À propos de l'exposition André Zucca, on pense à toutes ces traces qui hantent Paris, comme sur cette photographie prise dans le Marais, à deux pas des clichés en question aujourd'hui, par Henri Zerdoun :

 

 

 

Notre capitale est un mille-feuille mémoriel. La colonne de Juillet, place de la Bastille, glorifie les Trois Glorieuses (27, 28, 29 juillet 1830), qui en finirent avec les Bourbons. Charles X, le petit frère de Louis XVI (et de Louis XVIII auquel il avait succédé), était détrôné. Chateaubriand allait le dépeindre à Prague, en une page qui demeure un modèle absolu (Alain Duhamel ou Jean d'Ormesson, décrivant le Mitterrand de la fin du second septennat, l'avaient visiblement en tête). On trouve aussi une rue, aux Tuileries, qui rappelle cette Révolution de 1830. Or il suffit de passer la Seine, pour, dans le XVe arrondissement, tomber sur une artère commerçante, où l'ancien député du cru, Edouard Balladur, s'en allait serrer des mains avec componction à chaque fois que le sort électoral l'y obligeait : la rue Saint Charles. Et que précise la plaque ? « En hommage au roi Charles X » !

 

 

Le passé est tapi, avec ses contradictions. Nous devons apprendre non pas à trier, en une sorte de névrose obsessionnelle, mais à vivre en bonne intelligence avec une telle « concordance des temps ». Ni furieux, ni dupes.

 

 

Parfois, la résurgence du passé est pourtant rude. Une plaque, donc, ou un vieux texte, dans une station du métro, à l'occasion de travaux de réfection. Voilà quelques jours, à Villiers, sur un quai de la ligne n° 2, le décret 730 du 22 mars 1942 sur la police, la sureté et l'exploitation du chemin de fer métropolitain, dans une version ancienne, sans doute celle parue au JO du 23 août 1942 et non telle qu'elle nous est servie aujourd'hui, en tenant compte des différents toilettages subis par cette littérature juridique depuis 66 ans.

 

 

1942, d'un point de vue strictement métropolitain, est une belle année. Le 6 octobre, les stations Montaparnasse et Bienvenüe (anciennement avenue du Maine) fusionnent.

 

Mais 1942, c'est aussi, le 27 mars, le premier convoi de Juifs à destination d'Auschwitz. Le 9 mars 1942, c'est l'exécution de sept jeunes résistants au Mont Valérien :

 

 

 

 

 

En 1942, le 29 mai, interdiction est faite aux Juifs de plus de 6 ans d'apparaître en public sans l'étoile jaune. L'ordonnance du 8 juillet 1942 interdit aux Juifs de fréquenter les établissements de spectacles, d'entrer dans un magasin sauf entre 15h et 16h. Ils ne peuvent voyager dans le métro que dans la dernière rame.

 

 

Et voilà qui nous ramène à cette vieille affiche, de la fin des années 1950 ou du début des années 1960, qui, à la station Villiers, Charles de Gaulle régnant, offrait comme un fumet pétainiste : le règlement tel que l'avait fixé l'autorité française en 1942. L'affiche permet de retrouver les anciennes appellations, comme la ligne de Sceaux, dont le terminus était à la gare du Luxembourg, avant le temps du RER B.

 

 

Il y a aussi cette langue du XIXe siècle, en cette époque où les femmes étaient muselées, voire niées : « MM. les voyageurs sont priés de remettre les objets trouvés aux agents des stations et non à ceux des trains. » Comme le temps passe (et tant pis si c'est le titre d'un roman de Robert Brasillach !)...

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