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Billet de blog 27 déc. 2020

Adresse à Mediapart à propos d'un billet de Houria Bouteldja

Pourquoi cette suppression ? Est-il admissible qu'un texte, reconnu important par l'UJFP au point qu'elle le mette sur son site à disposition des lecteurs, passe à la trappe sans plus d'explication de votre part ? Cette décision de l'UJFP, connue pour son refus de laisser dénaturer le combat contre l'antisémitisme, ne nous mettrait-elle pas sur la voie pour comprendre votre décision ?

Antoine (Montpellier)
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Vous avez décidé de supprimer le billet d'Houria Bouteldja, initialement  publié le 24 décembre sur son blog médiapartien, L’anti-tatarisme palestinien (et des banlieues) n’existe pas.

Grâce à l'UJFP (Union Juive Française pour la Paix) j'ai pu lire ce texte.

Je le trouve d'une très grande qualité d'écriture et d'argumentation sans pour autant avoir l'impression de retrouver chez son autrice quoi que ce soit du syndrome Louis-Ferdinand Céline. Je veux dire par là, à l'adresse de ceux et celles qui tiqueraient devant ce que je viens d'énoncer, que la qualité textuelle chez Houria Bouteldja n’est au service d’aucune revendication d'antisémitisme, pas même la plus sournoise (par là non-célinienne car, on le sait, elle est, chez cet auteur, à ciel ouvert, profératrice et imprécatrice !). L'antisémitisme... Il s'agit bien en effet de cela, n'est-ce-pas, chers/chères médiapartien.ne.s, de l'accusation d'antisémitisme régulièrement brandie contre Houria Bouteldja qui vous a amené.e.s à dépublier. Et donc à céder (c’est bien cela ?) aux pressions à la hache des autoproclamés anti-antisémites qui traquent matière à s’insurger dans les productions de "l'infâme" à quoi est réduite cette militante...antiraciste et qui ont dû pointer sur vous le doigt accusateur de complicité d'infamie pour avoir laissé passer ce billet. Voilà à quoi on en est réduits à penser, à défaut d'avoir accès à la moindre explication de votre part pour la décision, la grave décision, que vous avez prise de céder à ce qui pourrait vous faire complice d'une infamie « pour de vrai », celle de censure.

Pour tout dire, la légèreté, dans ce que je crois percevoir être la motivation de votre décision brutale, me laisse pantois. Cela ne vous ressemble pas. Non, ce n'est pas vous, ce ne peut pas être vous qui, pour moi, à quelques exceptions près, êtes aux antipodes des prêts-à-penser qui configurent ce que d'aucuns appelaient, il n'y a pas si longtemps, l'idéologie dominante, l'idéologie des dominant.e.s. « Pensée unique », une autre formulation qui faisait florès il y a peu, que l'on suit à la trace, en particulier, sur un sujet qui n'est pas si éloigné de ce dont il est question ici, la laïcité, soumise impunément à dénaturation, à négation d’elle-même, qui plus est avec, comme dans la chasse à Houria Bouteldja, des cautions de "gauche", et même d'extrême gauche. Vous , vous vous faites un point d'honneur, à rebours de bien de vos confrères et consoeurs, de déconstruire cette OPA antilaïque sur la laïcité. 

Vous n'avez ainsi pas hésité à donner la parole à ces laïques, tel Nicolas Cadène, qui sont "bouteldjisé.e.s", diabolisé.e.s proislamistes/procommunautaristes/proséparatistes par la cohorte des macroniens, lepéniens, républicanistes ultradroitisé.e.s et quelques gauchistes égaré.e.s printanièrement républicain.e.s : pourquoi alors "bouteldjiser" Houria Bouteldja sur un texte qui respire tout sauf l'antisémitisme ?

Respirer un bon coup pour éclaircir l’esprit

Portons un instant notre attention sur cette respiration qui est foncièrement aspiration à sortir un "fait divers" (une Miss Provence attaquée sur les réseaux sociaux pour s'être déclarée israélienne) ... qui n'en est pas un mais qui devient "un fait alternatif" tellement il est surchargé de cette idéologie qui brouille les repères par où l'antisémitisme est instrumentalisé, comme le veut l'air fétide du temps, offensive plus ou moins sournoise islamophobe. Le mérite d'Houria Bouteldja, dans cet écrit, que d'aucun.e.s s'empressent de transformer en faute rédhibitoire, c'est précisément de réarticuler, nécessairement au fer rouge mais avec force dialectique, tout ce que la doxa politicienne désarticule-réarticule : un juif et un israélien ce n'est pas exactement la même chose bien que parfois deux en interrelation plus ou moins problématique. Tout comme, et là le coup est sec et fait mal car il touche à ce mantra de la pensée dominante, antisionisme n'est pas synonyme d'antisémitisme.

