Jean Luc Mélenchon à La Réunion : la pêche aux voix …en eaux troubles ! (NPA de La Réunion)

Le «coprésident» du PG vient de passer trois jours chez nous. Son voyage a été décidé et préparé exclusivement par son attaché parlementaire et celui d’Elie Hoareau (Parti Communiste Réunionnais) à l’Assemblée européenne sans même que les militants Réunionnais du PG n’aient été préalablement consultés. Certains d’entre eux –ainsi que des camarades du Front de gauche, membres de la FASE-, ont été traités par l’équipe de Mélenchon …«d’amateurs».

De fait, Mélenchon est apparu aux yeux de la presse, mais aussi de pas mal de militants comme «dans la pogne» de Paul Vergès, leader historique du PCR. Mélenchon n’a d’ailleurs pas lésiné sur la flagornerie «visionnaire», «j’en ferai mon ministre du développement durable»…

Il est vrai que le poids électoral du PCR est encore important à La Réunion (de l’ordre de 25% à 30%). Mais ce n’est pas la seule différence avec le PCF: la stratégie de Paul Vergès depuis fort longtemps est celle de «l’Alliance» , alliance tous azimuts pour l’essentiel avec des secteurs de la droite locale souvent peu ragoûtants. Un exemple parmi d’autres, celui du Conseil Général dont la majorité se compose de 11 PCR, 11PS et 11 droite dite «sociale» et MODEM, et dont la présidente Nassimah DINDAR, récemment réélue, est une UMP.

Sur le terrain social et économique, la stratégie de l’alliance mène à limiter les mobilisations et les revendications à ce qui peut être acceptable par l’Etat français ou les institutions européennes. Il y a recherche permanente d’un consensus avec le patronat local au motif qu’il existerait une aile authentiquement réunionnaise de la bourgeoisie avec qui un compromis historique serait nécessaire.

Là encore, nombreux sont les exemples:

En 2004, l’OCDE produit un «examen territorial» de La Réunion qui fixe les perspectives à vingt ou trente ans pour notre île. Ces perspectives se déclinent en maintien du chômage de masse, baisse du coût du travail, réduction des services publics… L’introduction de ce rapport est un long panégyrique de Paul Vergès.

En 2009 à la suite de la Guadeloupe se développent des mobilisations de masse à La Réunion. Le secrétaire de la CGTR appelle à la grève générale. Le mouvement est cassé par le PS et le PCR.

En 2010, une association d’aide aux personnes en difficulté, l’ARAST est liquidée par le Conseil Général, laissant 1200 salariés sur la carreau. Le PCR et le PS dirigent de fait cette collectivité et portent la responsabilité de cette liquidation.

Toujours en 2010, au moment du débat sur la défiscalisation outremer les élus du PCR, du PS prennent fait et cause pour le patronat et défendent publiquement un dispositif qui fait la part belle aux riches (50 000 euros de réduction fiscale en moyenne pour 10 000 foyers fiscaux) et qui a fait depuis longtemps preuve de son inefficacité.

De fait, le PCR mène une politique en aucun point différente de celle de la social démocratie.

Par contre, la fraction Vergès1 du PCR ne répugne pas de temps à autres à se donner une image de gauche, quand ceci peut se révéler payant électoralement. Elle est par ailleurs adepte du double ou triple discours, de gauche à l’Assemblée européenne, de droite à La Réunion. Son souci reste d’éviter à tout prix le surgissement d’une force politique à sa gauche qui pourrait faire basculer son emprise sur la société réunionnaise.

A de nombreuses occasions elle a pu prendre le contrôle puis réduire à néant des groupes comme le mouvement des citoyens de Chevènement, elle travaille dans le même sens avec une fraction des Verts, et donc tout récemment avec le PG et le FDG.

Le NPAR a toujours développé une orientation d’unité de la gauche de la gauche mais hors du PS et du PCR. L’intervention de Mélenchon à La Réunion au profit du seul PCR, pour glaner quelques voix aux présidentielles, rend bien plus difficile notre travail militant et celui de tous ceux et celles qui veulent un nouvel instrument politique de lutte dans notre île.

NPA Réunion, le 21 avril 2011.

1 Le PCR n’a aucune vie démocratique interne. Trois fractions qui se haïssent se partagent le pouvoir conservant une étiquette commune pour de seuls intérêts électoraux.

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Voir par ailleurs : Jean-Luc Mélenchon revient sur son séjour à La Réunion

 

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