Martinez, de la CGT, ne parle pas le Bompard (FI) et c'est bien !

A l'heure d'un vif débat sur les migrant-es, rendu brouillon-confus par la direction de la FI, la voix claire et chaleureuse de Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, vient de remettre les choses à leur place : il y a un discours public sur les migrant-es qui est non seulement inadmissible politiquement mais dangereux !

Manuel Bompard, l'un des principaux dirigeants de la France Insoumise, a publié un billet sur Mediapart pour expliquer pourquoi il ne signait pas le Manifeste pour l’accueil des migrants. Voici l'un de mes commentaires sur cette position que j'ai adressé à l'un de ceux qui la justifient.

"Comme d'habitude vous cherchez à semer la confusion : la FI joue sur plusieurs tableaux discursifs avec en plus, suivant les moments et les intervenants, rédacteurs, etc., des implicites qui évitent de prendre le taureau par les cornes. On y joue par exemple sur l'ambiguïté entre accueil et régularisation... Mais il est vrai que les doubles, triples, quadruples discours ont leurs limites. Surtout quand un dirigeant important du syndicalisme français vient mettre les points sur les i : " Ce n’est pas l’immigration qui crée du dumping social, mais l’absence de droits ! »",  "Prétendre que l’on peut stopper ou maîtriser les mouvements migratoires est un leurre politicien et une posture idéologique. ", "Renforcer les contrôles aux frontières et rendre plus difficile l’accès au séjour et au droit de travailler dégradent de plus en plus violemment les parcours migratoires, les conditions de vie et de travail dans les pays d’accueil et entretiennent les mafias et les réseaux de la traite des êtres humains.", "C’est en luttant ensemble, en insistant sur « ce qui nous lie », et non sur « ce qui nous oppose », que nous pourrons nous battre efficacement pour une société meilleure et égalitaire."

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Martinez ne parle pas le Bompard : en particulier il ne perd pas une minute à divaguer sur la nécessité d'aider les pays d'origine des migrants comme réponse à l'accueil des migrants, je dis bien comme réponse... Car aborder ce sujet comme réponse aux urgences que vivent ces gens, c'est se payer la tête de ces gens mêmes d'abord et deuxièmement cela cache l'idée qu'après l'accueil, il y a le renvoi "chez eux" (relisez la déclaration de Mélenchon qui est relevée dans l'article du Diplo que j'ai mis dans mon commentaire (1)) sans avoir rien changé aux causes premières et lourdes des migrations : guerres et/ou misère ! A bon entendeur salut. Et, lisez bien, Martinez n'hésite pas à dire sans ambages que ne pas garder le cap de l'ouverture sans réserve aux migrants, c'est céder au discours de l'extrême droite et diviser le front ouvrier par où tous les salariés, migrants, non migrants, sont affaiblis face à l'offensive du capital. Ce discours cégétiste a une qualité que n'ont pas les discours de la FI : il parle d'une voix claire et ne virevolte pas. Pour une raison simple et c'est une bonne nouvelle : il s'agit d'une parole syndicaliste qui n'est pas enchaînée à une démarche électoraliste et garde le cap de l'unité des salarié-es. Il est aussi, depuis ce socle du "front ouvrier", un avertissement adressé à tous les apprentis sorciers de la gauche de la "révolution par les urnes" : attention à ne pas vous inscrire dans des problématiques électorales d'extrême droite qui tirent le champ politique vers elles. Si une chose devrait être retenue de ce qui s'est passé dans les années 30, c'est bien celle-là. Céder un doigt à l'engrenage de l' extrême droite c'est se préparer à y passer le bras et plus !

Donc retenez ceci : vous énoncez clairement que vous êtes contre l'ouverture des frontières à tous les migrants, ce que vous n'avez pas toujours dit, et cela suffit à faire dérailler tout ce que vous citez d'autre sur la générosité, l'accueil humain... Vous avez commis la faute absolue. Dans le contexte actuel, c'est bien la faute absolue. A sa façon, par un rappel à l'ordre général, sans vous désigner, la FI, nommément, le dirigeant cégétiste vient de vous canonner ! Et il vient de faire oeuvre de salubrité politique, quoi que l'on puisse penser par ailleurs de ses autres positionnements... Restez avec Bompard, je préfère, sur la solidarité avec les migrants, Martinez. Sur ce sujet là, on n'est pas, on n'est plus, dans le même camp, vous, la FI, et nous. Aux camarades de la FI qui signent la pétition que Bompard ne veut pas signer, d'aller jusqu'au bout de leur démarche. Croire que se démarquer ouvertement et, comme il se doit, impérativement, de la dérive "boîte de Pandore" de la FI sur les migrants, c'est briser l'unité nécessaire pour gagner politiquement, c'est cautionner, contradictoirement à la signature de la pétition, le choix de briser l'unité des travailleurs qui est la condition première pour construire l'unité politique de ces travailleurs et des couches populaires agressées par le capital."

(1)

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