Je pose la question. Est-ce qu’il est antisémite d’avoir écrit que « le colonisateur de la Palestine s’identifie comme juif. Ce faisant, même s’il accapare indument le signifiant « juif » et qu’il le rend consubstantiel du projet sioniste, il reste le premier responsable de cette prise d’otage réalisée au profit d’Israël et au détriment du judaïsme (et ou) de la judéité (je souligne). » ? Pointer que le sionisme colonisateur de la Palestine, oppresseur des Palestiniens, responsable d‘annexer la judéité à sa politique antipalestinenne d’affirmation de l’Etat d’Israël, commet, par là, un acte dramatiquement préjudiciable à la judéité et aux Juifs, ne serait-ce pas « seulement » de l’anti-israélisme (non anti-israélien), étant entendu que les promoteurs de l’israélisme lui ont donné ce sens, dont se font l’écho les multiples résolutions de l’ONU, de machine de guerre contre un peuple ? N’est-ce pas justement cela qu’il s’agit de faire disparaître des radars mentaux en transformant le refus absolument légitime de l’antisémitisme en écran diffuseur à fortes doses des leurres antisionistes = antisémites et en canonnant l’empêcheuse radicale de leurrer en rond ?

Antisémites encore ces mots ? « Il ne fait cependant pas de doute que certains tweets [contre Miss Provence] incriminés sont indiscutablement antisémites (je souligne) : « Tonton Hitler, t’as oublié d’exterminer Miss Provence » ou alors « Comment on fait pour voter contre une miss, je vote contre la juive ».

Tandis que d’autres ne sont qu’anti-israéliens (comme ils auraient été anti Afrikaners à l’époque de l’Apartheid) : « Miss Provence j’arrive pas à la saquer depuis qu’elle a dit qu’elle était israélienne » ou « Miss Provence, elle est israélienne, qu’elle dégage ! » ?

Ceux-là aussi, antisémites ? « vous trouverez plus probablement :

- chez les moins politisés [des « indigènes » hexagonaux dont HB fait partie], un anti juifisme confus, à mi-chemin entre l’antisémitisme gaulois (fruit de leur grande intégration) et l’anti israélisme (fruit de leur spontanéité anticoloniale). On comprendra ici, qu’on ne voit pas trop [quand on fait partie des moins politisés] comment éviter l’amalgame Israélien = juif quand c’est le mouvement sioniste lui-même qui a rempli le signifiant israélien du signifiant juif et que celui-ci est entretenu par nos appareils idéologiques d’Etat et par la plupart de nos médias.

- chez les plus politisés, un antisionisme assumé qui lui relève d’une compréhension parfaite des enjeux coloniaux et qui combat l’amalgame juif = sioniste = colon. »

Au coeur de la controverse

Mais arrivons à ces quelques mots que les détracteurs d’Houria Bouteldja se plaisent à monter en épingle, autrement dit, à isoler, comme c’est de tradition ou compulsif chez eux/elles, de leur contexte et donc de leur logique de signification : « on ne peut pas être Israélien innocemment. »

On lit bien « être Israélien », pourtant « ils/elles » lisent « être Juif » à partir de leur postulat dystopique qu’un anti-Israélien ne peut être qu’antijuif, donc antisémite. La boucle se boucle pour qu’on la boucle sur ce qu’Houria Bouteldja approuve pourtant comme « compréhension parfaite des enjeux coloniaux » reposant sur le combat contre « l’amalgame juif = sioniste = colon. » ! Oui, si l’on respecte la logique analytique et argumentative de ce qu’on lit, elle approuve ce combat ! Quant à l'adverbe "innocemment", mis en exergue par l'italique, il prend tout son sens, hors de toute idée de criminalisation antisémite de l'Israélien, si l'on se donne la peine honnêtement de le rattacher à la logique toute sartrienne qu'adopte l'autrice : "Oui, elle [Miss Provence] porte un fardeau dont elle n’est pas responsable mais comme Sartre le rappelle, elle jouit de sa liberté pleine et entière." Ce qui s'explicite ainsi " Elle peut donc être la fille d’un israélien et se positionner contre le fait colonial israélien. Car on ne peut pas être Israélien innocemment. En revanche, si elle faisait le choix de la lutte anticoloniale, elle peut être certaine que le mouvement décolonial lui ouvrirait grand les bras." Ce positionnement sur liberté et responsabilité, peut se discuter, pas être mis à l'index comme marque d'antisémitisme !

