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Le Club de Mediapart lun. 2 mai 2016 2/5/2016 Édition du matin

Les brutes misogynes sont parmi nous

En France, quelques esprits attardés s'ingénient à illustrer “l'éternel masculin”, fait de petitesse et de bassesse. En juillet, on avait eu droit aux cris de quelques mâles prétendument dominants, à propos de la toilette de Cécile Duflot à l'Assemblée nationale.

En France, quelques esprits attardés s'ingénient à illustrer “l'éternel masculin”, fait de petitesse et de bassesse. En juillet, on avait eu droit aux cris de quelques mâles prétendument dominants, à propos de la toilette de Cécile Duflot à l'Assemblée nationale.

© Mediapart
Le Palais Bourbon, bouillon de culture du machisme ordinaire, habilita le député Marc Le Fur (UMP des Côtes d'Armor) à déclarer, au sujet de la secrétaire d'État Fleur Pellerin : « Si elle n’est pas là simplement pour les apparences et pour servir de pot de fleur, elle doit figurer à nos débats et venir nous rejoindre. »

La presse n'est pas en reste dans la rudesse régressive, fût-elle justifiée avec un jésuitisme volubile, comme l'a prouvé Christophe Barbier en défendant bec et ongles une couverture fâcheuse du magazine qu'il dirige : L'Express.

© puremedias


Un cran dans le dépérissement de l'intelligence vient d'être franchi, à Bordeaux, à propos de l'élection d'Anne Cadiot-Feidt, première bâtonnière en cette ville. Dans le reportage de France 3 ci-dessous (à 1'15), le pénaliste Pierre Blazy reproche à l'impétrante de ne pas avoir « les épaules larges », avant de gravement s'interroger : « Est-ce qu’une femme a les capacités pour supporter le poids de toutes ces affaires ? »


Nathalie Sarraute (1900-1999), avant guerre, avait subi semblable sottise de la part du barreau de Paris : une femme, incapable de puiser dans les sons graves d'une voix chaudement posée, trouvera-t-elle les accents nécessaires pour convaincre ? Ses clients ne seront-ils pas pénalisés par le timbre aigu et les intonations stridentes propres aux dames et qui ne pourront qu'indisposer les juges ? Voilà les sornettes pompeuses jadis martelées sans vergogne.

On vous fait grâce des niaiseries proférées lorsqu'il fallut accorder aux femmes le droit de conduire un véhicule automobile, ou de voter. Bêtifier en 1912 n'était pas glorieux, mais persévérer en 2012 s'avère intolérable. Surtout de la part de professionnels de la parole, ces avocats qui devraient tenir leurs propos plutôt que de tirer la langue inconsidérément, dans une sorte d'ivresse du verbe expectoré en public, à l'instar de la furie qui saisit certains motards ou automobilistes jouant de leur accélérateur : je pétarade donc je suis.

Quand donc les butors ayant voix au chapitre comprendront-ils qu'il n'y a aucune intelligence ni subtilité à « parler à bâton rompu... sur le dos des femmes », comme se plaisait à dire Sacha Guitry ? La finesse, la culture, l'éducation, la surface sociale ne sont que des circonstances aggravantes, qui rendent la misogynie plus hideuse encore. Cette peur panique des femmes, cette crainte d'être dirigé ou même côtoyé, à part entière et à armes égales, par “le sexe faible” (expression typique de la couardise esclavagiste), ne devraient plus avoir place dans la vie de la cité.

En ces temps de crise, où le pire se tapit de nouveau, où l'avilissement nous guette avec la recherche enragée de boucs émissaires, sachons nous interposer chaque fois qu'un furieux fera reculer l'intelligence et insultera la liberté en sapant l'égalité, en minant la fraternité, en torpillant la sororité. De “mon beauf” à je ne sais quel “maître”, chacun doit intérioriser l'humiliation, non plus seulement pour les réceptrices mais pour l'émetteur, qu'inflige toute pensée phallocrate donc prédatrice.

P.-S. Communiqué de la section de Bordeaux du SAF (syndicat des avocats de France) signé Isabelle Raffard, sa présidente (« mais ai-je bien la capacité d'assumer de telles fonctions ? ») : cliquer ici pour lire.

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Tous les commentaires

En lisant ce génial avertissement du sémillant féministe Antoine Perraud,    je fus saisi, je dois dire ,  de   la même chair de poule que celle qui  hérissait  la totalité de mon épiderme,  sur la chaise inconfortable de la salle de télé de ma Cité U. du Rabot, à Grenoble, à la fin des années soixante, lorsque David Vincent,  héros du feuilleton américain  «Les  Envahisseurs », nous mettait en garde,   mes congénères étudiants et moi , sur l’écran noir et blanc de notre cacochyme télé, contre le  danger que courrait l’humanité à ne pas reconnaître à temps ces hôtes démoniaques venus d’ailleurs, aux annulaires  et auriculaires fort heureusement palmés. L’exercice,  Ô combien salvateur,  d’Antoine  Perraud, le David Vincent du XXIème siècle,  est   d’autant plus méritoire que rien ne distingue, quoi que puissent imaginer des esprits déplacés autant que malicieux, absolument rien ne distingue dis-je, et   même dans le cadre d’une piscine olympique,  ces « brutes misogynes » du commun des mortels, en tout cas rien de palmé. Aussi ne puis-je que  conseiller vivement la pieuse lecture de son œuvre,  digne de figurer à coté du « j’accuse ! »  de  Zola dans la mémoire du peuple de gauche.