncé à polariser sur son identité première antisystème et s’est retrouvé à assumer d’être polarisé par ce qui, dans le champ politique espagnol, constituait une option historique stérile. Osons le néologisme izquierdaunisation de Podemos pour pointer le risque tendanciel guettant ce parti malgré l’atout qu’il a encore d’apparaître lui, à la différence de ce qu’a représenté IU et en dépit des récents aléas électoraux, comme un défi au régime. Le parti de Iglesias s’est littéralement échiné depuis le 20D, à jeter des ponts vers une social-démocratie devenue social-libéralisme et abonnée à gérer, pour le plus grand profit du capital, une sortie de crise au détriment du monde du travail, toujours plus précarisé, des exclus du travail et plus généralement de l’ensemble des couches populaires.

 

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