Ce qui se révèle dans le texte d’Houria Bouteldja, et dont témoignent ces passages, est que son refus, dépourvu de la moindre ambigüité, de l’antisémitisme est intrinsèquement emboîté dans un autre refus qui est littéralement insupportable au système et à ses divers porte-voix : le refus de l’escroquerie idéologique consistant à opacifier le fait colonial israélien et la déstabilisation structurelle qu’il induit dans l’ensemble du monde arabe. Et cela d’autant plus, circonstance aggravante-crucifiante, que cela rebondit violemment sur la dénonciation de la condition qui est faite ici, en France, par les gouvernants et politicien.ne.s proEtat d’Israël, aux « indigènes » des quartiers ou encore aux noir.e.s et à quelques autres.

Le péché que doit expier notre sacrilège militante tient pour l’essentiel à ce qu’elle ose dire ici ce qui détruit « l’embrouille » qui s’est nouée sur ce qu’a « subi » (c’est le mot d’Houria B) Miss Provence : « Faire de l’antisémitisme un scandale national et minimiser la négrophobie [qu’a essuyée, il y a deux mois, la militante noire antiraciste Rokhaya Diallo] est dans les faits pire que le fameux « deux poids deux mesures » qu’on sort à toutes les occasions. C’est même pire que l’expression d’un philosémitisme douteux. C’est dans les faits, organiser la guerre entre les « racisés » juifs et indigènes, pointer et livrer les Juifs à la vindicte indigène (précisément l’expérience que vient de vivre Miss Provence) tout en rendant invisibles les causes profondes du racisme structurel dont l’antisémitisme et la négrophobie sont inséparables (je souligne). » Oui, oser mettre sur la place publique que l’origine de ce qui est indiscutablement, au moins tendanciellement, une guerre, qu'Houria Bouteldja ne cautionne pas et pour cause, entre juifs et indigènes, dont elle pointe l’« unité » de racisés, se trouve dans l’infernal couple, unitaire mais en tant que dramatiquement diviseur, d’une surmajoration médiatique/politique d’un fait d’antisémitisme concomitamment et structurellement à une minorisation médiatique/politique d’un fait de négrophobie (ou de discrimination envers d’autres populations cibles du système).

C’est cela l’axe de signification (c’est le système de domination, d’oppression, qui engendre une guerre entre les « racisé.e.s » tout en mystifiant l’état des lieux en criant au scandale d’un racisme tout en réduisant la portée, jusqu'à l'invisibiliser, d'un autre racisme), avec des corrélations de sens (liberté et identité, etc.) cohérentes avec ledit axe, dans un texte dont on caricature le sens en faisant diversion sur la « personnalité » supposément « sulfureuse », entendez « antisémite », de l’autrice. Et en l’ôtant de la vue des lecteurs pour que prime la piaillerie des perroquets. C’est cela que lamentablement une partie de la gauche et de l’extrême gauche s’englue à ne pas vouloir lire chez Houria Bouteldja en ventriloques prenant pour argent comptant les accusations portées contre elle par la gauche et des médias alternatifs (Charlie, quelle débandade !) ayant basculé dans le moule propagandiste d’un Etat, je parle bien de l'Etat français, à la légitimité fragilisée, en quête d’un.e ennemi.e permettant de fortifier un segment essentiel de son rapport de force face aux contestations.

C’est cela que, je n’en reviens pas, Mediapart n’a pas su, pu, voulu lire de ce texte important. J’ai l’espoir que ou Mediapart nous explique les raisons de ce choix de retirer un texte qui, en aucune façon, à mes yeux, ne contrevient à sa « Charte de participation », comme il n’a pas contrevenu à l’idée que se fait de l'antisémitisme une organisation juive en pointe contre les discriminations comme est l’UJFP, ou, cela fait partie du droit à l’erreur, le republie assorti de quelques explications.

Antoine

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